jeudi 8 février 2018

«Le RCD est né pour offrir une alternative démocratique et progressiste»

- Dans quelle conjoncture politique se tient le cinquième congrès du RCD ? Notre cinquième congrès intervient dans une conjoncture faite de luttes au sommet de l’Etat, d’absence de visibilité politique et économique et d’une ébullition du front social. L’échec patent de la dernière tripartite, dont l’ensemble des partenaires émargent pourtant à la même famille politique rentière, à formuler des perspectives claires et chiffrées et à s’entendre sur des mesures à même de relancer l’investissement créateur d’emplois est caricatural. La persistance des mouvements de grève depuis plus d’un mois témoigne de l’incapacité chronique du gouvernement à s’engager dans un dialogue constructif avec les acteurs sociaux protestataires. L’instrumentalisation de la justice et le recours à la répression ne feront que durcir les mouvements de grève en cours. Les blocages mafieux à l’encontre de certains investisseurs privés, qui travaillent sur fonds propres, continuent de miner les rapports entre institutions et opérateurs économiques. Encore une fois, l’incertitude qui pèse sur l’élection présidentielle de 2019 renseigne, au moins, sur l’échec d’instaurer la pratique démocratique dans le pays. - Trois décennies après les assises constitutives, quel bilan faites-vous du parcours politique de votre parti ? Le RCD a incontestablement marqué l’histoire par ses propositions et positions, notamment dans les périodes de doute et de renoncement. Il a toujours su relancer l’espoir en assumant des choix qui se sont révélés salutaires pour le pays. Il en est ainsi de son refus de participer à l’enterrement du pays en 1991, de son appel à la résistance en 1993, de son combat pour la séparation du politique et du religieux, de son action permanente pour l’officialisation de la langue amazighe, de ses actions de terrain qui ont conduit à la levée de l’état d’urgence en 2011, de son travail de pédagogie pour l’action collective pour la transition démocratique en 2014, de son combat pour l’institutionnalisation d’une instance indépendante de gestion des élections, de son militantisme pour la dissolution de la police politique… La liste est encore longue. Nombre des thématiques portées par le RCD, seul pendant longtemps, sont aujourd’hui partagées par de nombreux acteurs politiques. Certaines parmi ses propositions sont désormais reconnues de façon formelle, même si le pouvoir nous a habitués à retirer d’une main ce qu’il a donné de l’autre. Je vous signale que malgré la levée de l’état d’urgence depuis 2011, les manifestations sont encore interdites dans la capitale depuis 2001 et que l’officialisation effective de la langue amazighe n’a pas encore été consacrée dans la Constitution. Cela dit, il reste beaucoup à faire pour accéder au pouvoir dans un pays non démocratique, où le peuple est spolié de son droit souverain à choisir ses dirigeants. - Vous êtes la deuxième génération RCD après celle des fondateurs, avec deux époques distinctes ; les combats d’aujourd’hui sont-ils différents de ceux d’hier ? J’ai eu la chance et le privilège d’avoir côtoyé cette génération depuis novembre 1989. C’est dans cette école que j’ai été formé dès le départ au militantisme. C’est dans cette école que je vais continuer le combat. Le RCD est né pour offrir à notre peuple une alternative autour d’un projet de société progressiste et démocratique. Donc, le défi reste le même. - Pendant longtemps, le RCD se distinguait par la mise en avant des questions sociétales, comme la laïcité, l’égalité entre les hommes et les femmes, la liberté de conscience, l’école moderne, la lutte contre l’islamisme... Un marqueur qu’on retrouve moins aujourd’hui dans le discours du RCD. La bataille des idées est-elle reléguée au profit d’une lutte liée à la conjoncture politique immédiate ? La bataille des idées reste d’actualité pour le RCD, les élites intellectuelles censées prendre en charge ces problématiques ayant fui ce terrain. Toutes les questions que vous citez sont débattues régulièrement, notamment à l’occasion de nos universités d’été annuelles sous forme de conférences-débats ou d’ateliers. Mais plus que cela, elles ont constitué la sève de notre proposition de Constitution pérenne débattue durant 8 conventions ouvertes à la société civile et à différents partis politiques. Ce projet de Constitution traite de toutes les questions sociétales que vous avez citées. Je vous rappelle que dans la proposition en question, nous avons écrit que «l’Etat national moderne exige la séparation du politique et du religieux qui restitue le champ de la foi à la sphère privée. Cette séparation conduit à la désacralisation du pouvoir politique qui doit être jugé sur son bilan. Dans toutes les sociétés démocratiques, le principe de laïcité est consubstantiel à la pérennité de la démocratie». D’autres questions ont été mises en avant ces derniers temps, comme la dissolution de la police politique, l’instance indépendante de gestion des élections, la transition démocratique, le coût de la non-intégration nord-africaine. S’agissant de la femme et de la jeunesse, nous avons été jusqu’à créer des cadres pour l’action et pour réunir les conditions de leur meilleure implication dans le combat politique. - Une année nous sépare de l’élection présidentielle ; comment votre parti se prépare-t-il à cette échéance ? Pour l’instant, nous nous concentrons sur l’organisation de notre cinquième congrès. Un congrès qui se tient sous le slogan générique : «Un nouveau départ pour une Algérie de progrès». La réussite de la présidentielle dépendra de la disponibilité du pouvoir en place à garantir une compétition ouverte sous l’égide d’une instance indépendante d’organisation du scrutin et de la capacité des acteurs politiques de l’opposition à sortir de leur méfiance envers des forces ou courants qui leur sont exogènes, pour dialoguer et agir ensemble, pour se saisir de cette opportunité pour un nouveau départ, pour réinventer l’Algérie. A ce sujet, ce que nous avons réalisé à Mazafran peut être un levier de mobilisation.  

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