lundi 11 juin 2018

L’immobilier et le commerce extérieur prisés

L’affaire des 701 kg de cocaïne importés du Brésil saisis au port d’Oran ne risque-t-elle pas d’écorcher l’image de l’Algérie, qui vient pourtant d’être retirée de la liste noire du Groupe d’action financière (Gafi) en raison du renforcement de sa législation en matière de lutte contre le blanchiment d’argent ? L’Algérie était considérée comme un pays dont la législation comportait de hauts risques dans le domaine du blanchiment d’argent et le financement du terrorisme. De ce fait, elle était dans l’obligation de revoir sa législation sous peine d’être portée sur la liste noire des établissements financiers, avec les effets qui en découlent. Il était reproché, entre autres, à l’Algérie la prédominance de l’usage du cash, ce qui augmente les risques liés à la criminalité financière. Pour y remédier, l’Etat algérien a tenté d’aligner son dispositif de lutte contre le blanchiment d’argent sur les standards internationaux, mais cela demeure insuffisant. En Algérie, le blanchiment d’argent est surtout constaté, hors secteur officiel, à travers notamment l’évasion fiscale, la fraude commerciale, les détournements de fonds et les transactions immobilières. L’argent de la drogue est recyclé dans des activités tout à fait légales et le secteur le plus convoité, car nécessitant de gros investissements, est le bâtiment. L’immobilier présente aussi, pour ceux qui veulent blanchir leur argent, un secteur de prédilection. Les détenteurs de ce genre de capitaux se lancent dans l’achat de toutes sortes de biens immobiliers : des appartements dans plusieurs wilayas, des villas de haut standing, des locaux commerciaux, des centres commerciaux (modifiés et remodifiés), des hôtels et même des lots de terrain également répartis sur le territoire de plusieurs wilayas. Il s’agit là de transactions économiques qui se concluent à coups de dizaines de milliards de centimes. D’aucuns estiment que cet engouement frénétique pour le patrimoine immobilier national, notamment dans le secteur privé, trouve son origine dans le blanchiment. Les transactions immobilières sont devenues des valeurs refuges pour le blanchiment d’argent. Des responsables de la cellule de renseignement financier avaient révélé que 40% du marché informel en Algérie relèvent du blanchiment d’argent. Autre fait permettant à ces détenteurs d’argent d’origine douteuse de le blanchir : les facilités octroyées sous l’ère du Premier ministre Abdelmalek Sellal. Crise économique oblige, pour capter une partie de cet argent, particulièrement l’argent de l’informel, les banques publiques ont été instruites de ne plus vérifier ni de poser de questions sur l’origine des fonds déposés. De ce fait, tout pouvait être investi. Le blanchissement d’argent peut donc passer par le circuit bancaire comme par le commerce extérieur. De nombreux narcotrafiquants ont créé des sociétés d’import-export pour sortir leurs devises vers l’extérieur.                

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