vendredi 4 mai 2018

Il faut prendre en considération l’aspect de la valorisation du statut de l’imam et de la mosquée

Soulignant l’importance du «discours religieux» pour faire obstacle aux idées «destructrices, sectaires et extrémistes» qui se propagent sur les réseaux sociaux, le ministre des Affaires religieuses et des Wakfs, Mohamed Aïssa, a appelé les imams à occuper l’espace virtuel et de faire obstacles aux idées extrémistes. Le point. - «L’Algérie fait l’objet d’une campagne d’idées destructrices, sectaires et extrémistes», a déclaré Mohamed Aïssa, ministre des Affaires religieuses. Qu’en est-il réellement de ces sectes ? Les sectes existent, cela est vrai. Leur impact est réel, partiel, mais réel ! Leur effet est différent d’une wilaya à une autre. Selon les déclarations des officiels, les wilayas les plus touchées sont celles du Sud et de l’Ouest : Ouargla, Oran, etc. Pourquoi ces endroits exactement ? Une réflexion s’impose. Même si l’impact des ces sectes s’avère réel, lse Algériesn sont immunissé contre ces idées extrémistes, l’expérience cumulée durant la décennie noire leur a permis de développer une culture religieuse. Cependant, parfois on s’étonne ! Dès l’approche d’un événement électoral, ces sectes sortent de nulle part et, tout d’un coup, c’est le seul sujet qui intéresse et le citoyen et les autorités. A titre d’exemple, avant les dernières élections législatives, c’était la secte d’Al Ahmadia qui tenait le haut du pavé, tout le monde ne parlait que d’elle : elle est dangereuse, elle est dévastatrice, destructrice pour la société algérienne, etc. Or, une fois les élections passées, Al Ahmadia s’est évaporée de la scène ! On n’a pas compris si elle a été éradiquée ? Pour son importance et sa dangerosité, il faut laisser de côté ce genre d’approche dans le discours politique ; il est à déplorer que le sujet des sectes est devenu une carte politique dévoilée à l’approche d’événements politiques. Par ailleurs, il est nécessaire de bien cadrer les choses, il faut pouvoir quantifier ce phénomène, car l’absence d’étude réelle nous laisse sans informations sur ces sectes. A défaut d’études sérieuses orientées dans ce sens, il est impossible pour nous de savoir ce qu’elles valent réellement ! Leur impact sur le citoyen, leur nombre ! Sont-elles oui ou non dangereuses ? Donc, c’est pour cette raison que nous en tant que Conseil on met l’accent sur l’importance de ces études. - L’imam algérien est-il vraiment en mesure de faire face à cette «menace» des sectes ? En partant de l’idée que ces sectes ont un impact sur le citoyen algérien et qu’elles diffusent des poisons idéologiques, seules la pensée et l’information peuvent les combattre. C’est là qu’interviennent d’un côté les services sécuritaires spécialisés dans l’éradication de ces groupes qui véhiculent des idées qui mettent en doute et menacent notre religion. D’un autre côté, il y a nous, les imams, qui chaque semaine recevons près de 15 millions de fidèles. Un moyen de massifier et de canaliser les messages pour contrebalancer ces idées… A cet effet, les imams doivent impérativement jouir d’une formation complète leur permettant de transmettre le vrai message. En tant que Conseil, nous militons dans ce sens afin de prendre en considération l’aspect de la valorisation du statut de l’imam et de la mosquée qui fait office de bouclier face à ces phénomènes. - Soulignant l’importance du discours religieux pour faire obstacle aux idées «destructrices, sectaires et extrémistes» qui se propagent sur les réseaux sociaux, Mohamed Aïssa a appelé les imams à «transposer les mosquées de la réalité vers le monde virtuel». Comment-comptez-vous vous y prendre ? Il est vrai que pour nous, les imams, il est primordial pour nous d’occuper cet espace numérique et d’intensifier nos messages dans ce monde virtuel. Notre présence sur la Toile est une obligation, tout le monde s’accorde à le dire, et on est d’accord avec le ministre sur ce point-là. Néanmoins, pour ce faire, l’imam doit d’abord bénéficier d’une formation dans le domaine du digital, avoir les outils nécessaires pour occuper cet espace, avoir internet, avoir les compétences humaines et techniques. L’actuelle situation de nos mosquées ne favorise pas une telle démarche. - Qu’en est-il de la situation dans les mosquées ? 