mercredi 6 juin 2018

La vidéo de la femme agressée fait le buzz

La jeune fille agressée, qui s’est présentée à la Gendarmerie nationale pour porter plainte, a reçu une réponse choquante : «Que fais-tu dehors une heure avant la rupture du jeûne ?» Les Algériens ont réagi, condamnant la violence subie par une jeune femme voilée qui faisait du jogging en fin d'après-midi, une heure avant la rupture du jeûne, et qui a été brutalement agressée verbalement par des individus qui lui ont dit que sa «place est dans la cuisine». Une triste vidéo a fait le buzz avec plus de 200 000 vues sur les réseaux sociaux. Les autorités ont fait preuve de passivité. La jeune fille agressée, qui s’est présentée à la Gendarmerie nationale pour porter plainte, a reçu une réponse choquante : «Que fais-tu dehors une heure avant la rupture du jeûne ?» S’adonner à son sport favori en ce mois, quand on est une femme, qui plus est voilée, serait-ce là sa très grande faute ? C’est en tout cas ce que se demande cette jeune femme, en proie à un désarroi manifeste, dans une vidéo postée samedi dernier et devenue virale sur les réseaux sociaux algériens, où elle apparaît à visage découvert mais sans révéler son identité. «Je voudrais savoir s’il est haram de faire du sport une heure avant le Maghreb ou pas», s’est-elle interrogée sur une vidéo, visiblement très émue et fort affectée par cette mésaventure. Sur les réseaux sociaux, plusieurs témoignages de sympathie ont été exprimés. Certaines filles sont allées un peu plus loin en mettant en ligne le hashtag #BalanceTonHaggar. Cette prise de parole citoyenne est une tendance depuis quelques mois sur les réseaux sociaux. Outre la dénonciation proprement dite, les personnes qui choisissent de s'ouvrir semblent chercher une chose : le réconfort, voir des personnes les rassurer, leur dire qu'elles ne sont pas seules, leur dire que c'est arrivé à d'autres... De tels mouvements de dénonciation peuvent aussi inciter d'autres victimes à rompre le silence. Cette affaire témoigne, de l'avis de nombreux observateurs, de la vague de religiosité qui a gagné la société algérienne ces dernières années. Des sociologues expliquent cela par le profond malaise que vit la société algérienne et particulièrement la jeunesse, plus que jamais écartelée entre tradition et modernité,  entre société de consommation et austérité imposée. Une société qui a du mal à respecter le droit à la différence et à sortir des amalgames et des simplifications. Dans le fond, des questions restent posées : quel rapport au religieux ? Quelle place pour la mixité ? Quel statut pour les femmes ? Ce genre d’affaire révèle une société qui a du mal à s’interroger sur ces thèmes.  

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