mercredi 11 avril 2018

2019 dans le brouillard

L’apparition du chef de l’Etat, avant-hier, était loin d’être une opération de clarification sur l’agenda politique à mettre en marche en faveur de la présidentielle d’avril 2019. La complexité de la situation est résumée dans la symbolique paradoxale de cette séquence de l’inauguration de la mosquée Ketchaoua : le vieil homme, qui concentre ce qu’il peut rassembler comme énergie pour saluer les gens venus lui souhaiter longue vie, est le même que certains cercles voudraient voir garder en main le gouvernail pour cinq autres années et conduire le pays à bon port en pleine tempête. D’évidence, la sortie de Abdelaziz Bouteflika vient rajouter du flou à l’épais brouillard qui couvre le climat politique national. Une couche de plus qui rend extrêmement difficile le décryptage du moment présent et ses implications politiques immédiates. L’apparition du chef de l’Etat, avant-hier, était loin d’être une opération de clarification sur l’agenda politique à mettre en marche en faveur de la présidentielle d’avril 2019. Passons les commentaires compassionnels sur l’image actuelle du président de la République, elle a densément alimenté les spéculations les plus folles sur le message qu’on a voulu délivré ou pas. D’autant que la virée algéroise du président de la République intervient dans un contexte chargé d’incertitudes politiques, escorté d’un lot de conjectures. Elle renforce plus des interrogations qu’elle apporte des éclaircissements. Est-il candidat à sa propre succession et brigue un 5e mandat présidentiel et de ce fait sa sortie d’hier constituerait le début d’une campagne ? S’agit-il de sonder l’opinion et mesurer la popularité d’une telle option en jouant sur l’affect ? Cherche-t-on à montrer que le Président est encore là pour «tuer» dans l’œuf toute velléité d’émancipation de certains prétendants de l’intérieur du système, qui tenteraient de se tenir prêts. Et par le même coup, semer le doute dans les rangs de l’opposition, lourdement fragilisée et confinée au silence ? A une année de l’élection présidentielle, toute la classe politique et le pays avec sont suspendus à cette épreuve de questionnements. Opaque par nature, le régime politique qui a banni la transparence dans ses pratiques fonctionne aux énigmes et avance à visage non découvert. En l’absence d’un fonctionnement politique aux normes démocratiques, la manœuvre doublée de la ruse tiennent lieu de règle du jeu de gouvernance. Il est certain que l’étape de la mosquée Ketchaoua participe de cette logique aussi implacable que mystérieuse. Difficile d’affirmer de manière définitive qu’elle inaugure la cinquième saison de Bouteflika à la tête de l’Etat. Tout comme – paradoxalement – il n’est pas impossible de réfuter catégoriquement l’option de «poursuivre sa marche». Il est vrai qu’à une année du rendez-vous présidentiel, favoriser dès maintenant et de façon irréversible une option sur une autre, c’est faire courir des risques sérieux à des cercles au pouvoir. A commencer par l’entourage immédiat du président Bouteflika, qui se trouve pris de court et certainement débordé. Au-delà des «convictions personnelles» qui peuvent habiter certains conseillers proches de Bouteflika, un retournement brusque de situation et un renversement de rapports de force font paniquer. Et la peur n’est pas bonne conseillère. La crainte d’un lendemain incertain conduit souvent au renfermement et, par conséquent, à privilégier le statu quo. Un «choix» qui peut trouver aisément des partisans chez tout ceux qui ont acquis des rentes de situation. Historiquement, ils constituent une force conservatrice. Faute de n’avoir pas pris le temps nécessaire pour mieux préparer la succession dès le lendemain de la reconduction de Bouteflika en 2014, ce que l’on appelle communément le clan présidentiel se trouve soumis à l’urgence du temps et surtout à la difficulté d’introniser un autre candidat qui nécessite de laborieuses négociations internes entre différents groupes influents au pouvoir. Cet état d’esprit qui domine la Présidence pourra en effet amener ou forcer la main pour garder les choses en l’état. Si elle reste faible, l’hypothèse d’un 5e mandat pour Abdelaziz Bouteflika serait alors une candidature par défaut. Pour l’heure, aucune option n’est définitivement arrêtée. L’état des rapports de force dans le sérail, la pression  à laquelle est soumise la société au double plan économique et social, les tensions régionales qui ceinturent le pays, la difficulté à briser l’impasse globale et surtout l’incapacité à ouvrir des perspectives historiques à la hauteur des ambitions d’un pays comme l’Algérie sont autant de facteurs qui vont peser sérieusement et présider au choix qui doit s’opérer à mesure que s’approche l’échéance de 2019. Se sont des facteurs qui recommandent une sortie par le haut car il s’agit de redresser et de remettre sur les rails tout un pays. Se sont toutes ces questions qui animent le débat dans les différentes strates du pouvoir et de la société. Les inquiétudes sont telles qu’il n’est pas autoriser à prendre une décision à la hussarde. La victoire d’un groupe «revanchard» ou d’un clan «aveuglé» par le pouvoir ne serait constituer un projet politique national. L’état général du pays préconise une remise à plat et appelle à un sursaut patriotique. La période qui nous sépare de l’élection présidentielle peut être une opportunité dont il faudra se saisir pour engager la phase de transition afin de donner le coup de grâce à un système politique en fin de parcours. N’est-il pas venu le temps d’oser et avec courage le pari de la démocratie véritable.

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