mercredi 21 février 2018

Le Conseil d’Etat réhabilite le Pr Barkat

  Bouc émissaire tout désigné et exposé à la vindicte populaire, le Pr Abdelmadjid Barkat vient d’être réhabilité par le Conseil d’Etat qui a annulé la décision conjointe signée par le ministre de la Santé et celui de l’Enseignement supérieur, mettant fin à ses fonctions en juillet 2015, en tant que chef de service de la maternité du CHU de Constantine. Le Conseil d’Etat a rendu sa décision par arrêt du 11 janvier 2018, tel que confirmé à El Watan par l’avocat du professeur, Me Djamal Eddine Allia. Il s’agit d’une véritable victoire pour le Pr Barkat et avec lui l’ensemble du corps professoral médical, compte tenu des enjeux et des conséquences de cette décision sur le rapport de force entre l’administration et le corps médical, entre le politique et le scientifique. Les circonstances ayant entouré le «limogeage» et la campagne médiatique orchestrée en amont et en aval pour accrocher une cible sur le dos d’un médecin et dégager la responsabilité des pouvoirs publics étaient, en effet, suspectes. Le ministre de la Santé, à l’époque Abdelmalek Boudiaf, avait presque réussi, à travers cette manœuvre, à faire croire que la faillite de la maternité est imputable au médecin chef de service et qu’il fallait juste changer ce responsable pour rendre l’établissement et la qualité des soins nettement meilleurs. Un précédent à généraliser dans le cadre d’une stratégie de soumission d’une génération de professeurs ayant un attachement doctrinal au secteur public, qui ne convient plus aux intérêts des décideurs. La maternité du CHU de Constantine cumulait, certes, l’ensemble des dysfonctionnements, à savoir le manque d’hygiène, le manque de places et une prise en charge qui laisse à désirer. Une situation que le Pr Barkat et son staff ont dénoncée des années durant sans être entendus. Avec 15 000 accouchements par an, la clinique assumait, et avec des moyens très limités, le double de ses capacités, en répondant surtout en «urgentiste» au flux débordant de parturientes venues de toutes les wilayas de l’Est. Les esprits algériens avaient été choqués par les images d’un «reportage» diffusé par la Télévision nationale montrant des parturientes partageant, parfois à trois, le même lit, au milieu de flaques de sang et de tas d’immondices. Ce n’était pas un scoop, car de nombreux journalistes avaient déjà témoigné de la situation, mais pour créer l’émotion, les images sont plus fortes que l’écrit. A ce moment, le ministre ne pouvait que cueillir la tête du professeur en se débarrassant de lui avec l’approbation nationale, concomitamment à une importante opération de réhabilitation et d’équipement de la maternité pour laquelle un budget de 600 millions de dinars avait été dégagé. Une «attention» particulière qui aurait pu intervenir bien avant, en réponse aux SOS lancés par le staff. En tout cas, 18 mois après sa réouverture, la clinique est retombée dans les mêmes travers. Les «hourras !» retentissent encore au CHU Ben Badis de Constantine, où des collègues du Pr Barkat relèvent la tête après avoir accusé un coup sévère suite à cette histoire et la série de mises à la retraite des professeurs chefs de service, qualifiée d’opération de décapitation du corps médical. La décision du Conseil d’Etat pourrait-elle influencer l’échiquier à l’heure où le gouvernement est pressé par les médecins résidents de revoir sa conception de la santé publique ? Certains y croient.

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