vendredi 4 mai 2018

Le sport est un facteur de sociabilité et un repère identitaire

- Les supporters algériens s’identifient de plus en plus aux clubs sportifs... Quelles explication sociologiques pouvons-nous donner à cela ? Il faut d’abord revenir à la sociologie du sport et de la masse. Un lien de défoulement et aussi un espace de jeux pour s’exprimer librement sans échec ni contrainte sociale. Le sport est devenu un repère identitaire. Le jeune définit son appartenance au groupe, et ce, quelle que soit sa nature. C’est ce qui détermine sa valeur sociale et sa culture. Il cherche dans son quartier ou son environnement social ce repère en tant qu’individu isolé pour se consoler, mais aussi à travers une identité collective. Le sport est devenu un facteur de sociabilité. C’est l’unique espace pour s’exprimer. Le jeune peut déverser ses sentiments. A travers l’humanité, le sport est un divertissement pour défouler la population. Le jeune se trouve dans un espace fermé et s’identifie à un club. Et tout ce qui est négatif, on le fait ressortir à travers les chants et les cris. C’est un espace d’expression sans contrainte. - Un attachement qui frôle, dans certains cas, la folie... Est-ce normal ? Ce n’est pas une folie. Nous ne sommes pas les derniers à avoir ce phénomène et non plus les premiers. Cela se passe dans toute l’histoire de l’humanité. Le jeu en lui-même est instrumentalisé. C’est trouver comment s’identifier et trouver surtout sa valeur. C’est une dynamique de construction de lien social. - Vous êtes d’accord que cet attachement est lié aussi à des stéréotypes… Caractériser un club de tel caractère est une stigmatisation. Ce que nous voyons dans les comportements est le repère identitaire et cela ne date pas d’aujourd’hui. Cela existe même dans la culture. Chacun veut démontrer sa valeur humaine et sa différence. Le sport nous rassemble et nous unit, comme l’exemple d’Omdurman. Il s’agit d’un facteur de lien social. Lorsque le jeu prend l’aspect de couleur, il est donc instrumentalisé par l’aspect culturel de la personne et du groupe. - Cela devient aussi comme un cachet social et identifiant... On peut dire que c’est un cachet social, car le sport est un symbole qui représente et se construit à travers deux aspects : le matériel et le spirituel. Cela devient comme une religion d’ailleurs, dans des régions comme le Brésil. Le sport est plus qu’une pratique quotidienne. - Nous assistons aussi à des scènes de violence, des blessés, des morts... Toute rencontre sportive devient de plus en plus liée à la violence. Comment expliquez-vous cela ? Le sport est instrumentalisé pour déborder ou faire montrer l’échec social, mais en même temps faire passer des messages à travers cette violence. Mécontentement de l’échec social. Cette violence interprète quelque chose. Tout se déverse dans le stade. D’ailleurs, on voit les catégories sociales qui fréquentent le stade, contrairement à l’Europe, où les spectateurs le font pour le plaisir. Le stade c’est à l’image de la société et tout se construit autour de cela. Si je reprends l’expression d’un philosophe, l’espace géographique influe sur l’espace social et vice-versa. Qui domine l’autre, le jeu ou le spectacle ? Par contre, j’aimerais insister sur la nécessité de canaliser les sentiments négatifs et l’effervescence à travers le rôle de la société et de la société civile. Il faut canaliser le comportement négatif. Il nous faut une culture du spectacle et cela se construit. Nous avons une société de jeunes, il faut revoir dans le lien social ce qui est primordial pour mieux s’exprimer.  

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