samedi 9 juin 2018

Une trentaine de personnes auditionnées

L’affaire des 701 kg de cocaïne importés du Brésil et dissimulés dans une cargaison de viande congelée est désormais entre les mains du pôle pénal spécialisé d’Alger. Jeudi dernier, une trentaine de personnes, dont les membres de l’équipage du navire Vega Mercury, qui a transporté la marchandise, ont été déférées devant cette juridiction où des auditions marathoniennes se sont poursuivies sans s’arrêter durant plus de 40 heures, pour se terminer avec l’inculpation de six personnes, Kamel Chikhi, le magnat de l’immobilier à Alger et propriétaire des containers où la drogue avait été trouvée, ses deux frères, un de ses associés, son directeur commercial et un de ses agents, tous défendus par un collectif de cinq avocats, Mes Sadek Chaïb, Amel Souibes, Bouchena, Younsi et Ghediri. Jusqu’en fin de journée d’hier, trois des prévenus, le directeur commercial, l’agent et un des associés étaient placés sous mandat de dépôt, alors que le sort des trois principaux prévenus, à savoir les frères Chikhi, n’était toujours pas connu. Ils étaient les derniers à avoir été interrogés par le juge, et ce, durant des heures. Les six mis en cause sont poursuivis pour «constitution d’une organisation pour l’importation, le commerce et la distribution de la drogue» et «blanchiment d’argent». En attendant la fin des auditions, le collectif d’avocats a décidé de faire appel des mandats de dépôt. En tout cas, jeudi était une journée particulière au tribunal d’Alger. Dès 10h, le calme qui régnait aux alentours de cette bâtisse imposante a été rompu par une foule de plus en plus nombreuse, amassée à quelques mètres seulement de l’accès prévu pour les détenus. Cette présence inhabituelle n’a pas pour autant inquiété les policiers. Subitement, une file interminable de fourgons cellulaires de la gendarmerie et de véhicules banalisés équipés de gyrophare pénètre cette ruelle étroite coupée à la circulation. «Ils sont là. Ils les ont ramenés», lance une jeune femme en pleurs, en regardant à travers les vitres fumées des fourgons. Eux, ce sont les trois frères Chikhi, arrêtés durant la nuit du 29 mai dernier. Menottés, ils sont escortés par des gendarmes qui les entraînent précipitamment vers le tribunal, alors que de nombreux proches étaient là et leur faisaient des signes. Juste après, les cinq membres de l’équipage du navire, de type asiatique, descendent d’un autre fourgon, suivi par une Hundyai grise qui transportait le commandant de bord du navire Vega Mercury, affrété par le compagnie suisse MSC (appartenant à des Italiens), qui avait assuré le transport de la marchandise du port de Valence à celui d’Oran, où elle a été saisie. Escortés par des gendarmes en civil, ils ont l’air un peu déstabilisés et perdus. Trois autres personnes menottées descendent d’un autre fourgon cellulaire. Têtes baissées, elles ne font même pas attention à ces jeunes qui leur font un signe de la main en leur lançant : «N’ayez pas peur, Dieu est avec vous.» Ce sont des cadres dirigeants des entreprises de Kamel Chikhi, ce magnat de l’immobilier, propriétaire des conteneurs de viande congelée. Dehors, la foule commence à être compacte. «Qu’est-ce qu’il y a ? Pourquoi autant de gendarmes et de policiers ?» demande un homme d’une quarantaine d’années. Un des badauds lui répond : «Ce sont ceux qui ont ramené al ghobra (la poudre) blanche.» Et l’homme de s’exclamer : «Ya latif ! (Mon Dieu) !» Au milieu de ces dizaines de personnes, la discussion tourne principalement sur cette affaire et beaucoup disent avoir entendu que le principal mis en cause avait été libéré la veille. Les gendarmes s’énervent à la vue de cette foule qui devient de plus en plus importante. Ils évacuent la ruelle et repoussent les curieux à plus d’une dizaine de mètres du tribunal. Du haut des fenêtres et des balcons des bâtiments qui entourent ce dernier, nombre d’hommes mais aussi beaucoup de femmes suivent ce qui se passe. Les heures se succèdent et rien ne sort de l’intérieur. En milieu de l’après-midi, les curieux commençent à s’en aller, alors qu’à l’intérieur du tribunal les auditions ont commencé. Au moins une trentaine de personnes sont d’abord entendues par le procureur avant d’être déférées, tôt dans la matinée d’hier, devant le juge. Six sont poursuivies pour «constitution d’une organisation pour l’importation de la drogue, sa commercialisation et sa distribution» et «blanchiment d’argent», le reste garde le statut de témoin. Trois parmi les prévenus, un des associés de Kamel Chikhi, son directeur commercial et un de ses agents, sont les premiers à être placés sous mandat de dépôt, alors que les trois frères Chikhi ont été les derniers à être appelés dans le bureau du juge. Leur audition a commencé hier en fin de matinée, et jusqu’en fin de journée, les décisions les concernant n’étaient toujours pas tombées.    

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