mercredi 18 avril 2018

Des bataillons de civils pour une armée populaire

Il y a cinquante ans, le 16 avril 1968, le service national était officiellement institué avant que la première promotion d’appelés ne prenne le chemin des casernes le 21 avril 1969. Bol d’air», «corvée de secteur», chorba «cinq sec», «ordre serré», «hirassa» (la garde), «m’zarti» (déserteur), «permission», «Sahrate Oum Kalthoum», «la quille»… Des mots, des expressions, incompréhensibles pour qui n’est pas rompu au jargon de la vie de caserne. Mais ceux qui ont passé leur service militaire devinent sans doute le sens de ces formules.Il faut dire que la perspective de recevoir un ordre d’appel est un moment-clé dans la vie de n’importe quel jeune Algérien au même titre que l’entrée à l’école, les premiers émois amoureux ou son premier job. Seulement, l’idée d’aller sous les drapeaux a souvent été perçue comme une épreuve difficile, un moment douloureux. «Les jeunes appréhendent parce qu’ils  ne connaissent pas les conditions de vie dans les casernes», fait remarquer le directeur du service national au MDN, le général-major Mohamed Salah Benbicha (El Moudjahid du 16 avril 2018). Et c’est précisément pour changer l’image que nombre de nos concitoyens se font de l’armée que le ministère de la Défense a organisé, à partir du 15 avril dernier, et ce, jusqu’à aujourd’hui, des journées portes ouvertes au niveau des «centres et bureaux du service national, ainsi que les centres d’information territoriaux à travers les Régions militaires (RM)». «Ces journées ont montré les réalisations du service national depuis son institution le 16 avril 1968 à nos jours et ont été aussi une occasion pour les citoyens, notamment les jeunes, de connaître les différentes dispositions concernant l’accomplissement du service national à travers ses différentes étapes, à savoir le recensement, la visite médicale, l’incorporation, le report ou le dégagement, suivant les cas», explique le MDN sur son site web. Une «Charte du Service national» en 1974 C’est donc en 1968 que le Service national a été créé. «L’ordonnance n°68-82 du 16 avril 1968 portant institution d’un service national» disposait en son article 1 : «Il est institué un service national obligatoire pour toutes les personnes de nationalité algérienne âgées de 19 ans révolus.» L’article 4 précisait : «La durée du service national viendra en déduction du service civil institué notamment pour certaines professions libérales.» En 1974 est publiée dans le Journal officiel (numéro du 10 décembre 1974) une «Charte du service national». Celle-ci proclame : «Tous les Algériens, quelles que soient leur origine, leur situation sociale et leur fonction, sont appelés à accomplir leur temps de service national, et dans l’armée, et dans les secteurs civils de l’activité nationale.» En ouverture d’un séminaire qui s’est tenu sur le même thème au Cercle national de l’armée, à Beni Messous, le général Benbicha a insisté sur le rôle de «socialisation» que joue le service national en tant que lieu de brassage. Dans son édito, la revue mensuelle El Djeich qui a consacré un supplément au service national dans son dernier numéro d’avril 2018, le décrit comme une «école de formation des hommes qui ont contribué au grand chantier de la reconstruction et de l’édification de l’Algérie post-indépendance» et un «creuset de nationalisme et de dévouement». Dans ce même numéro de la revue El Djeich, le directeur du service national au MDN a rappelé quelques-uns des grands projets structurants qui ont transformé en profondeur le territoire et marqué l’imaginaire national : «Les jeunes du service national ont entamé la réalisation de projets de dimension stratégique d’avenir, entre autres : le barrage vert, les voies ferrées, la route de l’unité africaine, les aéroports et le projet de mille villages agricoles, en plus des services éducatifs et médicaux dispensés aux populations des campagnes, de désenclavement des régions isolées et autres formes de solidarité, des actions qui ont eu pour effet de renforcer la cohésion nationale entre les enfants de l’Algérie.» La revue El Djeich révèle à propos par exemple du barrage vert : «Durant toute la période de réalisation de ce vaste projet, il a été procédé à la plantation de plus de 42 000 hectares de plantes fourragères, près de 21 000 ha d’arbres fruitiers, 200 000 ha de pâturages, 14 000 km de zones agricoles et rurales et la réalisation de plus de 1500 unités de mobilisation des ressources hydriques. Au total, environ 7 millions d’arbres ont été plantés pour une superficie de 4 millions d’hectares de terres arides transformées en une ceinture verte reliant l’extrême est à l’extrême ouest du pays.» 11 centres et 40 bureaux du Service national Dans l’entretien qu’il a accordé à la revue El Djeich, le général-major Mohamed Salah Benbicha a indiqué que «la Direction du service national compte actuellement 11 centres et 40 bureaux, à travers tout le territoire national, particulièrement dans les régions du Sud, où des bureaux ont été créés au niveau des wilayas déléguées, dont le dernier à In Guezzam». Il a annoncé dans la foulée que le MDN est sur le point de lancer un «site web interactif conçu spécialement pour permettre aux citoyens de faire part de leurs préoccupations concernant le service national et de recevoir des réponses personnelles directes sous la supervision d’une cellule de veille de la Direction du service national». Le représentant du MDN est revenu sur les «mesures incitatives» qui ont été prises pour encourager les Algériens à accomplir leur service militaire. «La réduction de la durée du service national à une année est l’une des mesures les plus incitatives édictées par la loi n° 14-06 du 9 août 2014», a-t-il estimé, en précisant que cela a été décidé «suite à un sondage d’opinion et une étude réalisée par nos services». Et de souligner : «En général, toutes les dispositions visent à faciliter aux citoyens l’accomplissement de leur devoir national et la préservation de leurs droits. Par exemple, le droit de réintégration dans le poste de travail après avoir accompli son devoir national, dans une période ne dépassant pas les 6 mois et la préservation des droits liés à la promotion et à la retraite, prévue par l’ancienne ordonnance, ont été maintenus, en plus de la validation de la période du service national comme période d’expérience professionnelle. Dans le même contexte, parmi les mesures incitatives décidées par le Haut commandement de l’Armée nationale populaire, (…) dans le but de faciliter l’accès aux postes d’emploi, les structures du service national accordent un report d’incorporation à tout citoyen concerné par le service national, justifiant son succès à un concours d’emploi ou l’accès à un emploi, même en étant en situation irrégulière, à l’exception des insoumis.» Notons enfin que près de «250 000 citoyens ont bénéficié, durant les trois dernières années, des mesures présidentielles relatives à la régularisation de la situation vis-à-vis du service national», assurait un récent communiqué du MDN daté du 10 janvier 2018.  

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