50% des nos mosquées sont gérées par des bénévoles, cela est un fait, alors que normalement elles doivent être gérées par des fonctionnaires issus du secteur des Affaires religieuses. Il existe un réel manque d’encadrement dans ce sens, et cela est dû en grande partie à la loi d’austérité ; depuis l’application de cette loi, nous avons constaté le gel des recrutements dans notre secteur, sauf pour les concours. En tant que Conseil, nous avons appelé le gouvernement de lever le gel des recrutements dans notre secteur. Si la situation continue, on risque de retrouver nos mosquées gérées par des inconnus. - Quelles sont les conséquences depuis le gel des recrutements dans le secteur des Affaires religieuses ? Les postes ouverts dans le secteur excluent les diplômés des universités, ils concernent uniquement ceux issus des zaouïas et des instituts, alors que la formation universitaire est nettement plus complète et les diplômés des université sont les mieux indiqués pour gérer comme il se doit nos mosquées. Sachez que les imams qui obtiennent des doctorats ne reçoivent pas d’augmentation de salaire et leur statut ne connaît pas d’amélioration, chose qui démotive en grande partie nos imams et les pousse à démissionner de leur poste à la recherche d’un autre qui convient à leur statut de docteur. A l’heure actuelle, le secteur des Affaires religieuses est devenu un environnement démotivant, qui pousse notre élite à fuir au lieu de l’encourager à rester à son poste. C’est d’ailleurs pour cela que nous avons sollicité le ministère des Affaires religieuses et des Wakfs pour revoir la loi fondamentale et d’ajouter un nouveau poste, celui d’«imam-chercheur», cela aidera à préserver nos compétences et de minimiser la migration des imams ! Par ailleurs, il est important de noter que la situation sociale des imams en Algérie est en dégradation constante. En tant que Conseil, nous militons pour un meilleur statut social de l’imam en Algérie : formation, logement et le droit à l’indemnisation comme dans tous les secteurs. - Lors de votre premier congrès, vous avez beaucoup insisté sur l’unification de la nation. Pourquoi ce slogan ? Une nation unifiée pour éviter que notre pays ne se divise par ces idées qui empoisonnent les esprits. Une vision réformiste : personne ne nie, qu’il existe des phénomènes sociaux qui menacent notre pays : la corruption et les différents dépassements. C’est pour cela que la réforme est impérative. Il faut une impulsion positive, tout le monde doit s’unir pour concrétiser cela : tutelle, Conseil, société civile. - Le ministre des Affaires religieuses a appelé récemment les imams à se mobiliser dans les stades et sensibiliser les supporters quant à la violence déplorée. Que pensez-vous de cette initiative ? Ecoutez, il est facile de dire cela que de l’appliquer ! Ont est formel à ce sujet : avant de mobiliser les imams dans les stades, le gouvernement doit leur garantir un environnement qui leur soit favorable pour diffuser leur discours. D’autant plus que malheureusement nos stades sont connus pour être des lieux où la violence atteint des proportions alarmantes. Ces jeunes seront-ils réceptifs à nos messages ? - Qu’en est-il de la gestion des écoles coraniques ? Il existe des écoles coraniques gérées par les mosquées et d’autres par le ministère des Affaires religieuses. Au niveau des mosquées à titre d’exemple, faute de fonctionnaires recrutés spécifiquement pour ces postes, des bénévoles assurent l’enseignement à nos jeunes enfants. Le gel des recrutements pose vraiment problème au niveau de la gestion des mosquées en matière de ressources et de compétences humaines. Au niveau de chaque mosquée, il existe ce qui est communément appelé le «comité de réadaptation». Ce comité a la responsabilité de choisir ces bénévoles, qui bien évidemment son soumis à des tests de connaissances et de culture coranique avant d’être acceptés en tant qu’enseignants.  

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