vendredi 9 mars 2018

L’hôpital Mohamed Lamine Debaghine nous écrit : L’annonce d’un décès n’est pas chose facile

Suite à l’article paru le vendredi 2 mars, portant le titre «un mort et des interrogations», l’hôpital Mohamed Lamine Debaghine de Bab El Oued a tenu à apporter des précisions, signées par le Pr Merad-Boudia, chef de service de chirurgie : «Avant de détailler les faits tels qu’ils se sont réellement déroulés, il est important que j’apporte une mise au point purement médicale pour les non-initiés. Une péritonite prise en charge tardivement a des conséquences dramatiques dominées par le choc septique qui met en jeu le pronostic vital du patient. Le choc septique transforme une maladie locale en une maladie générale avec pour première conséquence un état hémodynamique précaire. Le paradoxe veut que l’acte chirurgical qui a pour but, entre autres, de laver l’abdomen qui est particulièrement souillé, est le moment le plus dangereux, car il va aggraver le statut hémodynamique du patient. Pour cela, il est obligatoire qu’un patient présentant un choc septique avéré soit, dans un premier temps,  placé dans une unité de réanimation afin de le monitorer et de corriger un tant soit peu son hémodynamique par un remplissage massif et de couvrir l’acte par une antibiothérapie massive en pré-opératoire. Pour revenir aux faits, le patient, après une errance médicale, s’est présenté aux urgences dans un état septique avancé, avec un scanner pratiqué à titre externe, qui montrait des lésions graves (perforation d’un organe creux). J’aimerais au passage signaler que le CHU de BEO est l’une des rares structures qui réalisent des scanners en urgence 24h/24. Dans le cas présent, la demande d’un scanner à notre niveau n’était absolument pas justifiée. Bien au contraire!!! Dès sa prise en charge par l’équipe chirurgicale assistée des réanimateurs, le patient a été mis sous catécholamine, ce qui témoigne de l’état d’avancement du choc septique et de l’état hémodynamique précaire de celui-ci. Quand bien même le patient s’est présenté debout lors de son admission, l’examen clinique a mis en évidence des signes de gravité : le teint cireux, les yeux enfoncés, une douleur généralisée à la palpation et une grande difficulté à se tenir debout. La biologie a confirmé le sepsis très avancé avec insuffisance rénale et anurie. Dans un premier temps, il était urgent d’admettre le patient et de le mettre en condition dans notre unité de soins intensifs pour les raisons que j’ai évoquées en début de texte. Je signale également que notre unité de soins se situe au 1er étage et nécessite un passage obligé par le hall central. Après l’aval de l’équipe de réanimation, le patient a été conduit au bloc opératoire. L’exploration a retrouvé la perforation d’un organe creux et une péritonite très avancée, comme en témoignent l’aspect purulent et les fausses membranes dans l’ensemble de la cavité abdominale. Les gestes nécessaires pour le traitement de cette péritonite ont bien entendu été effectués : prise en charge de la perforation, lavage massif et drainage de la cavité. Pour les non-initiés, le sparadrap sur les yeux est placé pour les maintenir fermés afin d’éviter la sécheresse oculaire responsable d’ulcération majeure de la cornée. Le patient est décédé en postopératoire. Quelles que soient les personnes qui ont pu graviter autour du patient, le réanimateur et le chirurgien qui avait la responsabilité de la garde ont clairement signifié à la famille l’extrême gravité de la situation. Ce point est capital, et nous en assumons totalement les propos auprès de la famille et la teneur scientifique de notre conduite à tenir auprès d’experts. L’annonce d’un décès n’est pas chose facile, et le chirurgien, avant de se rendre au rapport de garde, a exprimé largement sa compassion et sa tristesse et a même proposé à la femme du défunt de s’allonger dans une chambre au 2e étage. Mon équipe n’a rien à se reprocher dans la prise en charge de ce patient qui est venu d’emblée dans un état grave. De plus, quel que soit le degré de cette mise au point, dans la calomnie qui nous affecte, il en restera toujours un peu. Heureusement que nous avons pour nous notre conscience et le sentiment du devoir accompli.»

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