lundi 9 avril 2018

Les signes qui ne trompent pas

Le FLN a fait le choix de son candidat pour la prochaine élection présidentielle. Abdelaziz Bouteflika, qui n’est autre que son président, répondra-t-il favorablement à sa demande ? Le Front de libération nationale (FLN) appelle officiellement le chef de l’Etat, Abdelaziz Bouteflika, à briguer un 5e mandat. Ce n’est pas une de ses blagues que le secrétaire général de l’ex-parti unique, Djamel Ould Abbès, a l’habitude de livrer pour amuser son auditoire, mais une invite des plus solennelles et des plus officielles à la candidature à l’élection présidentielle d’avril 2019. Ce que d’aucuns pensaient être une farce de mauvais goût, s’avère une option sérieuse, celle d’un système refusant violemment de lâcher ses mains qui étranglent, jusqu’à l’étouffement, le pays quitte à faire hypothèque de son avenir. Le FLN a donc fait le choix de son candidat pour la prochaine élection présidentielle. Abdelaziz Bouteflika, qui n’est autre que son président, répondra-t-il favorablement à sa demande ? Tout porte à le croire. Et ce n’est certainement pas un hasard de calendrier, en politique il n’en existe pas, que la Présidence ait programmé, aujourd’hui, sa visite dans certains chantiers de la capitale, Alger. Une sortie qui intervient bien évidemment au lendemain de l’annonce faite par Djamel Ould Abbès qui, «au nom de l’ensemble de la direction du parti, des parlementaires, des élus, des militants du FLN, exhorte le président de la République de poursuivre sa mission à la tête de l’Etat». Toute l’anarchie et le bric-à-brac qu’a connus le pays ces derniers mois, changement impromptu de Premier ministre, remaniement à plusieurs reprises du gouvernement, couac dans le fonctionnement des institutions nationales, avec cette folle rumeur de mise à l’écart d’Ahmed Ouyahia, menaient finalement vers cette option qui propose de reconduire à la fonction présidentielle un président que d’aucuns le savent à la santé chancelante et qui n’a pas pu s’adresser à son peuple depuis plusieurs années. Mais pour comprendre cette démarche, il faut remonter aux déclarations de deux personnalités gravitant dans le giron présidentiel. Celle du virevoltant avocat et ancien président de la Commission nationale des droits de l’homme, Farouk Ksentini, qui faisait, en novembre dernier, état de sa rencontre avec le président de la République que la Présidence s’était empressée, d’ailleurs, de démentir allant même jusqu’à nier l’existence d’une telle rencontre, et les sorties médiatiques répétées de l’ancien ministre des Affaires étrangères, Lakhdar Brahimi. Le premier, qui est loin d’être un fou pour rendre compte de la teneur d’une entrevue qui n’a pas eu lieu, avait révélé le fond de la pensée du chef de l’Etat sur l’élection présidentielle de 2019. «J’ai rencontré, la semaine dernière, le président Abdelaziz Bouteflika. Nous avons discuté pendant une heure. C’est la quatrième fois que je le rencontre cette année. Je le connais depuis plus de 30 ans. J’ai constaté qu’il a un grand désir de se représenter pour un 5e mandat. C’est son droit et nous le soutenons. La Constitution ne l’empêche pas de se présenter pour un autre mandat. Il faut que le choix des urnes soit respecté. Je connais bien le Président. Il veut rester au service de son pays et à sa disposition jusqu’à sa mort», confiait Farouk Ksentini au site TSA. Le second, Lakhdar Brahimi, lui vient régulièrement en appoint. Et sa dernière déclaration a été plus sibylline et elliptique en cela que le diplomate n’abordait pas le 5e mandat mais plutôt l’état de santé du chef de l’Etat qui le rend possible. «Le président Bouteflika, disait-il, est en possession de toutes ses forces mentale et intellectuelles. Sa mémoire reste intacte, c’est lui qui me rappelle, des fois, les personnes et les dates. Hormis sa voix éteinte, il est en très bonne santé. C’est lui qui gouverne, prend les décisions, suit les dossiers et les affaires du pays», affirmait le diplomate à un site spécialisé. Abdelaziz Bouteflika serait donc apte à continuer sa mission à la tête de l’Etat, comme le revendique désormais officiellement le FLN. Il ne reste plus qu’à mettre les formes, dans un pays économiquement en panne, politiquement dans l’impasse et socialement déstructuré. Proposer un 5e mandat pour maintenir un homme absent, que seuls ceux qui tirent bénéfice de son règne voient à l’œuvre dans l’opacité qui entoure sa gestion et sa capacité à mener à bien les affaires de l’Etat, n’est ni plus ni moins qu’un attentat à l’alternance politique, au bon sens dans un pays composé à 70% de jeunes, et un mépris à l’intelligence des Algériens jugés visiblement incapables de trouver un des leurs capable de redonner de la vie et de l’assurance à une nation qui a besoin d’un nouveau souffle et d’une autre gouvernance que celle qu’elle a connue.

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