mardi 17 avril 2018

40% de la population algérienne n’accèdent pas à leurs médicaments

L'enquête a concerné 2603 personnes âgées de 18 ans et plus et  s’est déroulée entre le 15 février et le 4 mars de l’année en cours à travers des appels téléphoniques d’une durée de 18 minutes pour chaque interviewé. L’étude sur la consommation des médicaments en Algérie, initiée par l’Union nationale des opérateurs de la pharmacie (UNOP) et effectuée par la société Immar Research & Consultancy, spécialisée en matière de réalisation d’enquêtes téléphoniques et études de marchés, une première en Algérie, illustre parfaitement les comportements des patients algériens vis-à-vis de la consommation du médicament et leur point de vue par rapport au système de santé national. Cette enquête a concerné 2603 personnes âgées de 18 ans et plus et s’est déroulée entre le 15 février et le 4 mars de l’année en cours à travers des appels téléphoniques d’une durée de 18 minutes pour chaque interviewé. Les résultats ont été présentés hier par Brahim Sail, directeur général d'Immar. Après avoir rappelé les principaux objectifs de cette étude qui vise à mieux connaître et prendre la mesure de la réalité des habitudes de consommation des médicaments en Algérie, la typologie des médicaments consommés, l’image qu’on a des fabricants nationaux ; leur attitude et leur niveau de confiance vis-à-vis des performances du système de santé, le Dr Abdelouahed Kerrar, président de l'UNOP, est revenu sur les aspects scientifiques et sociologiques que révèlent les résultats de cette première étude du genre. «L’objet de cette étude est éminemment scientifique et sociologique et vise avant tout à une meilleure connaissance du contexte global dans lequel s’exerce la prescription du médicament et, partant, des conditions de sa dispensation, de sa consommation et du suivi du traitement. En menant à bien ce travail d’intérêt public, l’UNOP s’est attachée surtout à combler un vide, en interrogeant les citoyens-usagers et en leur permettant ainsi d’exprimer leur point de vue sur la manière dont ils perçoivent les médicaments qui leur sont prescrits et dispensés», a-t-il souligné. L’étude s’est donc intéressée, a-t-il précisé, à des personnes qui ont consommé des médicaments durant l’année 2017, où il a été constaté une forte consommation chez les femmes par rapport aux hommes et ce taux est plus important dans les zones urbaines (78%) contre 22% en zone rurale. Les résultats ont également révélé que les personnes âgées de 60 ans et plus sont les plus grands consommateurs. Dans cette consommation, l’automédication représente 52% de la population. Un taux plus élevé dans les zones urbaines, soit 45% de la population contre 46% en zone rurale, avec une prédominance dans la région Sud avec 58%. A propos de la source de l’achat du médicament, la majorité des personnes interrogées affirment acheter leurs médicaments en pharmacie, mais il se trouve que 37% des interviewés rencontrent des difficultés d’approvisionnement. Plus de 42% de la population font trois pharmacies pour trouver leurs médicaments, un taux élevé en milieu rural (46%). Ce qui confirme les pénuries récurrentes de médicaments. Ainsi, 40% (14% du total de l’échantillon) n’accèdent pas à leurs médicaments prescrits par des médecins, que se soit le générique ou le princeps, et la majorité se trouve dans la région sud-ouest (92%). Interrogés sur leurs réactions face à l’absence de médicaments prescrits, 22% des patients affirment ne pas prendre leur traitement s’ils ne le trouvent pas et 40% ont déclaré retourner chez leur médecin en cas d’absence des médicaments prescrits en pharmacie. Plus grave encore, les résultats de cette étude montrent que près de la moitié des personnes interrogées arrête leurs traitements à la disparition des premiers symptômes (52%). C’est la raison la plus évoquée. Ce qui pose sérieusement le problème de l’observance d’où la nécessité d’une éducation sanitaire et thérapeutique. Par ailleurs, 13% des personnes affirment avoir eu de mauvaises réactions aux médicaments. A la question de savoir quel usage font les patients des médicaments non consommés, 41% déclarent les garder à la maison, 36% affirment les jeter à la poubelle et 26% les remettent à la pharmacie. Concernant la différence entre les médicaments génériques et princeps, l’enquête a révélé que seulement 39% des enquêtés font la différence entre les deux et 58% de cette population consomment le médicament générique et 44% refusent la substitution proposée par le pharmacien. Ainsi à  en croire les résultats de cette étude, les Algériens font confiance aux produits fabriqués localement, le taux le plus important est retrouvé dans le milieu rural et pour la tranche d’âge de 50 ans et plus, et 60% d’entre eux ont déclaré que la moitié des médicaments consommés est fabriquée localement. Les raisons les plus évoquées pour cette confiance est la préférence nationale et l’efficacité (80%). Les médicaments souhaités consommés sont des princeps, selon 42% de la population et 8% des génériques. Concernant les prescripteurs, les résultats de ce sondage montrent que 66% de la population font confiance aux médecins prescripteurs des structures privées, contre 57% des prescripteurs des structures publiques. «Les habitants du Centre et de Sud-Ouest font plus confiance à l’automédication et aux médecins des structures publiques. Contrairement à l’Est et au Sud-Est qui font plus confiance au médecin privé et 52% au pharmacien», résument les enquêteurs. Par ailleurs, la consommation des compléments alimentaires sous prescription médicale pour la majorité a été retrouvée chez 28% des personnes concernées par l’étude, les femmes sont les plus touchées et 45% déclarent consommer les produits phytothérapies achetés principalement chez l’herboriste. Le recours aux pratiques alternatives comme autre solution à leurs maladies est aussi courant. Parmi les 42% qui ont recours aux pratiques alternatives, 59% font appel à la rokia, 40% à la hijama et 22% à un herboriste.

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