dimanche 18 février 2018

«Le chômage au sein de la communauté palestinienne en Algérie est très élevé» (2e partie et fin)

En octobre 2016 s’est tenu le premier congrès de la communauté palestinienne en Algérie, et vous avez été élu récemment président de la Ligue de la communauté palestinienne. Quelles sont les missions de cette instance, et quelle est la situation de nos frères palestiniens vivant en Algérie ? La responsabilité est immense et notre mission est de servir nos compatriotes. C’est notre rôle fondamental. Il s’agit de suivre leur situation, les aider dans leurs problèmes, les rapprocher les uns des autres… Nous œuvrons ainsi à renforcer les liens sociaux entre les Palestiniens. Le pays (l’Algérie, ndlr) est très vaste, avec plusieurs wilayas. D’aucuns parmi eux vivent dans des régions éloignées. Il y a des Palestiniens qui sont établis en Algérie depuis les débuts de l’indépendance, ils se sont mariés ici, et leurs enfants et leurs petits-enfants sont nés en Algérie. C’est le cas de beaucoup d’anciens instituteurs palestiniens. Actuellement, combien y a-t-il de Palestiniens en Algérie ? Approximativement, entre familles et étudiants, il y a près de 6000 Palestiniens en Algérie. Ce chiffre inclut ceux qui ont pris la nationalité algérienne. Il faut dire que le nombre des Palestiniens est faible comparativement aux années précédentes. Il y a beaucoup de Palestiniens qui sont partis après les Accords d’Oslo et la création de l’Autorité palestinienne ? Bien sûr ! Il y avait un grand nombre de Palestiniens en Algérie avant Oslo. Il y avait les forces militaires de l’OLP et ses différentes composantes. Il y avait aussi beaucoup d’enseignants de la première heure qui, dès que l’occasion s’est présentée de retourner en Palestine, y sont rentrés avec leur famille. Il y a un petit nombre de Palestiniens qui n’ont pas réussi à retourner au pays pour des raisons diverses. Certains sont recherchés par Israël, d’autres sont restés pour des raisons, disons… militantes, à la demande de la direction politique (de l’OLP). Parmi les anciens profs, certains se sont retrouvés coupés de tout. Ils sont toujours là avec leurs enfants. On en trouve à Tébessa, Souk Ahras, M’sila… Même à Adrar, il y a des Palestiniens, à Béchar aussi… Ce sont de vieux instituteurs. Il y en a qui sont décédés, et qui ont laissé des enfants ici. Nous sommes toujours attachés à eux et nous avons rétabli les liens avec leurs proches. Nous nous évertuons à nous rapprocher de ceux qui sont établis dans des régions reculées, malgré la faiblesse de nos moyens. Il faut savoir que nous ne recevons d’aide de personne en tant que «djaliya» (communauté). Nos moyens sont limités, mais nous essayons malgré tout de rassembler tous les Palestiniens. Sincèrement, en Algérie, on ne se sent pas étrangers. On se sent parmi les nôtres. Notre rôle aussi est de revivifier et préserver l’identité palestinienne, ainsi que le patrimoine culturel palestinien. Nous œuvrons ainsi à célébrer la culture palestinienne parce que notre culture est menacée. Il y a des tentatives de la diluer, de l’annihiler, de la marginaliser, surtout qu’elle présente des similitudes avec les autres cultures de la région (au Moyen-Orient). Nous travaillons à hisser haut ce patrimoine pour montrer qu’il existe une culture palestinienne différenciée qui était là bien avant le mandat britannique. Cette culture se distingue dans tous les aspects civilisationnels. Prenez l’aspect culinaire. Il y a plusieurs spécialités gastronomiques connues dans notre région, et qui, à la base, sont d’origine palestinienne. Mais cela a été occulté par l’occupation. Par exemple, le kebbé, l’ennemi sioniste l’a adopté. Malgré la petite superficie de notre pays, nous avons une variété et une diversité culinaires extraordinaires. Pouvez-vous nous citer quelques-unes de ces spécialités gastronomiques du terroir palestinien ? Par exemple, nos familles d’Al Dhiffa (La Cisjordanie) sont connues pour un plat populaire appelé El messakhen, à base de poulet, d’oignons et d’huile d’olive. C’est succulent. A Ghaza, on a la soumaqiya et el medjederah. On a également le poisson, évidemment, qui est cuisiné sur toute la côte. A Yafa, Haïfa, Safad et Safouri, au nord de la Palestine, vous trouverez le kebbé et le taboulé. Je ne veux pas me montrer chauvin, mais plusieurs plats ils leur ont enlevé l’étiquette «Palestine» et ils se les ont appropriés. La makloubeh est une spécialité palestinienne par excellence. El mansaf est en réalité une recette palestinienne. Aujourd’hui, on le présente comme un plat national jordanien. Quel est le profil des Palestiniens établis en Algérie ? Sur les 6000 Palestiniens recensés, il y a environ 1500 étudiants. 3000 Palestiniens sont là depuis longtemps. Ce sont principalement d’anciens instituteurs, des enseignants à la retraite. Il y a aussi nombre de cadres politiques et militaires, de militants, qui sont restés ici. Ils sont arrivés après 1982. Leurs enfants vivent en Algérie. Il faut préciser aussi que ces 3000 ressortissants ne comprennent pas les étudiants. Ce chiffre n’inclut pas non plus les commerçants qui viennent depuis peu ou d’autres catégories qui travaillent dans d’autres secteurs. Quels sont les problèmes auxquels ils sont confrontés ? Certains ont évoqué des difficultés d’obtention de la carte de résident ou d’un permis de travail… Justement, il y a des problèmes. Comme n’importe quel ressortissant étranger dans n’importe quel pays, il y a le problème de la carte de séjour. Il y a des problèmes administratifs. Je n’ai jamais entendu parler d’un Palestinien refoulé ou expulsé parce qu’il n’a pas ses papiers. Mais il y a des difficultés à obtenir la carte de résident, c’est vrai. Dans le dossier à fournir, on exige le contrat de location. Or, beaucoup de propriétaires louent leurs maisons sans bail de location. Avant, quand tu n’avais pas de carte de séjour, la situation était plus simple, aujourd’hui ça se complique. Il y a aussi le cas des étudiants qui ne peuvent pas retourner à Ghaza à cause de la situation là-bas et les difficultés autour du poste frontières de Rafah. Il y a des gens qui ont du mal à trouver du travail ou travaillent d’une façon aléatoire, dans le bâtiment par exemple, le plus souvent au noir, sans contrat. La priorité dans tous les pays aujourd’hui en matière d’emploi est aux enfants du pays. Le logement, le travail, sont des problèmes auxquels tout le monde est confronté partout. Tu as aussi le cas d’enfants de Palestiniens qui sont nés en Algérie. Prenez par exemple l’enfant d’un ancien instituteur palestinien. Cet enfant est né, a grandi et a vécu toute sa vie en Algérie. Quand il fait une demande de travail, il est surpris de se voir signifier qu’il ne peut pas prétendre à un poste d’emploi. De temps en temps, il y a des dispositions qui autorisent l’ouverture de postes, mais pour combien de Palestiniens ? Pourtant, ils ne sont pas très nombreux. Ils ne se comptent pas par dizaines de milliers. Mais nous comprenons la situation. Nous savons qu’il y a une hausse du chômage dans toute la région. Nous pensons, néanmoins, qu’il y a moyen de faire quelque chose. Pour les médecins palestiniens, il y a quelques postes qui leur ont été attribués. Ils sont généralement affectés vers les régions reculées. Dans l’Education nationale, il y a possibilité d’ouvrir des postes. Il y a un petit nombre de Palestiniens que nous essayons d’incorporer dans le secteur de l’enseignement. Ce sont des étudiants qui ont fini leur cursus universitaire, et qui sont au chômage. Il n’existe pas de convention dans ce sens avec les autorités algériennes ? Non, il n’y a rien. Il y avait auparavant des accords qui énonçaient que le Palestinien est traité comme le citoyen algérien. Pourquoi cela a-t-il changé ? On ne sait pas pourquoi ça a changé. Il y a le cas des Syriens qui subissent des restrictions administratives ces dernières années. On a attribué cela à des considérations sécuritaires. En serait-il de même pour les Palestiniens, d’après vous ? On a imposé des restrictions à tout le monde, c’est vrai. Nul ne peut nier l’importance des impératifs sécuritaires. Mais ce sujet concerne avant tout la procédure d’attribution du visa. Les conditions de délivrance du visa (pour les Palestiniens, ndlr) étaient différentes de la situation actuelle. Aujourd’hui, l’octroi du visa est devenu très difficile. Avant, les Palestiniens n’étaient-ils pas soumis au visa pour entrer en Algérie ? La procédure administrative stipulait que l’ambassade de Palestine coordonnait cela avec les instances sécuritaires et celles-ci se contentaient de signaler le nom de la personne à l’aéroport. C’était donc une procédure facile. C’était juste un tampon d’entrée sur le passeport, sans visa. Cette procédure a duré jusqu’à quelle année ? Cela a duré exactement, si ma mémoire est bonne, jusqu’en mars 2014. A partir de là, il y a eu un durcissement. Moi, j’étais délégué de l’ambassade de Palestine au niveau de l’aéroport d’Alger, donc je connais très bien ce dossier. Aujourd’hui, il y a des difficultés. C’est une décision souveraine que nous respectons. Mais nous demandons à ce que l’on tienne compte des spécificités du contexte palestinien. Surtout quand on regarde la ferveur populaire à l’égard de la cause palestinienne en Algérie… Tout à fait ! La relation algéro-palestinienne est d’une telle évidence. Tout a besoin d’être expliqué sauf ça, cette relation intime et très forte qui lie l’Algérie et la Palestine. En tout cas, nous, on la vit comme ça. Elle n’a pas besoin d’explication. Cette passion est en nous et c’est tout. A côté de cela, il y a des récits qui affirment que les Amazighs et les Cananéens avaient une relation historique. On évoque aussi la relation avec Sidi Boumediène du temps de Salah-Eddine (le savant soufi avait participé à la fameuse bataille de Hittin aux côtés de Salah-Eddine Al Ayoubi contre les Croisés, en 1187, et il y avait perdu une main, ndlr). Il y a également les migrations d’origine algérienne vers la Palestine du temps de l’Emir Abdelkader et El Mokrani. Il y a des villages palestiniens qui comptaient beaucoup d’Algériens. Il y a nombre de familles d’origine algérienne reconnaissables à leur nom. Derradji, Touati, Tayeb, Khaldi, sont des noms usités en Palestine. Ce sont des Palestiniens, mais qui ne renient pas leurs origines algériennes. Citons aussi le chef du bureau d’Abou Ammar à Tunis, Hadj Khaled Hana, qui est originaire de la région de Tizi Ouzou. Il convient de rappeler aussi que la résistance palestinienne s’est inspirée du Front de Libération algérien. Elle a été influencée par le FLN et sa pensée. Le premier bureau du Fatah dans tout le monde arabe a été ouvert à Alger. Il est situé dans l’ancien siège de l’ambassade de Palestine, rue Victor Hugo, à Alger (en 1963, ndlr). Il était dirigé par le chahid Abou Khalil Al Wazir dit Abou Jihad. Il logeait avec sa femme dans une chambre qui faisait partie de ce bureau. On sait qu’il y avait un camp militaire de l’OLP à Tébessa, on nous a parlé aussi d’un autre camp à El Bayadh… Le camp a été installé à Tébessa après que l’OLP eut quitté le Liban en 1982. Le même camp a été ensuite déplacé de Tébessa à El Bayadh. Certains se sont mariés à Tébessa et sont restés là-bas. Il y a d’ailleurs nombre de familles palestiniennes à Tébessa. Pouvez-nous nous parler un peu de votre parcours ? Quelle est votre histoire personnelle avec l’Algérie ? C’est difficile de parler de soi, et ce n’est pas très approprié. Moi, je viens en Algérie depuis ma prime jeunesse. La première fois, je suis venu en stage. J’avais 19 ans, sachant qu’aujourd’hui j’ai presque 60 ans. J’ai noué des relations solides avec des personnes remarquables, des personnalités de l’Etat. Donc, c’est une très vieille relation. J’ai assisté à plus d’un conseil national (de l’OLP) ici. Il y a vraiment une relation très spéciale entre l’Algérie et la Palestine, que ce soit au niveau du peuple ou du gouvernement. Il n’y a qu’à voir les bourses d’étudiants que nous recevons de la part de l’Algérie. Combien de Palestiniens sont diplômés des universités algériennes ! Dans toutes les spécialités ? Oui, toutes les filières : médecine, technologie, droit, géologie, tout… Et c’est important pour nous. Le fait de donner la possibilité à un étudiant de poursuivre son cursus ici, c’est un effort dont nous apprécions pleinement la valeur. Pourquoi ? Parce que sans instruction, sans savoir, sans progrès, on ne peut pas affronter. Malgré le fait que parfois c’est dur pour eux à cause du changement, mais avec le temps, ils s’adaptent et comprennent que cela fait partie de leur formation. Outre les bourses, il y a aussi des stages et des formations dans divers domaines, y compris dans le domaine militaire et la sécurité. Sur le plan de l’action diplomatique auprès des institutions internationales, l’action de l’Algérie est très importante. L’Algérie défend la Palestine partout. Il est réellement difficile de parler de façon exhaustive de cette relation tant elle est intense et forte. Combien de combattants algériens ont rejoint les rangs de la Révolution palestinienne ! Boumaâza Allah yerrahmou (Bachir Boumaza, ndlr) était même accusé de terrorisme en raison de sa relation étroite avec la Révolution palestinienne. Son rôle est connu. Le président Bouteflika avait, lui aussi, une relation particulière avec la Palestine et toutes les composantes de la Révolution palestinienne et tous les dirigeants palestiniens. C’est pour vous dire que c’est vraiment une relation exceptionnelle, difficile à décrire et difficile à expliquer. Il y a des choses qu’on ne peut pas expliquer. Cela doit sûrement à la composition de la personnalité algérienne et à la composition de la personnalité palestinienne. Vous pouvez voir sur Facebook et sur les chaînes de télévision : chaque fois qu’on montre la Palestine, le drapeau algérien flotte quelque part, et vous voyez des enfants palestiniens qui n’ont jamais mis les pieds en Algérie, qui la connaissent seulement de réputation, brandir le drapeau algérien. Pourquoi le font-ils ? Pourquoi nombre de nos martyrs sont-ils drapés de l’emblème algérien ? Ce sont des choses qui sont difficiles à expliquer si ce n’est pour dire : m’habbé min Allah, c’est Dieu qui a scellé cet amour entre nous. Concrètement, quels aspects peut-on développer en Algérie pour soutenir davantage la cause palestinienne ? Comme je vous le disais, nous ne disposons que de très peu de moyens. Nous acceptons toutes les aides. Les hommes d’affaires algériens qui souhaitent nous aider sont évidemment les bienvenus. Nous sommes à l’ambassade de Palestine (à Dély Ibrahim, ndlr). Notre souhait est de mettre sur pied un projet qui permette de créer de l’emploi pour nos enfants qui sont au chômage. Cela fait partie de nos objectifs. Je préfère que tu m’apprennes à pêcher plutôt que de m’offrir un poisson comme dit le proverbe. Ces dons permettront ainsi de créer du travail pour ces jeunes qui, pour la plupart, sont dans une situation extrêmement précaire. Nous voulons mettre tous les membres de la communauté palestinienne à l’abri du besoin, leur assurer une vie digne et faire travailler les Palestiniens de toutes les wilayas. Il y a un fort taux de chômage des Palestiniens vivant en Algérie ? Oui, absolument. Le chômage au sein de la communauté palestinienne en Algérie est très élevé. Je peux vous dire que la grande majorité de nos diplômés ne travaillent pas ou alors font des petits boulots. Il y a des médecins, des avocats, des journalistes, des ingénieurs… Certains se sont retrouvés peintres en bâtiment, manœuvres sur les chantiers… Il faut savoir que l’une des qualités du Palestinien est qu’il ne se plaint jamais. Même s’il n’a que 10 DA en poche, quand vous voyez comment il se comporte, vous croirez qu’il possède 1 million de dollars. Si vous avez remarqué, jamais vous ne verrez un Palestinien mendier dans la rue. Qu’en est-il des aides humanitaires qui sont envoyées à Ghaza ? Cela se fait en coordination avec le Croissant- Rouge algérien qui récolte aussi des aides de son côté. Je dois citer l’action de jeunes Algériens bénévoles qui ont recueilli en 2014 l’équivalent de 3 millions de dollars de médicaments. D’autres ont collecté des vêtements, des couvertures, et tout cela a été envoyé à Ghaza. Concernant le projet que je viens d’évoquer, j’envisage de rencontrer un certain nombre d’hommes d’affaires. Ce projet devrait être implanté dans les wilayas où il y a une concentration de Palestiniens. Nous avons un Fonds de solidarité qui prend en charge un certain nombre de familles, mais il ne suffit pas. Nous ne demandons rien au gouvernement algérien. Nous préférons nous adresser aux donateurs. Nous voulons être pratiques et efficaces. Par exemple, si j’ai une famille dans le besoin, est-il préférable de lui allouer une somme d’argent tous les mois ou bien de lui assurer un travail ? Il est possible de dégager une somme pour un petit projet qui ferait travailler un certain nombre de gens dans la production et la distribution. Ainsi, on créera au profit des enfants de la communauté palestinienne des opportunités de travail. Ce genre de projets ne demande pas un capital important. Actuellement, quels sont les emplois occupés par les Palestiniens en Algérie ? Beaucoup travaillent dans la restauration. Ils sont également dans le secteur pharmaceutique, surtout les Algéro-Palestiniens ou les Palestiniens qui ont la nationalité. Il y en a qui travaillent aussi comme chauffeurs auprès de sociétés étrangères, spécialement celles qui viennent du Moyen-Orient. Certains se sont investis dans la mécanique auto. Ce sont d’ailleurs les mieux lotis. Il y a aussi ceux qui sont dans les affaires, mais ils sont confrontés à des difficultés administratives. Qu’en est-il de la carte de résident ? Les autorités avaient mis en place une loi qui dit qu’après 7 ans de séjour, tu as droit à la carte de résident d’une validité de 10 ans. Mais il me semble qu’elle n’est plus appliquée. Moi, j’ai une carte de dix ans parce que je suis marié à une Algérienne et mes filles sont Algériennes. La plupart des Palestiniens qui sont mariés à des Algériennes ont la carte de dix ans. Mais les conditions sécuritaires ont conduit à un durcissement des conditions de délivrance de la carte de résident. Ce sont des questions de souveraineté nationale que nous respectons profondément. Il y a donc des choses à améliorer pour faciliter la vie à nos frères palestiniens en Algérie… Comme je vous l’ai dit, le contexte palestinien a ses particularités, et par conséquent il nécessite un traitement particulier. Je vais vous dire quelque chose : malgré tout ce qu’on subit, l’émigration chez nous est très faible. Au Liban, avec tout ce qui s’est passé là-bas, très peu de Palestiniens sont partis. Pareil en Syrie où le camp Yarmouk a failli être décimé. On a carrément voulu l’éradiquer, ses occupants ont subi les pires humiliations, et malgré cela, ils ont tenu. Notre peuple n’a jamais pensé à émigrer en Europe. Pourtant, toutes les lois européennes disent que dès qu’un Palestinien débarque dans un aéroport, il a automatiquement le droit d’asile et le statut de réfugié. Il est considéré comme apatride. A tel point d’ailleurs que d’autres migrants se font passer pour des Palestiniens pour obtenir l’asile. Malgré cela, ils s’accrochent et ne s’éloignent jamais. Ils restent dans les régions limitrophes pour être proches de la mère patrie. Ceux qui émigrent en Europe finissent toujours par revenir. Et ceux qui ont obtenu l’asile jouent un rôle important dans la conscientisation de l’opinion publique européenne sur le drame palestinien. Ils jouent aussi un rôle important en créant du lien avec le pays. Et je ne parle pas que de Ghaza et d’Al Dhiffa. Je parle aussi de Haïfa, Jaffa, Safad, les Palestiniens qui sont restés dans les terres de 1948… Le Palestinien qui a émigré n’a pas oublié sa cause, non, il reste dans son orbite. Nous sommes Palestiniens et nous resterons Palestiniens !  

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