dimanche 8 avril 2018

Une centaine de fermes pilotes de l’Etat proposées au privé

Très convoités et situés sur le littoral et les Hauts-Plateaux, les quelques 100 000 hectares constituant les fermes pilotes de quatre gros groupes publics, Giplait, Oaic, Agro-logistique et Gvapro, sont proposés au partenariat public-privé. Il y a un peu plus d’un mois, une correspondance du secrétaire général de la Présidence donnait le coup d’envoi de l’opération. Les responsables des quatre groupes ont été sommés par leur hiérarchie, en l’occurrence le ministère de l’Agriculture, de lancer les avis d’appel d’offres publiés par deux journaux publics, à très faible lectorat. Ainsi,  les 19 fermes pilotes que détient le groupe Giplait, sont concernées par les prises de participation, alors que sur les 40 fermes que détient le groupe Agro-logistique, appartenant à ses filiales l’Onab (17 fermes), Alviar (12 fermes) et Frogomedit (11), spécialisés dans le fourrage, l’engraissement et l’élevage ainsi que l’activité du maraîchage et de l’arboriculture, vont céder 66% de leur capital dans le cadre d’une joint-venture. Pour sa part, Gvpro, groupe ayant comme vocation la valorisation de la production, l’arboriculture, la viticulture, l’agrumiculture, la semence de pomme de terre, l’oléiculture, l’élevage de bovin laitier, a lancé un appel à manifestation d’intérêt pour mettre ses 38 fermes, d’une superficie de plus de 16 300 hectares, dont plus de 3400 hectares irrigués, en partenariat avec le privé. Les professionnels du secteur agricole s’interrogent sur l’opportunité d’une telle décision, qui exclut pour le moment les autres secteurs. «Ces fermes emploient plus de 4000 personnes, et la plupart d’entre elles dégagent des bénéfices importants. Pour le groupe de l’Oaic, par exemple, la production d’orge dépasse les 50 quintaux par hectare, ce qui a permis de satisfaire la demande interne et mettre fin à l’importation. Les fermes d’élevage ovin et bovin donnent des résultats satisfaisants, sans compter les autres fermes qui ont des potentialités énormes et qui sont pour de nombreux étudiants et chercheurs des terrains d’expérimentation mais surtout des laboratoires de protection du patrimoine génétique algérien…» s’offusque un cadre du secteur agricole. Cette inquiétude est partagée par d’autres cadres qui se demandent pourquoi «ce coup de force sur les terres de l’Etat, alors qu’il y a plus de 3 millions d’hectares situés au sud du pays, et les Hauts-Plateaux sont abandonnées faute d’une mise en valeur. Si le privé est intéressé par le développement de l’agriculture, il faut l’encourager à la mise en valeur des 3 millions d’hectares abandonnés au Sud et dans les Hauts-Plateaux où l’eau qui ne manque pas et le climat sont des atouts majeurs», indiquent nos interlocuteurs, en rappelant les mauvaises expériences avec les fermes pilotes qui n’ont rien apporté au secteur si ce n’est la dégradation des terres. Ce qui a suscité l’annulation de bon nombre de concession, revenues de droit à l’Etat. Tous nos interlocuteurs craignent que cette décision ne soit qu’une «couverture à un bradage» de ce qui reste du foncier agricole de l’Etat, d’autant qu’il y a à peine une année, des révélations fracassantes ont été faites par l’ex-Premier ministre, Abdelmadjid Tebboune, sur les mauvaises expériences de la cession en partenariat des fermes pilotes relevant du domaine privé de l’Etat, qui ont abouti au gel de bon nombre d’entre elles.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire