lundi 19 février 2018

Les vérités de Jean-Christophe Quémard

Dans cet entretien exclusif qu’il a accordé à El Watan, Jean-Christophe Quémard, directeur zone Afrique-Moyen-Orient et membre du directoire du groupe PSA (Peugeot Citroën), a tenu surtout à faire quelques mises au point et donner des précisions au sujet d’un certain nombre d’informations ayant circulé dans la presse algérienne à propos de l’usine PSA en Algérie. Ainsi, le patron de zone Afrique-Moyen-Orient de PSA dément formellement qu’il y a eu un engagement pour utiliser dans la future usine algérienne de PSA des pièces d’origine iranienne. Il a qualifié ces informations de «pures allégations». Le même responsable dit ne pas reconnaître aussi le chiffre de 10 000 véhicules qui vont être produits avant la fin d’année, comme annoncé par l’un des partenaires de PSA dans ce projet, Hocine Benhamadi du groupe Condor. Tout comme il qualifiera les déclarations du même responsable sur les prix des futurs véhicules Peugeot fabriqués localement de «pas sérieux du tout». «Le chiffre de moins 15% par rapport aux véhicules importés n’engage que la personne qui l’a annoncé», a-t-il estimé. Concernant les fournisseurs qui vont produire des composants pour l’usine, il a affirmé que PSA va bientôt lancer des consultations officielles avec une dizaine d’entre eux pour venir s’implanter en Algérie. Jean-Christophe s’est montré aussi «prudent» quant aux modèles qui seront assemblés dans l’usine d’Oran, affirmant seulement que «les véhicules que l’on va produire sont les plus prisés et les plus attendus des consommateurs algériens».   - Selon le média iranien Press TV, la future usine PSA en Algérie devrait être approvisionnée à partir de l’Iran (usine Khdro Ikco) en pièces de rechange nécessaires à son fonctionnement. Quel est votre commentaire concernant cette information balancée par un haut responsable du constructeur iranien à ce média ? Ces informations sont inexactes. Nous n’avons aucun engagement d’aucune sorte pour utiliser des pièces d’origine iranienne. Nous n’avons aucun engagement avec notre partenaire iranien, aucun engagement avec les fournisseurs iraniens et aucun engagement avec les autorités algériennes. Ces informations prises telles quelles sont de pures allégations. Il y a un certain nombre de points qui sont exacts (je pense qu’il ne faut pas plaider la mauvaise foi) et qui sont assemblés de manière erronée. Le premier point est qu’il est absolument exact que nos accords en Iran avec nos partenaires (Iran Khodro et Saipa) incluent dans nos clauses de développement des exportations de véhicules. Et le chiffre cible qui est demandé est de 30%. Il est également exact qu’on a incité les fournisseurs iraniens qui travaillent sur le projet en Iran à étudier une implantation en Algérie. Car, parmi les fournisseurs iraniens, il y a d’excellentes entreprises de très bon niveau de technologie et que je qualifierai de classe internationale et qui veulent se développer en dehors de l’Iran et qui ont plutôt bien accueilli cette suggestion. Il y a eu donc deux éléments mélangés ensemble pour donner une information erronée : ces 30% de l’export et l’incitation claire qu’on a donnée aux fournisseurs iraniens à étudier le cas d’une implantation en Algérie. De manière générale, certains journalistes devraient vérifier leurs informations auprès du constructeur. - Il n’y aura donc pas de pièces provenant d’Iran qui vont être utilisées au démarrage de l’usine d’Oran… Exact. Les pièces qui vont servir au démarrage dans l’usine d’Oran proviendront majoritairement des pays européens. Il est possible qu’il y ait des pièces qui vont venir d’autres pays, mais de toute façon, c’est dans le cadre d’un objectif qualité qui reste inchangé. Il est possible aussi qu’il y ait des pièces qui proviennent de Chine marginalement à notre production européenne, mais nos pièces pour l’usine d’Oran viendront majoritairement d’Europe et bien sûr avec l'objectif d’avoir une production algérienne. Notre objectif majeur : avoir un taux d’intégration de 40% atteint le plus rapidement possible, conformément à la réglementation algérienne. - PSA veut mettre en place un véritable écosystème pour le développement d’une industrie locale, en prévoyant d’inviter ses sous-traitants à conclure des partenariats en Algérie. Y a-t-il déjà eu des contrats signés avec des sous-traitants ? On a déjà lancé des consultations avec des fournisseurs pour ce qui est de la réalisation à proprement parler de l’usine (construction de bâtiments…). Ces consultations vont se poursuivre dans les semaines qui viennent et vont s’intensifier. Il y aura des marchés qui vont être attribués très bientôt à des entreprises algériennes et internationales. Pour ce qui est de la production locale de composants, on a tenu la semaine dernière une importante réunion d’information en France, où on a réuni plusieurs dizaines de nos fournisseurs traditionnels. Une rencontre a été organisée sous l’égide de la FIEV (Fédération des industries des équipements pour véhicules), qui a été également soutenue par l’ambassade d’Algérie en France et à laquelle ont pris part plusieurs hauts responsables du ministère de l’Industrie. Donc lors de cette réunion officielle, on a présenté notre projet à l’ensemble des fournisseurs. Cela dit, on a déjà depuis plusieurs années engagé des discussions préalables avec un certain nombre de fournisseurs. Une dizaine d’entre eux ont commencé à travailler sur leur implantation en Algérie. A ce titre, on va lancer très prochainement de manière officielle des consultations, c'est-à-dire envoyer un appel d’offres à un certain nombre de fournisseurs en pièces en stipulant qu’ils doivent avoir leur localisation en Algérie et si c’est possible à proximité de notre site, mais pas seulement. Par ailleurs, il y aura un événement programmé pour début mars à Alger, sous l’égide du ministère de l’Industrie algérien qui permettra à des fournisseurs d’être sur place. En termes de contrats signés, nous avons fait venir le fournisseur Sealynx qui appartient au groupe GMD, qui avec Saida (Citroën) et Palpa Pro ont créé une joint-venture. Celle-ci a, selon nos informations, déjà conclu un contrat avec Renault. Pour nous également, l’idée c’est de fournir notre usine d’Oran. Il y a donc un certain nombre de décisions sur lesquelles on va revenir dans les semaines ou les mois à venir pour accompagner le développement de notre usine d’Oran. - Sachant que le lancement des travaux de l’usine est prévu pour le mois d’avril prochain, selon le directeur de l’industrie de la wilaya d’Oran, où seront alors assemblés les 10 000 véhicules avant la fin de l’année, comme annoncé il y a quelques jours par l’un des actionnaires de votre projet, en l’occurrence Hocine Benhamadi ? Les déclarations du responsable d’Oran sont exactes, ce qui montre le sérieux et la collaboration que nous avons avec la wilaya d’Oran. Par ailleurs, il a été annoncé un chiffre de 10 000 véhicules avant la fin de l’année 2018. Un chiffre que je ne reconnais pas. Ce que nous avons annoncé, c’est que nous assemblerons les premiers véhicules en 2018 et le chiffre que nous visons pour cette année n’a pas été arrêté en interne. Comment va-t-on produire ces véhicules ? On est dans l’idée qu’en parallèle de la construction de l’usine, on va mettre en place un dispositif qui va nous permettre de ne pas prendre de retard, de préparer la production et d’assurer la formation des employés de l’usine. Avec ce dispositif, on va produire un certain nombre de véhicules, mais aujourd’hui je ne suis pas en mesure de vous donner de chiffre. Alors, si quelqu’un a dit 10 000, cela n’engage que lui et non le constructeur. Je ne confirme pas le chiffre des 10 000, par contre je confirme les informations communiquées par le directeur de l’industrie d’Oran. - Le même responsable a par ailleurs déclaré que la Peugeot qui sera assemblée localement coûtera 15% moins cher que celle importée. Est-ce que lors de l’examen de votre projet par le Conseil national d’investissement (CNI) il a été convenu de vous faire bénéficier des avantages fiscaux comme les autres projets déjà lancés ? Effectivement, notre projet bénéficie des dispositions légales prévues dans le cadre de la loi sur les investissements. Il est éligible aux dispositions légales. En outre, le CNI a confirmé et précisé les modalités de notre installation à Oran, comme les conditions de mise en place des infrastructures routières, la connexion du site aux réseaux électrique et d’eau potable, etc. Tous ces éléments ont été précisés dans le cadre du CNI. Concernant le prix des véhicules assemblés localement, cette question est d’autant plus importante qu’il n’y a pas eu d’importation de véhicules Peugeot depuis deux ans. Alors, pouvoir dire qu’on est 15% moins cher que les véhicules importés, cela veut dire qu’on est à moins 15% de quelque chose qui n’existe pas puisqu’il n'y a pas de prix de référence. Donc, tout cela n’est pas sérieux du tout. Ce qu’il faut retenir, c’est la chose suivante : l’objet de cette usine est de donner un avantage aux consommateurs algériens. Pour cela, il y a le bénéfice de la loi sur l’investissement d’une part, et, d’autre part, il y a l’intégration locale qui va nous permettre d'être plus compétitifs. Nos clients (pour les Peugeot) attendent leurs véhicules depuis deux ans et notre objectif est de pouvoir satisfaire cette demande de manière compétitive par rapport aux autres producteurs locaux. Le chiffre de 15% n’engage que la personne qui l’a annoncé. - Les clients algériens sont historiquement attachés à la marque Peugeot. Quand pourront-ils acheter l’un de vos modèles made in Algeria ? Probablement, comme je viens de vous le dire, dans la dernière partie de l’année, si on travaille vite et bien. Je suis prudent et je revendique cette prudence. Je pense que l’habitude que vous avez eue avec notre longue histoire du projet Peugeot, parce que c’est quand même une histoire de deux ans, fait qu’on s’est toujours exprimé de manière claire, transparente et qu’on s’est bien gardé de faire des annonces tonitruantes ou des promesses qu’on ne pourra pas tenir. Alors, nous n'annoncerons que les promesses que l’on pourra tenir. Ce que je peux vous dire, c’est qu’on commercialisera des véhicules «made in Algeria» probablement avant la fin de l’année. - Peut-on connaître les modèles qui y seront assemblés ? Je suis prudent pour deux raisons. Premièrement, parce qu’on a des concurrents et qu’il est important de ne pas communiquer des informations sensibles. Deuxièmement, il est clair que les véhicules qu’on va produire sont ceux que les consommateurs algériens préfèrent. - Les 208, 301 et la C Elysée, comme souvent annoncé par la presse ? Ce sont des modèles qui ont eu leur part de succès en Algérie. Il est clair que ça serait assez logique que ces voitures se retrouvent sur les routes algériennes. Une fois de plus, on vous donnera des informations quand ça sera le moment. Mais il est vrai qu’on va lancer sur le marché algérien des véhicules qui correspondent aux attentes des clients algériens.  

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