jeudi 7 juin 2018

La machine gouvernementale grippée

Le président Abdelaziz Bouteflika a annulé tous les droits de timbre sur les documents administratifs biométriques. La décision a été prise lors du Conseil des ministres, qui s’est tenu mardi en fin de journée. Cette annulation concerne les taxes imposées pour la délivrance de la carte d’identité nationale, du passeport, du permis de conduire et de la carte grise. Le retrait de l’augmentation n’a cependant rien de surprenant. Il y avait bien des signes d’un fort probable abandon de ces taxes. En effet, deux jours après le communiqué du Premier ministère confirmant et justifiant, le 24 mai dernier, ces taxes, le ministre de l’Intérieur est intervenu en marge d’une rencontre sur la rationalisation de la consommation énergétique pour affirmer que rien n’a encore été décidé. Le Premier ministre venait donc d’être contredit par son ministre de l’Intérieur dont on dit qu’il serait son probable successeur à la tête de l’Exécutif. Noureddine Bedoui, dont la réaction semblait bien calculée, s’adressait donc à l’opinion publique en lui signifiant que le président Bouteflika n’a pas encore dit son dernier mot. Par l’annulation de ces taxes, le président Bouteflika cherche visiblement des dividendes politiques à moins d’une année de l’élection présidentielle de 2019. Sinon, il aurait pu agir autrement et instruire son Premier ministre de retirer ces droits de timbre lorsque le projet était en phase de maturation. Il ne l’a pas fait. En revanche, tout a été fait pour rendre public le contenu de cet avant-projet de loi, avant qu’il ne soit examiné par le Conseil des ministres. D’ailleurs, les services du Premier ministre ont dénoncé des «fuites» organisées sur cet avant-projet de loi. Cela tout en confirmant l’augmentation des droits de timbre sur les documents administratifs. Si Ahmed Ouyahia, qui connaît bien le fonctionnement de l’Etat sous Bouteflika pour avoir été son Premier ministre quatre fois, a confirmé à travers ses services ces taxes et les a justifiées dans un communiqué publié sur le site web du gouvernement, c’est qu’il avait l’aval de la Présidence. Ainsi donc, en supprimant ces droits de timbre, vivement critiqués et désapprouvés par des Algériens, notamment sur la Toile, le président Bouteflika joue sur deux fronts. D’abord, le front social en tentant ainsi de gagner la sympathie de la population et de se présenter comme le grand protecteur du peuple, qui veille sur ses intérêts et son confort. Ensuite, le front politique en désavouant à nouveau son Premier ministre, le fragilisant davantage politiquement, lui auquel on reproche son ambition présidentielle. Le chef de l’Etat n’en est pas à son premier acte de ce genre. Il avait adressé, en janvier dernier, une directive au Premier ministre et à tous les membres du gouvernement, relative à la charte pour le partenariat public-privé. Après une polémique et une opposition à cette charte vivement exprimée par le secrétaire général du FLN, le chef de l’Etat est intervenu pour «corriger» la trajectoire réformiste du gouvernement en soumettant toute opération d’ouverture de capital des EPE à son accord préalable. Cette directive a été un coup dur pour le Premier ministre, qui entamait avec assurance les réformes économiques, telles que contenues dans le plan d’action voté par le Parlement. Par cette façon de gérer les affaires de l’Etat, le chef de l’Etat semble ainsi vouloir compenser son absence sur la scène publique. Une façon de faire qui grippe la machine gouvernementale et qui renvoie l’image d’un pays qui navigue sans gouvernail.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire