dimanche 4 février 2018

«Le salafisme contrôle les circuits informels»

Ancien ministre des Affaires religieuses durant plus de dix ans et président du HCI (Haut conseil islamique), Bouabdellah Ghlamallah a démenti avoir décrété une quelconque fatwa sur les harraga, qui ne sont pour lui que des victimes. Dans l’entretien qu’il nous a accordé, et sans prendre de gants, il revient sur l’extrémisme religieux, les ahmadites, les salafistes, l’institution d’Al Azhar, le gel de la création du poste de mufti de la République, mais aussi sur l’invitation adressée par l’université d’Oum El Bouaghi à un imam saoudien qui encourageait, il y a quelques années seulement, le terrorisme en Algérie et qui est chargé de «souffler» sur les braises des printemps arabes…   Vous avez fait polémique en déclarant que la «harga», l’émigration clandestine, est un péché. Qu’en est-il au juste ? Je n’ai jamais dit que le Haut conseil islamique a décrété une fatwa déclarant l’émigration clandestine «haram» (ndlr, péché). Je quittais le Conseil de la Nation lorsqu’un journaliste d’une chaîne de télévision privée m’a accosté pour me parler des harraga. Il m’a lancé  : «N’est-ce pas ‘‘haram’’ que des jeunes meurent en traversant la mer ?» Je lui ai répondu : «Bien sûr que c’est haram», en expliquant que la prise en charge de cette question doit prendre en compte les aspects sociaux, psychologiques, économiques et culturels. Pour que je puisse décréter une fatwa, il faut que je me mette dans les mêmes conditions qui ont amené ce jeune Algérien à prendre ses enfants et de traverser la mer en prenant tous les risques. Il faut que j’étudie sa situation sociale et familiale afin que je puisse comprendre et décider. Or, cela n’a jamais été fait. Ces jeunes sont victimes de ces gens qui leur présentent l’Europe comme le paradis sur Terre. J’ai vu quelqu’un sur la Toile qui expliquait qu’il était réparateur de parabole à Aïn Témouchent et qu’il avait postulé pour un logement qu’il n’a pas obtenu. Il est parti en Espagne, où il dit aux jeunes qu’il vit beaucoup mieux qu’en Algérie. Personnellement, je suis plus que certain qu’il n’est pas bien. Beaucoup de jeunes vont le croire. Ceux qui partent ne sont les bienvenus ni en France, ni en Espagne, ni ailleurs dans le monde. Nos migrants vivent dans des conditions inhumaines en Europe. Je ne peux juger leur acte, et sur quelle base vais-je le faire ? Nous n’avons pas d’étude précise. Ce que je sais, c’est qu’une bonne partie prend le départ de la région de Sidi Lakhdar, notamment à la périphérie de Sidi Ali à Aïn Témouchent. Ces villes ont connu des exodes massifs et successifs qui ont aggravé les problèmes de logement et le chômage. Certains dépensent un argent fou pour construire ou acheter des barques et payer les passeurs, etc. sans être certains de rejoindre l’autre rive. Ils sont victimes de leur situation… Le Hci semble invisible et muet face à l’émergence de certains courants radicaux comme le salafisme, le wahhabisme, ou encore le chiisme, considérés comme étant une menace pour la société. Peut-on avoir une explication ? En ce qui concerne la situation religieuse, l’avis du HCI a toujours était présent. Il soutient et accompagne le référent national… Mais nous n’avons pas entendu l’avis du Hci concernant l’hégémonie des salafistes sur de nombreuses mosquées ou l’entrisme du wahhabisme... Bien au contraire. Nous avons organisé de nombreuses conférences de haut niveau consacrées à ces sujets. Peut-être qu’elles n’ont pas été suffisamment médiatisées, mais nous ne pouvons pas dire que le Hci est absent. Lorsque nous parlons de l’école ou de la mosquée, nous nous adressons aux institutions qui les gèrent. Je peux vous dire par exemple qu’avec le ministère de l’Education nationale, il y a une forte collaboration. On nous envoie les programmes, nous les étudions et nous donnons notre avis, y compris sur la formation des enseignants, un métier très important qui a perdu de sa valeur… Qu’est-ce qui a fait que l’école algérienne ait régressé  ? Avant, nous avions 73 Instituts des technologies de l’enseignement (ITE) dédiés à la formation des enseignants. Où sont-ils aujourd’hui ? Nous avions entre 4000 à 5000 corps formateurs. Que sont-ils devenus ? Nous avions une force qui aurait pu faire de l’Algérie un pays leader en matière d’éducation. L’école ne forme plus. Ce qu’elle enseigne est insuffisant. Elle sort de ses rangs des universitaires, des enseignants alors que l’université n’a pas pour vocation de produire des enseignants. Les ITE étaient spécialisés. Ils avaient des programmes et des formateurs spécifiques. Le ministère de l’Education nationale ne participe plus à la formation. Nous avons perdu trop de temps. La même situation concerne les imams, puisque la problématique de leur formation se pose avec acuité. Est-ce le cas ? Vous avez raison. Les instituts de formation des imams ont besoin d’une réforme. Nous sommes tombés dans la même erreur que celle avec l’éducation. On a instauré une institution qui s’appelle Dar El Imam où résident et sont formés les imams. Là aussi, on fait appel à des universitaires pour prodiguer la formation, alors que ces derniers ont besoin d’une formation spécifique afin qu’ils puissent transmettre correctement les connaissances acquises… N’ont-ils pas une formation spécifique ? Pour moi, non. Les élèves imams sont pris en charge par le ministère des Affaires religieuses, mais c’est l’Enseignement supérieur qui détache les enseignants pour leur assurer la formation. Ils ne se sentent pas dans des conditions de formation. Le module qui concerne la récitation du Coran, par exemple, n’est pas assuré. L’imam termine ses études sans apprendre à réciter le Coran. Est-ce normal ? Le problème de la formation est primordial aussi bien pour la mosquée que pour l’école… En tant que Conseil, nous n’intervenons pas directement. Mais nous travaillons avec le ministère des Affaires religieuses auquel nous donnons des avis, et aussi avec le ministère de l’Education nationale. Il faut reconnaître qu’il est vraiment difficile d’assumer la fonction de ministre de l’Education nationale. Je souhaite à la ministre beaucoup de courage, parce qu’elle n’a pas les moyens de changer les choses. Je dois préciser qu’il y a une coopérations assez soutenue entre son département et le Haut conseil. Il y a eu la visite, il y a quelques jours, d’un imam saoudien à l’université d’Oum El Bouaghi, qui a animé une conférence à laquelle ont pris part de nombreuses personnes se reconnaissant de la mouvance salafiste. Comment interpréter une telle incursion d’un imam qui encourageait, il y a quelques années, le terrorisme en Algérie ? Avant de vous répondre, je dois vous expliquer qu’en Algérie il n’y a pas que le rite malékite, mais également ibadite et hanafite. Le plus important, c’est d’être imprégné des valeurs nationales. En évoquant la finance islamique par exemple, j’ai dit que ce qui m’importe, c’est l’interaction entre le citoyen et la banque. Celle-ci travaille principalement avec l’argent public. Un nombre important de commerçants ne la sollicitent pas. Les techniques financières ne sont pas ma spécialité. Je cherche uniquement à ce que le citoyen s’adresse à la banque et que les deux conjuguent leurs efforts dans l’intérêt du pays et de tous. L’islam et la patrie sont les deux faces d’une seule pièce. On ne peut les dissocier. Je reviens à Oum El Bouaghi et je pose cette question : qui a organisé cette rencontre ? C’est l’université ou, peut-être, des imams qui ne sont pas satisfaits de ce que nous avons, et donc qui ont besoin d’un apport extérieur, qui n’est pas du tout gratuit. Cet imam n’est pas seulement chargé des Affaires islamiques en Arabie Saoudite, il est également parmi les personnalités chargées d’attiser le feu des «printemps arabes» dans les pays musulmans… Peut-on croire qu’une telle rencontre puisse échapper aux autorités religieuses ? D’abord, comment a-t-elle échappé aux autorités sécuritaires ? Est-ce qu’elle a été autorisée ? Non. Elle ne l’a pas été. Chaque année, j’organise une rencontre dans ma zaouïa. Quinze jours avant, je demande l’autorisation à la wilaya en lui indiquant que je reçois des personnes d’autres wilayas. Les autorités sécuritaires sont également informées et doivent donner leur avis. Comment cette rencontre d’Oum El Bouaghi a-t-elle pu échapper au contrôle de ces services, surtout que l’orientation de cette conférence est en contradiction avec le référent national. Il y a un vrai problème… Nous avons remarqué que les imams de certaines mosquées, connues pour être des fiefs de salafistes, prêchent à contre-courant du référent national et parfois recourent à des discours violents sans que cela ne suscite de réactions. Qu’en dites-vous ? J’étais au ministère des Affaires religieuses et tout le monde connaît ma position. Je souhaite que le ministère se charge de ce problème, et nous sommes disposés à l’aider pour y faire face. Nous pouvons renforcer la formation des imams et des inspecteurs des affaires religieuses. Nous avons de grandes compétences au sein du Conseil qui sont prêtes à assurer cette formation. S’il y avait un inspecteur averti à Oum El Bouaghi, il n’aurait pas permis une telle rencontre. De même que de bons inspecteurs ne laisseraient pas des salafistes occuper les tribunes de la mosquée. Comment expliquer le silence des pouvoirs publics devant la désignation par une autorité saoudienne d’un représentant de la mouvance salafiste en Algérie, celle-là même qui est à l’origine de la violence et de l’intolérance ? Je peux dire mieux. Celui qui a désigné Ferkous en tant que représentant du courant salafiste en Algérie est l’invité de l’université d’Oum El Bouaghi, et ce même Ferkous prêche toujours dans une mosquée. Lorsque j’ai été en Arabie Saoudite en tant que ministre, on m’avait demandé de lui attribuer une mosquée. Je leur ai dit : «D’accord, mais à condition qu’il revienne publiquement à travers son compte sur les réseaux sociaux sur toutes ses déclarations contraires au référent national». Il ne l’a pas fait. Je ne lui ai pas permis d’avoir une mosquée…. Mais comment peut-on accepter qu’un pays étranger dicte aux autorités la politique de la gestion du culte ? C’est cela la faiblesse de ceux qui suivent et propagent cette pensée qui n’est pas celle des Algériens. Il en est de même pour les adeptes du prosélytisme… Pourquoi, selon vous, les autorités sont-elles si promptes à réagir avec des courants, comme par exemple les ahmadites, mais restent timides voire consentantes avec d’autres mouvances plus radicales, comme le salafisme ou le wahhabisme ? (Un long moment de réflexion). En tant qu’Algériens, il est important pour nous d’éviter que notre pays soit une arène de combat pour des belligérants étrangers où nos concitoyens sont utilisés comme ce bois qui attise le feu. En clair, il ne faut surtout pas permettre que l’Algérie soit un terrain d’affrontement entre, par exemple, les chiites et les salafistes… Certains experts occidentaux ont prédit justement d’éventuels affrontements entre chiites et salafistes en Algérie. Pensez-vous que les pays qui contrôlent ces courants, à savoir l’Arabie Saoudite et l’Iran, préparent la mise en scène de ce scénario chez nous ? Certains parmi les analystes le disent. En tant que Conseil, nous sommes prêts à aider le ministère des Affaires religieuses, les autorités sécuritaires et les personnalités influentes au sein de la société pour éviter que ces affrontements puissent un jour avoir lieu ou que le peuple algérien soit le bois qui nourrit le feu. Je souhaite même qu’il n’y ait jamais de conflit entre l’Arabie Saoudite et l’Iran parce que les conséquences d’une telle situation seront dramatiques pour le monde musulman. Pour ce qui est d’Al Ahmadiya, il faut prendre ce courant sous deux aspects. D’abord en tant que doctrine qui induit les musulmans en erreur, parce qu’il prône le fait que le Prophète Mohamed (QSSSL) n’est pas le dernier messager de Dieu. On accepte qu’il y ait des divergences dans la forme, mais pas dans les fondements. Dans le Coran, il est dit que Mohamed est le dernier des messagers. Si les ahmadites ne croient pas au Coran, donc ils ne sont pas musulmans. L’autre aspect important à prendre en compte est lié aux conditions dans lesquelles Al Ahmadia a été créée. De nombreux écrits démontrent qu’elle est la création des services britanniques. Sur le plan pratique, ce courant agissait dans des locaux fermés. Il s’est répandu par le biais des réseaux sociaux. Son but est de créer une minorité inconnue au sein du peuple algérien et qui fonctionne comme une secte. Raison pour laquelle les autorités sécuritaires sont intervenues. Les ahmadites ont fait l’objet de poursuites judiciaires, non pas pour leur idéologie, mais parce qu’ils posaient un problème sécuritaire. Ils sont tombés sous le coup de la loi. Cela étant, si nous aimons notre pays et tenons à notre indépendance, il faudra combattre tout ce qui peut nous diviser. Les Algériens doivent savoir que les ahmadites et les salafistes travaillent pour des forces extérieures. Ils agissent contre le référent national Ne pouvons-nous pas dire la même chose pour les chiites qui sont de plus en plus nombreux chez nous ? Les chiites, les ahmadites et les salafistes agissent tous pour des forces extérieures et contre l’intérêt de notre pays. Cela est une réalité et le citoyen algérien doit en être conscient … De nombreuses ONG internationales accusent l’Algérie de ne pas respecter la liberté du culte en citant, par exemple, ce qu’elles estiment être des persécutions dont ont fait l’objet les ahmadites et les Algériens convertis au christianisme. Qu’en dites-vous ? Lorsque j’ai reçu l’archevêque d’Alger, il m’a dit qu’il y a des Algériens qui viennent demander de se convertir au christianisme. Je lui ai répondu qu’ils sont libres de le faire. En tant que ministre des Affaires religieuses, je me suis interdit d’interférer. C’est une question très complexe qui trouvera sa solution avec le temps. A-t-on peur que le nombre des chrétiens en Algérie augmente ? Qu’il augmente. Tant que ce sont des Algériens qui aiment leur pays et qui agissent dans son intérêt, ils ne posent aucun problème. La religion est pour Dieu et le pays est pour tous. Citez-moi un seul Algérien chrétien qui a été interdit d’accéder à une église ? Pas un seul. La loi de 2006 est bien claire. La liberté du culte reste protégée, mais dans un cadre organisé. Il faudra qu’il pratique son culte dans un endroit bien défini et connu. Même les ahmadites, s’ils agissaient à ciel ouvert dans des lieux de culte identifiés, ils n’auraient pas fait l’objet de poursuites. C’est une secte et le problème des sectes est une préoccupation de nombreux pays. Notre société vit des phénomènes dramatiques. Trouvez-vous normal que des gens croient qu’un bouc puisse donner du lait qui guérit les cancers et plein d’autres maladies ? Ce sont des bulles qui sortent de la société et qui peuvent lui être nuisibles si elles ne sont pas traitées. Ces maux se nourrissent de l’ignorance, et l’ignorance ne peut être combattue que par les connaissances. L’Algérie n’est pas une île sur un océan. Regardez comment l’impérialisme s’est répandu dans le monde. Il prend sa revanche sur les pays qui l’ont combattu durant le siècle dernier. L’Algérie a payé cher sa libération de son emprise. La secrétaire d’Etat américaine, Hilary Clinton, n’a-t-elle pas déclaré que Daech est une création américaine ? Les taliban n’ont-ils pas été armés par les Américains et les Saoudiens ? Nous sommes arrivés au point d’entendre les Turcs dire aux Américains de quitter le nord de la Syrie pour éviter des affrontements sur le terrain. Ces déchirements des pays arabes est la conséquence des interventions militaires étrangères. Les prétextes utilisés par ces puissances sont souvent la protection des minorités réprimées. L’Algérie n’opprime personne et l’Algérien est libre chez lui.   Comment interpréter ces campagnes sporadiques contre les non-jeûneurs par exemple ? Durant le Ramadhan de 2014, un groupe d’Algériens avait décidé de se regrouper à Tizi Ouzou pour organiser un déjeuner public. Le directeur des affaires religieuses m’avait appelé un peu inquiet en me disant que des jeunes ont décidé de manger en plein centre-ville. Je lui ai dit : «Tu n’as aucune responsabilité sur eux. Ta responsabilité est sur les mosquées. Ne fais rien…». Le soir même, la réponse est venue de la population qui a organisé au même endroit un immense repas pour la rupture du jeûne. Y a-t-il meilleure réponse ? Chacun est libre de ses actes. Toute cette déviance religieuse a commencé après la Charte nationale de la fin des années 70’ lorsqu’on a substitué la morale islamique par la morale socialiste. Cela a été très mal interprété et donné des arguments aux extrémistes de semer le doute dans la tête des Algériens en leur faisant croire que l’Etat s’est débarrassé de l’islam, etc. Ce qui nous a conduit au 5 Octobre 88 et aux années 90’. Ceux qui parlent au nom de l’islam ne sont pas tous innocents. Il y en a beaucoup qui profitent de la religion. Je citerais par exemple tous ces personnes qui refusent de confier leur argent aux banques et qui encouragent l’économie informelle. La majorité fait partie du courant islamiste. J’en connais beaucoup. Je les ai affrontés dans des luttes autour du contrôle de la mosquée. Ils payaient des «omras» à des imams, et contrepartie ces derniers devaient leur obéir et dire ce qu’ils voulaient entendre dans les prêches. Un jour, j’ai découvert une mosquée construite par l’un d’eux à Ouled Fayet, à Alger, sans que l’autorité n’en soit informée. Lorsqu’un imam a été désigné pour les prêches, il a refusé en le chassant des lieux. Il lui a dit que c’était sa mosquée. J’ai envoyé un inspecteur qui lui a fait comprendre qu’une mosquée n’est pas une propriété privée. Pour qu’elle soit un lieu de culte, il faut qu’elle obéisse à la loi. Longtemps après, il a fini par accepter. Voulez-vous dire que le courant salafiste est devenu assez puissant en Algérie ? Il est puissant parce qu’il a la force de l’argent. Il contrôle le marché informel qui menace les équilibres financiers du pays. Ces gens cachent leur argent pour éviter la traçabilité et font tout pour gagner plus. La plupart de ces commerçants excellent dans la surfacturation et l’évasion fiscale. Pour eux, la religion n’est qu’une couverture. Pourquoi nos érudits n’ont-ils pas pu protéger notre référent religieux de ces courants qui semblent de plus en plus écoutés et de plus en plus présents ? Nous avons de grandes compétences, mais elles ne sont pas exploitées dans nos mosquées. Si l’imam Khenoufi d’Oum El Bouaghi avait en face de lui l’un de ces érudits qui passent régulièrement sur la chaîne du Coran, il ne reviendra plus prêcher. Ces courants profitent de la liberté d’expression et agissent surtout sur les ignorants qui ne connaissent pas bien leur religion. Mais, il faut reconnaître que parmi leurs adeptes, il y a malheureusement de jeunes universitaires. Cela prouve que leur formation n’a pas été à la hauteur. Y a-t-il des divergences de vue au sein du HCI sur des questions de pratiques religieuses sachant que les membres peuvent être traversés par les courants idéologiques qui existent en Algérie ? Les quatorze membres du Hci et moi en tant que quinzième responsable partageons les mêmes visions. Les pratiques peuvent être différentes, mais sur les fondamentaux nous sommes tous d’accord. Celui qui pense qu’il peut régler des problèmes avec des recettes étrangères se trompe. Raison pour laquelle j’insiste toujours sur la formation aussi bien des enseignants que des imams. Il n’y a que le savoir qui peut nous sauver… Vous avez été un défenseur du poste de mufti de la République, mais à ce jour l’autorité n’a pas encore décidé. Qu’en est-il au juste ? Mufti de la République est une institution de l’Etat. C’est moi-même qui ai présenté un projet dans ce sens que j’ai défendu, et le Premier ministre a été convaincu. Mais il a été gelé par le président de la République après sa discussion en Conseil des ministres. Je respecte cette décision parce que je connais ses raisons. Ceux qui s’y opposaient avaient peur des conflits entre l’institution judiciaire qui rend des décisions susceptibles d’être présentées au mufti pour avis.. L’Egypte a un mufti et cela ne lui pose pas de problème d’empiétement sur les décisions du juge… Nous mêmes avions un mufti depuis l’époque ottomane jusqu’à la fin de la colonisation française. En Egypte, il y a un mufti, et en cas de condamnation à mort, si ce dernier ne donne pas son accord, la décision ne peut être exécutée. Même dans le projet que j’ai présenté j’avais mis des clauses qui délimitent les prérogatives du mufti. Il n’a pas le droit d’émettre un avis sur les décisions du Parlement, de la Justice, de la Cour suprême, etc. Le texte est bien ficelé pour être appliqué une fois que le président aura décidé de le faire. De toute façon, le Haut Conseil islamique peut jouer ce rôle de mufti, puisqu’il est à chaque fois sollicité pour donner des avis… Comment expliquez-vous ce recul en matière de réforme du code de la famille, comme par exemple dans son volet lié à la présence du wali au lieu de sa suppression, ou encore sur la polygamie ? Est-ce le résultat des luttes idéologiques à l’intérieur des institutions ? Lors des discussions, les idées divergent parfois. La question de la présence du wali pour le mariage des femmes par exemple est fondamentale sous l’angle du respect des conditions du mariage des femmes dictées par la religion. Lorsque le Prophète avait reçu cette femme qui se plaignait de son père pour l’avoir mariée à un cousin contre son gré, il lui a dit : «Ton mariage est annulé, même si c’est ton père t’a mariée». Cette femme est repartie chez son mari en disant à ses proches : «Je ne suis pas partie voir le Prophète pour désobéir à mon père, mais pour voir si j’ai le droit de choisir mon époux ou non. Maintenant que j’ai ce droit, je repars chez moi». Elle a gagné la position juridique. Ceux qui défendent la présence du wali, c’est plutôt dans un esprit de respect des conditions du mariage et ceux qui étaient pour sa suppression se basaient sur le principe de l’égalité en droit devant la loi. Ce sont des avis partagés… Ne trouvez-vous pas aberrant de maintenir la présence du wali, tout en donnant la possibilité à la femme de choisir n’importe quel homme pour assumer ce rôle ? En fait, la décision de revenir sur la suppression de la présence du wali a été celle du Président en raison des débats sur la question. Il a jugé utilise de garder cette protection, non pas juridique, mais de horma (respect), en lui donnant la possibilité de choisir son wali. A l’époque de feu Abdelmadjid Meziane, il y a eu de grands débats. Lui était très ouvert. Ce qui n’était pas mon cas. J’étais très conservateur sur ces questions. Lors de la prochaine session du Conseil, le débat sera consacré à la problématique du divorce par la procédure du Khol’â, dont le nombre est en train d’exploser. Nous allons donner notre avis. Quand vous étiez ministre des Affaires religieuses, vous avez initié un recensement des biens wakfs. Quelle est la situation de ce patrimoine qui aurait pu générer un budget important ? Effectivement, lorsque j’ai pris mes fonctions, j’ai constaté que beaucoup de bien wakfs n’étaient pas connus ou recensés. J’ai fait appel à un bureau d’études qui m’a fait un état des lieux. Nous avons pu récupérer un nombre important de ce patrimoine. Mais c’était une longue procédure. Je n’ai commencé à voir les résultats que 6 ans après. Nous avons pu renforcer et multiplier ces biens qui sont très rentables au niveau national. Des centaines de biens immobiliers ont été récupérés à Alger, Tipasa, Constantine, Aïn Témouchent, Adrar, etc. Vous savez, souvent nous tombons sur les problèmes de propriété. Les anciens palais de La Casbah par exemple font partie du patrimoine culturel. Ils appartiennent au département de la Culture. La mosquée Ketchaoua par exemple qui est un bien wakf, était presque en situation d’effondrement. Le ministère de la Culture nous a demandé de la fermer en 2006. J’ai essayé avec de grandes difficultés à trouver l’argent qu’il faut afin de signer un marché pour les travaux de réfection avec la société qui a restauré la basilique de Notre Dame d’Afrique, le Premier ministre m’a ordonné de remettre le projet au ministère de l’Habitat. Il faut reconnaître qu’il y a une lutte importante autour du contrôle des wakfs. Je vous cite un autre exemple : à Sidi Okba, à Biskra, il n’y avait rien, même pas un endroit pour passer la nuit ou juste pour prendre un café ou faire ses ablutions. Tous ceux que j’ai affectés là-bas sont revenus. Pour y remédier, j’ai décidé d’utiliser une assiette de terrain, bien wakf, mitoyenne pour construire un motel, avec un restaurant et des chambres pour dormir. J’ai tout préparé et remis le dossier à l’urbanisme pour le permis de construire. La direction de la culture nous a demandé de n’ériger que deux étages, alors que le projet en prévoyait quatre afin de rentabiliser la construction. Comment pouvais-je protéger Sidi Okba si je ne pouvais pas assurer le minimum de vie à ceux qui devaient veiller sur les lieux ? Pourquoi devais-je laisser à l’abandon des terres alors qu’elles pouvaient être très utiles là-bas ? C’est pour vous dire toutes les complications et les difficultés à prendre des décisions lorsqu’on assume la fonction de ministre. Mais j’ai pu avoir une grande parcelle de terrain habous, à Saoula, une terre wakf, qui a servi pour la construction d’une cité Haï Al Kiram, avec 120 logements, une banque, un hôtel et un centre de soins. J’ai créé une société de taxi qui emploie des jeunes et génère un budget conséquent. Ce sont plein d’opérations d’investissement qui ont permis au ministère d’avoir des fonds importants. Combien vous rapporte les biens wakfs ? Lorsque j’ai commencé, ce revenu atteignait les 800 millions de dinars, et quand j’ai quitté mes fonctions, j’ai laissé 141 milliards de dinars dans la trésorerie. Si on avait poursuivi les opérations, ont aurait dépassé largement plusieurs centaines de milliards de dinars. Le fonds de la Zakat m’a permis de créer 9000 entreprises qui généraient des revenus importants. Ce sont les commissions de la zakat, composées par ceux qui donnent la zakat, qui gèrent ces fonds au niveau des 48 wilayas.

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