mercredi 11 avril 2018

Que se passe-t-il entre Alger et Paris ?

L’ambassadeur de France en Algérie, Xavier Driencourt, provoque la colère des autorités algériennes par ses propos, tenus dimanche dernier à Alger, sur l’attribution des visas et leur utilisation par des responsables pour se faire soigner, sans payer, en France. L’irritation des responsables algériens a été exprimée par le biais du ministère des Affaires étrangères (MAE). En effet, dans un communiqué rendu public lundi, le porte-parole du MAE, Abdelaziz Benali Cherif, dit «regretter» les propos de l’ambassadeur. Le ton du communiqué dépasse les propos de l’ambassadeur sur les visas. Car, dès le début, le porte-parole du MAE parle de récidive. «Dans ces déclarations, reprises par la presse, au sujet de l’attribution des visas, l’ambassadeur a, de nouveau, montré une propension à étaler publiquement devant les médias des appréciations inopportunes, peu amènes et donc inacceptables», a souligné M. Benali dans une déclaration à l’APS, rappelant dans ce sillage que les us diplomatiques veulent que l’on s’abstienne de commentaires déplacés et inopportuns. L’Algérie reproche ainsi à Xavier Driencourt d’avoir manqué à ses obligations diplomatiques en s’autorisant des déclarations «se situant en porte-à-faux avec la volonté clairement affirmée des plus hauts responsables des deux pays». L’ambassadeur de France en Algérie a en effet affirmé, dimanche en marge du lancement du centre de demandes de visas, VFS Global, que des visas de circulation ont été annulés à «un nombre de hauts responsables algériens» qui les auraient utilisés pour se faire soigner en France, gratuitement. Diplomate chevronné qui a déjà été en poste en l’Algérie entre 2008 et 2012, Xavier Driencourt n’est pas du genre à tenir des propos par inadvertance. Les propos de ce fin diplomate semblent bien étudiés et le risque de fâcher Alger bien calculé. Car, M. Driencourt sait être bienveillant. Pourquoi donc a-t-il tenu de tels propos ? Les déclarations de Xavier Driencourt sont-elles symptomatiques d’un malaise entre Alger et Paris ? S’agit-il d’une forme de pression que les autorités françaises veulent exercer sur l’Algérie pour un rôle plus important au Mali ? Cette sortie est-elle liée au dossier sahraoui, dont le rapport de l’envoyé spécial est entre les mains du secrétaire général des Nations unies ? Que se passe-t-il entre les deux pays ? Autant de questions et bien d’autres que suscitent les propos de l’ambassadeur et la réaction du porte-parole du MAE. Les déclarations de Xavier Driencourt interviennent, faut-il le rappeler, au moment où beaucoup de voix en France avertissent contre le «risque d’envahissement de la France par les Algériens dont la stabilité du pays est des plus fragiles». Certaines de ces voix réclament un tour de vis sur l’octroi des visas pour empêcher les Algériens d’aller en France pour y rester de manière irrégulière.

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