mardi 17 avril 2018

Paysage politique déstructuré, opposition sans voix

L’opposition, qui s’est illustrée par son activisme et par sa force mobilisatrice durant les années 1990, s’est, au fil des ans, retrouvée sans voix, après avoir subi un morcellement méthodique, minutieusement opéré par un pouvoir qui s’était fortement investi dans le discrédit de l’acte et de la parole politique. La scène politique nationale vit au ralenti. Hormis quelques poussées fiévreuses épisodiques, la classe politique sombre dans une monotonie mortelle. Au bout de 19 ans de règne de Bouteflika, le champ politique connaît une désertification intense : pas de débat d’idées et très peu d’actions d’envergure. L’opposition, qui s’est illustrée par son activisme et par sa force mobilisatrice durant les années 1990, s’est, au fil des ans, retrouvée sans voix, après avoir subi un morcellement méthodique, minutieusement opéré par un pouvoir qui s’était fortement investi dans le discrédit de l’acte et de la parole politique. La tâche du pouvoir a été, faut-il le préciser, facilitée par les nombreuses fissures apparentes dans les rangs de l’opposition. Une opposition qui se trouve aussi piégée par l’égocentrisme de certains et par l’appât du gain d’autres. A son arrivée au pouvoir en 1999, le président Bouteflika a vite détecté les failles de ses adversaires politiques et mis en branle son plan de «pacification» du champ politique. Tous les moyens ont été employés dans cette entreprise de mise au pas de l’opposition, laquelle n’a pas réussi à avancer dans sa lutte en monobloc. Revenant d’un long exil de 20 ans, le président Bouteflika, en fin stratège, se présente en réformateur et en rassembleur dans un pays mis à feu et à sang par une décennie de terrorisme. C’est ainsi qu’il a pu convaincre des partis de l’opposition d'intégrer un gouvernement de coalition nationale. Le président Bouteflika a en effet réussi à faire adhérer le RCD de Saïd Sadi à son Exécutif, avec trois ministres, et le MSP de Mahfoudh Nahnah avec quatre ministres. Son entreprise ne s’arrêtera pas là. En plus du verrouillage du champ politique en interdisant les marches à Alger depuis 2001 et en soumettant à autorisation toute activité partisane, le chef de l’Etat exploita les divisions à la fois idéologiques et personnelles des formations, les rivalités internes aux partis et les luttes de leadership pour éliminer ou tout au moins affaiblir ses adversaires politiques. Cela, bien entendu, quand ceux-ci montrent de bonnes aptitudes à résister à l’attrait de la mangeoire en refusant tout ralliement. La déstructuration du paysage politique a continué par la création d’une inflation de partis en agréant de nombreuses formations satellitaires et en empêchant d’autres d'activer. Aujourd’hui, si pauvre sur le plan des idées et des débats, le paysage politique compte une soixantaine de formations. C’est une mixture insipide dans laquelle nous pataugeons aujourd’hui. Cette inflation de partis a servi de moyen de parasitage et de noyautage de la scène politique pour étouffer davantage les voix discordantes. Ainsi, le pouvoir qui continue à entraver l’activité des formations de l’opposition, a bien réussi son chef-d’œuvre, celui d’avoir créé un vide politique sidéral en discréditant ou fragilisant les partis de l’opposition. Une situation qui, certes, lui permet de régner en maître, mais qui fait entrer le pays dans une période de régression qui n’a pas d’égale dans le passé.

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