dimanche 8 avril 2018

La Citadelle, résidence du pouvoir politique et militaire des deux derniers deys d’Alger

C’est sur décision de Baba Arrouj que Dar Essoltane, ou la Citadelle d’Alger, a été construite en 1516, sur les remparts d’une ancienne forteresse, qui dominait la Médina et la baie d’Alger, avec cinq batteries de défense militaire et un ensemble de bâtiments devant abriter les unités de l’armée des janissaires, installées dans l’ancienne forteresse, située non loin de la mosquée Sidi Ramdane, à La Casbah, et dont l’emplacement n’était pas approprié. Ce n’est qu’en 1691 que les travaux ont été totalement achevés et les janissaires installés et cela va durer jusqu’en 1817, lorsque le dey Ali Khodja – qui a fait face à des tensions avec la population de la Médina – a décidé de quitter le palais de Jénina à la Basse-Casbah, siège du gouvernement de la Régence d’Alger, pour s’installer dans la Citadelle. Son successeur le dey Hussein Pacha, très inquiet pour sa sécurité en raison de l’assassinat de nombreux régents d’Alger, va lui aussi s’installer dans cette caserne, mais y apporte de nombreuses transformations, pour en faire sa principale résidence en l’adaptant aux commodités de la vie en famille et le siège du pouvoir aussi bien politique que militaire. Ainsi, il y a ajouté une aile pour son harem, une mosquée et un bain privés, une autre mosquée avec des suites pour les beys, le Diwan (salle de réunion), la poudrière et une immense cour en marbre blanc, théâtre du fameux incident du coup d’éventail, contre le consul de France, en 1827, prétexte à la colonisation de l’Algérie trois ans après. Hussein Pacha va marquer son passage avec la construction d’un ingénieux et exceptionnel système d’irrigation et de distribution d’eau qui alimente non seulement la forteresse mais également les habitants de la Médina. Certainement très inquiet des soulèvements répétitifs de la population, il a mis en place un immense réservoir d’eau potable qui alimente toutes les fontaines de La Casbah, et qui est lui-même approvisionné par les différents aqueducs, qui ramènent l’eau de Bouzaréah, Tixeraine, El Biar, Aïn Zeboudja et El Hamma. De cette manière, il a le contrôle total sur l’eau de la Médina et pendant une longue durée. Durant les 12 années de son règne, le dey Hussein Pacha utilisera la Citadelle comme résidence permanente, jusqu’à sa capitulation. Pillée de ses richesses, la Citadelle a été transformée alors en caserne de l’armée coloniale. Les appartement du dey sont occupés par le général en chef de l'armée et, en 1847, l’aile réservée à sa famille est transformée en état-major et en intendance générale de l' armée avant d'être occupée par des tailleurs et des cordonniers, alors que le quartier des janissaires est affecté aux cantiniers de l' armée, la mosquée du dey est transformée en chambrées pour artilleurs et la mosquée El Barani,qui jouxte la Citadelle est devenue l’église Sainte-Croix, après avoir servie de caserne. L’édifice est isolé de son immense jardin et de la Médina par deux routes parallèles (où des constructions coloniales y ont vu le jour), l’une traversant ses entrailles et l’autre coupant le lien avec La Casbah. En 1887, le Palais du dey est classé monument historique et sa mosquée ainsi que la poudrière ont subi de grands aménagements pour servir de Musée colonial militaire, dont les pièces ont été pillées par les militaires avant qu’ils ne quittent le pays le 5 juillet 1962. Dès l’indépendance, la Citadelle a été squattée par près de 200 familles qui y ont habité jusqu’en 1984, date de leur évacuation et relogement, pour une restauration confiée à un bureau d’études polonais PKZ. Ce n’est qu’en 1992 que la Citadelle et le quartier de La Casbah furent classées, par l’Unesco, patrimoine mondial nécessitant une restauration et une protection. Depuis, pour moult raisons, aussi bien La Casbah que la Citadelle n’ont cessé de se dégrader, jusqu’en 2012, où les autorités ont pris des décisions d’urgence…  

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