samedi 10 mars 2018

Balise : Les paroles utiles de l’ami diplomate

Le président Bouteflika est en possession de toutes ses forces mentales et intellectuelles. Sa mémoire reste intacte, c’est lui qui me rappelle, des fois, les personnes et les dates. Hormis sa voix éteinte, il est en très bonne santé. C’est lui qui gouverne, prend les décisions, suit les dossiers et les affaires du pays.» Quand Lakhdar Brahimi s’exprime, ce n’est jamais pour rien. Etabli en France, cet ancien diplomate, plusieurs fois ambassadeur, ancien ministre des Affaires étrangères sous Chadli Bendjedid, qui intervient régulièrement sur la situation politique en Algérie, pense bien faire de rééquilibrer les tendances d’une opinion de plus en plus encline à douter, légitimement d’ailleurs, du bon fonctionnement d’une institution aussi importante que la présidence de la République. Cette fois-ci, jeudi dernier, il a accordé une interview à un nouveau site électronique, Algérie diplomatique, pour communiquer encore une fois sur l’état de santé du président de la République. L’ancien médiateur dans le conflit syrien présente ainsi un homme qui jouit toujours de toutes ses capacités à gérer le pays. Beaucoup de questions se posent après cette énième sortie médiatique sur la santé du président. Pourquoi Lakhdar Brahimi a-t-il jugé opportun de s’exprimer en ce moment précis sur un tel sujet? S’agit-il d’une volonté de contrebalancer une opinion de plus en plus dubitative sur les capacités du locataire du palais El Mouradia à mener à bien les affaires de l’Etat ? Ou bien plus que cela : préparer les conditions d’une annonce importante qui porterait sur la volonté du président Bouteflika de briguer un 5e mandat. L’idée a déjà fait son chemin, puisque tous les partis gravitant autour du pouvoir ont, depuis quelques mois, exprimé leur engagement à le soutenir s’il venait à prendre cette décision. Tel qu’il a été présenté par l’ancien ministre des Affaires étrangères, converti à la diplomatie internationale, le chef de l’Etat peut bien, et sans aucun problème, continuer à gouverner l’Algérie au-delà d’avril 2019, date à laquelle son 4e mandat prendra fin. Lakhdar Brahimi ne le dit pas, mais le suggère presque en dissipant le doute sur l’inexistence de «la vacance de pouvoir» telle que clamée par de larges pans de l’opposition. Selon lui, le président Bouteflika qui a réussi à instituer un «Etat civil, en écartant l’ancien chef d’état-major, Mohamed Lamari, et le chef du Département du renseignement et de la sécurité (DRS), le général ''Toufik'', jouit de tous les pouvoirs que lui confère la fonction présidentielle». «C’est lui-même qui les exerce», tranche le diplomate qui semble appelé à répondre à ceux qui veulent «enterrer politiquement» le chef de l’Etat qui en revanche dispose, selon l’invité d’Algérie diplomatique, d’une «très bonne santé» lui permettant «de bien gérer les affaires de l’Etat». Lakhdar Brahimi, qui en a fait même l’éloge en soutenant que les réformes qui ont touché le secteur de la justice et les droits de l’homme ont réalisé d’«énormes progrès», contrairement à ce que disent les rapports des ONG, sait que sa parole porte, du moins utile pour ceux qui peuvent penser qu’un 5e mandat de Bouteflika est «une bonne chose pour le pays».  

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