mercredi 18 avril 2018

Le parquet requiert 5 ans de prison ferme contre le Commandant Azzedine

Une peine de 5 ans de prison ferme a été requise hier par le tribunal de Bir Mourad Raïs, à Alger, contre Rabah Zerari,  connu sous le nom de Commandant Azzedine, un des anciens chefs de la Révolution algérienne, pour une affaire de chèque sans provision, d’un montant de 120 millions de dinars. Lors de sa comparution, il s’est défendu en s’attaquant à son adversaire, Mahieddine Tahkout, qui, selon lui,  a été «manipulé pour masquer un crime d’Etat». Le verdict sera connu le 24 avril prochain. Le procès opposant le puissant homme d’affaires, Mahieddine Tahkout, à Rabah Zerari, dit le Commandant Azzedine, un des anciens cadres dirigeants de la Révolution algérienne, s’est ouvert hier, en fin de matinée, au tribunal de Bir Mourad Raïs, près la cour d’Alger, dans une salle d’audience pleine à craquer. Poursuivi pour avoir émis à Tahkout un chèque sans provision d’un montant de 120 millions de dinars (12 milliards de centimes), le Commandant Azzedine semblait très affaibli par «des soucis de santé», dit-il. Il s’est présenté à la barre, en compagnie de Me Bergheul, son avocat, alors que Mahieddine Tahkout, dont il avait réclamé la présence, est absent. Me Bergheul exprime son regret, avant de faire état de ce qu’il juge être des vices de forme. «Tahkout a déposé une plainte au tribunal de Bir Mourad Raïs, alors que l’article 375 du code de procédure pénale stipule que l’action doit être faite auprès du tribunal dont relève l’adresse mentionnée sur le chèque ou celle du bénéficiaire de ce dernier, c’est-à-dire Rouiba. Lorsqu’il s’est rendu compte de cette erreur, il a déposé une autre plainte auprès du tribunal de Chéraga. Il y a là un vice de procédure et nous demandons l’annulation de la poursuite. L’affaire concerne d’importantes personnalités et un homme d’affaires. L’affaire est trop importante. Nous avons déposé plainte contre Tahkout, pour escroquerie, alors faites en sorte qu’elle soit jugée une fois ce dossier traité», a déclaré Me Bergheul, s’interrogeant sur les raisons qui ont poussé le plaignant «à attendre presque deux ans» pour déposer sa plainte. Le juge s’adresse au Commandant Azzedine et lui demande s’il avait remis ce chèque ou non. «J’ai monté une affaire commerciale qui malheureusement a échoué», répond le prévenu avant que le président ne l’interrompe : «Répondez à ma question…» Le prévenu : «Donnez-moi juste le temps de vous expliquer les circonstances», le président l’écoute. «Lorsque mon affaire a échoué, j’ai pensé à vendre un immeuble que je gérait depuis 1966, pour rembourser mes créanciers. J’ai écrit au président de la République. Quelque temps après, j’ai reçu une convocation du Premier ministre, Abdelmalek Sellal, qui m’a reçu dans son bureau en présence de son directeur de cabinet et du directeur de la Badr…», raconte le Commandant Azzedine, avant d’être interrompu une seconde fois par le juge, qui lui demande de ne pas sortir du sujet. Mais le prévenu continue : «Vous ne pouvez pas comprendre, si vous n’écoutez pas mon histoire. Le Premier ministre m’a clairement affirmé avoir été instruit par le Président pour régler mon problème. Donc considérez que c’est réglé !» Le juge revient à la charge : «J’ai ici un chèque. L’avez-vous donné à Tahkout ou non ?» Le prévenu : «Laissez-moi vous expliquer. Quelque temps après un avocat, Me Farouk Ksentini, est venu me dire qu’une personne très généreuse veut m’aider à rembourser mes créanciers en attendant la vente de l’immeuble. Je ne connaissais pas Tahkout. J’ai été le voir, et il m’a dit qu’il était prêt à m’aider. Je lui ai dit que je le rembourserai une fois l’immeuble vendu. Il a accepté. Il m’a remis un chèque de 15 millions de dinars (15 milliards de centimes), et j’ai laissé un chéquier avec six chèques signés à Me Ksentini, avec la liste et les sommes à rembourser aux créanciers. Mais, après le crime d’Etat commis contre mon gendre, les auteurs ont actionné Tahkout contre ma personne. Je n’ai jamais remis de chèque à Tahkout. Le seul chèque que ce dernier m’a donné est celui des 15 millions de dinars.» «L’affaire n’est qu’une façade qui cache bien des choses» Le président : «Avez-vous remboursé cette somme ? » Le prévenu : «J’ai laissé mes chèques signés chez Me Ksentini, auquel j’ai signé une procuration pour qu’il agisse en mon nom en 2016. Pourquoi Tahkout a attendu jusqu’à 2018 pour déposer plainte ?» Le président donne la parole au procureur qui, d’une voix inaudible, requiert une peine de 5 ans de prison ferme. L’avocat de Tahkout, Me Khaled Maouchi, demande au prévenu si la signature que comporte le chèque d’un montant de 120 millions de dinars (120 milliards de centimes) est la sienne et lui confirme. L’avocat fait remarquer au tribunal qu’entre 2016 et 2018, «il y a eu deux tentatives de règlement qui ont échoué» et demande au prévenu de «d’assumer les faits qui relèvent du pénal et ne sont nullement une affaire politique», avant de réclamer le remboursement des 120 millions de dinars et le paiement d’une autre somme de 120 millions de dinars en dommage et intérêt. Lui succédant à la barre, Me Bergheul n’y va pas avec le dos de la cuillère. Il décortique le dossier point par point. Il commence par justifier le fait qu’il ait demandé la présence du plaignant en disant : «C’est quand même une affaire relative à un montant énorme. Si c’était moi, j’aurais érigé une tente devant le tribunal pour récupérer les 120 millions de dinars. Pourquoi n’est-il pas venu ?» L’avocat s’attarde sur la personnalité du prévenu, précisant qu’une simple convocation de cette personnalité historique est considérée comme une atteinte à sa dignité. «Même si ses déclarations ne plaisent pas, le Commandant Azzedine reste un symbole de l’Algérie…» Pour l’avocat, l’affaire du chèque «n’est qu’une façade. Elle cache bien des choses», dit-il, avant d’être rappelé à l’ordre par le président. Mais Me Bergheul poursuit sa plaidoirie. «Tahkout a refusé la confrontation pour éviter d’être épinglé. Nous avons demandé l’original du chèque, il ne l’a pas remis. Mais je remarque que cette copie comporte des anomalies. L’écriture en lettre et en chiffre du montant de 120 millions de dinars diffère et la couleur du stylo aussi. J’ai des doutes concernant ce chèque. Mieux encore. Pourquoi avoir attendu 21 mois pour réclamer son paiement ? N’a-t-il pas besoin de cet argent ? Pourquoi le choix de Bir Mourad Raïs ? Pourquoi Tahkout et les hommes d’affaires comme lui aiment-ils le tribunal de Bir Mourad Raïs et s’adressent toujours à cette juridiction ? Est-ce parce qu’il est proche du pouvoir ? Je ne comprends ce penchant pour Hydra, Saïd Hamdine et les quartiers huppés qui se trouvent à proximité du pouvoir !» Agacé, le président intervient : «Je ne cesserai pas de vous interrompre tant que vous ne resterez pas dans le dossier. Tout ce monde qu’il y a dans la salle va croire que c’est une affaire politique, alors qu’elle est purement pénale. Parlez du chèque, ne vous éloignez pas…» L’avocat persiste : «Lorsque le Commandant Azzedine a saisi, par écrit, le Président, et que ce dernier a instruit le chef de l’Exécutif pour régler le problème, les autres ont fait bouger Tahkout, pour utiliser des chèques avec des montants imaginaires…» Très irrité, le président fait remarquer à l’avocat qu’il doit se limiter à l’affaire du chèque. «Si je parle de ces faits, c’est parce qu’ils nous renvoient à cette forêt dans laquelle nous vivons. Nous ne connaissons pas ce Tahkout, mais il nous poursuit pour des sommes astronomiques. Ici, il réclame 120 millions de dinars, à Chéraga, il présente un chèque de 330 millions de dinars, etc. Il y a un complot. Les faits sont graves et le parquet requiert contre nous une peine de 5 ans de prison, alors que je connais ce jeune magistrat de haute compétence. Ce tribunal est incompétent pour juger cette affaire…» Le juge donne la parole, en dernier, au prévenu : «Comment pourrais-je lui prendre ces montants astronomiques ? Qu’ai-je fait avec 120 millions de dinars ? Que m’a-t-il vendu ? Riadh El Feth ou des avions ?» Le juge a fermé le dossier et mis l’affaire en délibéré jusqu’au 24 avril prochain, date à laquelle le prévenu devra comparaître, aussi, devant le tribunal de Chéraga, pour un autre chèque de 330 millions de dinars.  

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