samedi 9 juin 2018

Saisie de 44 tonnes de produits avariés

Des traces d’urine retrouvées dans des bouteilles de jus commercialisées à Oran, des tonnes de viandes avariées saisies durant les premiers jours du mois de Ramadhan à Alger, Batna… Les saisies opérées par les services de commerce des wilayas et les services de sécurité se multiplient durant le début du mois sacré. «Nos agents de contrôle ont saisi 44 tonnes de produits périssables (produits alimentaires transformés, boissons, viandes rouges et blanches…). Sur les 44 tonnes, il y avait pratiquement 15 tonnes de viande. Pour les produits transformés tels les laitages, les boissons gazeuses..., il y a eu la saisie de plus de 25 tonnes», détaille Benhazil Abderrahmane, directeur général du contrôle économique et de la répression des fraudes au ministère du Commerce (voir entretien). Les grands centres urbains, particulièrement à Alger, Oran et Batna sont concernés par ces saisies. Mais «des petits villages reculés peuvent être aussi touchés par ces saisies», poursuit le directeur. La fraude concerne la commercialisation de produits par la modification de la date de péremption des produits alimentaires commercialisés, soit sous forme de conserves, en boîte ou embouteillées. Mais aussi le non-respect de la chaîne de froid détectable par la modification des produits exposés : jus avec une séparation et changement de couleurs, boîtes de yaourt bombées, viande à la couleur verdâtre… «Il y a des commerçants qui changent les étiquettes et prolongent à dessein la Date limite de consommation (DLC). Il y a aussi le problème du conditionnement, avec l’absence de respect de la chaîne de froid, mais souvent aussi ces produits exposés au soleil», met en avant le Dr Mustapha Zebdi, président de l'Association et protection du consommateur de la wilaya d'Alger. Pour l’Apoce, les commerçants écoulent ces marchandises avariées soit pas ignorance et parfois par négligence. «Parfois, ce n’est pas prémédité», insiste M. Zebdi.      Le danger de l’informel Le danger le plus important vient du commerce informel, qui écoule sans vergogne ses produits de large consommation sur la voie publique et qui trouvent preneurs. «Nous avons découvert quelques jours avant le début du mois de Ramadhan des quantités de fruits secs issus de l’industrie informelle», s’agace le responsable de l’Apoce qui insiste sur l’ampleur du phénomène. L’Etat réprime-t-il suffisamment ces personnes en infraction avec la loi ? «L’Etat intervient à travers des brigades mixtes (DCP, vétérinaires) et les services de sécurité, mais il y a des limites. Il faudra renforcer la lutte», estime M. Benhazil, directeur du contrôle économique et de la répression des fraudes au ministère du Commerce. Vétérinaire chargé de l’hygiène alimentaire au niveau des collectivités territoriales à Alger, le Dr Salim Kebbab préfère ne pas parler d’actes frauduleux mais carrément d'actes criminels au vu des nouvelles études incriminant les produits avariés dans la prévalence de certaines maladies comme le cancer, le diabète et l’hypertension artérielle, des pathologies qui gagnent de plus en plus de terrain en Algérie. «En agro-industrie, les teneurs en glucides, en lipides et en protéines de tous les aliments transformés ou conditionnés sous formes de conserves sont bien étudiés. La durée de conservation des composants devant être bénéfiques pour le corps humain est prise en compte», soutient-il. Pour le vétérinaire, la consommation des produits avariés expose le consommateur à plusieurs maladies dont certaines peuvent être fatales comme le botulisme qui dans la plupart des cas provoque la mort qui peut survenir 2 a 10 jours après consommation. «Malheureusement en Algérie, poursuit-il, la vente de produits alimentaires avariés, qu’elle soit intentionnelle ou non (c’est au commerçant d’être vigilant ; plus qu’un art, le commerce est avant tout une culture), qu’elle émane d’un commerçant formel ou informel n’est pas assez réprimée par les textes en vigueur en Algérie. A mon avis, il faut durcir les peines, carrément par de la prison. Cela y va de la santé publique, voire de la santé des Algériens.» La vigilance des consommateurs est donc de mise. «On a toujours insisté dans nos campagnes pour que le consommateur lise la composition du produit, sa date de péremption et soit vigilant sur les conditions de stockage», met en garde le président de l’Apoce, le Dr Zebdi.

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