mardi 12 juin 2018

Les travailleurs de l’Enamarbre dénoncent une opération de bradage

Le partenaire social et le collectif des travailleurs de l’Enamarbre, entreprise publique domiciliée à Skikda, dénoncent ce qu’ils appellent une «opération de bradage» de leur entreprise, sous couvert d’une formule de partenariat public-public (PPP). «Une opération de bradage avec cession des actifs bricolée dans l’improvisation avait permis la création d’une formule spéciale de PPP qui a acté la disparition d’Enamarbre en procédant, en réalité, au démantèlement par absorption de pans entiers de toute une filière marbre au profit d’entreprises publiques», peut-on lire dans une lettre adressée au président de la République, dont nous détenons une copie. Une formule qui, selon les signataires, n’est pas la solution idoine : «Ce paravent de la formule spéciale du PPP aux contours imprécis masque les vrais objectifs, sous le mécanisme de soulager l’endettement de l’entreprise cédante. Endettement qui aurait dû être simplement rééchelonné et aurait suffi largement pour juguler la crise d’Enamarbre avec la panoplie des formules de la renégociation financière.» Contacté, le secrétaire général du syndicat de l’entreprise, Zerida Ahmed, a abondé dans le même sens : «C’est une volonté délibérée de détruire l’entreprise sous couvert d’un partenariat qui en réalité n’en est pas un.» M. Zerida a évoqué le cas des unités de l’ouest du pays qui, selon lui, sont un précédent illustrant une stratégie de bradage inavouée : «Les unités basées à Oran, Tlemcen, Mascara (Sig) ont été cédées en date du 9 avril dernier à l’Entreprise nationale des granulats (ENG).» Et d’expliquer que ce «partenariat» stipule le remboursement des équipements, sans garantie des postes d’emploi. «Les contrats du personnel au sein de l’Enamarbre seront maintenus jusqu’à échéance, pour la suite, c’est la grande inconnue», a précisé notre interlocuteur. Ce qui a priori nourrit les inquiétudes du collectif à Skikda, d’autant que, selon notre source, l’unité de Guelma est en passe de revenir au Groupe industriel des ciments d’Algérie (Gica).  Cette même entreprise est pressentie pour reprendre les unités implantées à l’est du pays : à Skikda, Filfila-Echatt et Aïn Smara. Une perspective que les concernés craignent et rejettent. D’ailleurs, les signataires du document expriment clairement leur ressentiment envers cette éventualité, dont cette alerte : «Il est important pour nous, partenaire social, travailleurs et cadres d’Enamarbre, de se démarquer de cette vision et avec le devoir de vous alerter sur cette situation de “bradage” qui risque d’être certainement très dommageable pour la branche marbre en particulier et le secteur des mines en général, déjà fragilisé», arguant la situation qui y prévaut par une certaine instabilité managériale. «Le management de notre entreprise a été en perpétuelle instabilité ces six dernières années avec six premiers dirigeants désignés sans exigence (…). C’est en grande partie ce qui explique la faiblesse des performances productives de l’Enamarbre avec son manque de compétitivité, soit une conséquence directe du mal qui sévit dans l’entreprise qui n’arrive pas à décoller.» Et de pointer du doigt la responsabilité du ministère de tutelle dans la «désarticulation» de cette entreprise, filiale de Manal et en service depuis 1983 qui, selon le syndicat et le comité de participation, a proposé des solutions en parfaite inadéquation avec la situation, soit une simple décision administrative qui n’est pas fondée sur des critères de rentabilité. «Des solutions envisagées à un faux diagnostic par les responsables du département ministériel des mines avec certainement de bonnes intentions, mais trop souvent décalés et loin de la réalité du terrain, en générant sous le sceau d’une supposée dynamique de mesurettes assimilées à un bradage des unités opérationnelles avec cession de la quasi-totalité des actifs à des entreprises publiques tierces relevant du même portefeuille du secteur des mines sans une réelle expertise en la matière.» Et d’appeler de leur vœu l’intervention du président de la République pour se saisir du dossier. «Une autre lecture est plus que souhaitable à la solution préconisée par le département ministériel des Mines, et nous ne pensons pas que leur ambition est de continuer à exterminer tout un secteur ; la tutelle devait être invitée à réviser son agenda pour mieux appréhender le secteur des mines dans son ensemble avec un débat ouvert, transparent et élargi à toutes les compétences sans aucun préjugé», insiste le représentant des travailleurs.    

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