mercredi 11 avril 2018

«Bouteflika n’était ni favorable à la conférence de Mammeri ni contre la répression»

Les déclarations du secrétaire général du RND, Ahmed Ouyahia, qui assurait, en janvier dernier, que «le président Bouteflika était contre l’interdiction en 1980 de la conférence de l’intellectuel Mouloud Mammeri» suscitent une première réaction. Elle vient de l’un des acteurs des événements du Printemps berbère, Saïd Sadi. L’ancien leader du RCD a publié une longue réponse au patron du RND dans laquelle il met en cause ses déclarations. Ayant côtoyé l’actuel chef de l’Etat à son arrivée au pouvoir en 1999, Saïd Sadi rapporte une partie de sa discussion avec lui. «Pour l’histoire donc, Abdelaziz Bouteflika n’était ni favorable à la conférence de Mouloud Mammeri ni contre la répression», écrit-il. Selon lui, le président Bouteflika «déplorait en catimini le fait que le régime n’ait pas su trouver les bonnes astuces pour démonétiser le conférencier à moindre frais et faire ainsi l’économie de l’adhésion populaire avec un mouvement qui a ébranlé les fondements du système». «Il faut d’ailleurs relever que l’actuel chef de l’Etat n’a jamais exprimé publiquement les positions que lui prêtent ses courtisans», souligne-t-il, en faisant allusion à Ahmed Ouyahia. Ce faisant, le Dr Sadi transcrit le contenu de sa discussion avec le chef de l’Etat concernant l’épisode de la répression féroce des événements d’Avril 1980. «Tenez, par exemple en 1980, ils (les responsables du régime, ndlr) n’ont pas su s’y prendre, ils ont très mal géré l’affaire (…), ce n’est pas comme cela qu’il aurait fallu faire. Moi, je n’aurai pas intercepté Mammeri pour interdire la conférence. Personnellement, je l’aurais invité à un festin chez le wali et je l’aurais fait savoir. Ensuite, je l’aurais fait accompagner par quatre motards à l’université. Partout les étudiants se méfient des intellectuels qui s’affichent avec les autorités. Sa conférence serait passée inaperçue et peut-être même que des étudiants l’auraient chahutée», écrit Saïd Sadi, en rapportant les propos du chef de l’Etat. L’ancien leader du RCD ajoute aussi qu’en 1980, Chadli Bendjedid avait déjà bien entamé sa «déboumediénisation». «Abdelaziz Bouteflika, qui connaîtra bientôt les poursuites de la Cour des comptes, pensait pouvoir être épargné en faisant allégeance au nouveau chef. On voit mal un sursitaire politique se démarquer et encore moins dénoncer les décisions du chef de l’Etat sur un dossier particulièrement sensible qui, de surcroît, ne figure pas, loin s’en faut, au registre de ses préoccupations politiques», ajoute-t-il.           

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire