dimanche 18 février 2018

Algérie-Palestine, même combat

Tout a besoin d’être expliqué sauf ça, cette relation intime et très forte qui lie l’Algérie et la Palestine», lance Hamza Altirawé, chargé des relations publiques à l’ambassade de Palestine et président de la Ligue de la communauté palestinienne en Algérie. Est-il besoin de préciser que la Palestine a toujours occupé une place particulière dans le cœur des Algériens ? Nous avons même la forte impression que la «palestinité» fait partie de l’ADN de beaucoup d’entre nous. Cette relation passionnelle, fusionnelle, s’est forgée, faut-il le souligner, dès les premières années de l’indépendance et même avant. Alger, «Mecque des révolutionnaires», selon le mot d’Amilcar Cabral, ne pouvait que s’engager, après en avoir fini avec l’ordre colonial français, aux côtés du peuple palestinien. «La résistance palestinienne s’est beaucoup inspirée du FLN et sa pensée», observe Hamza Altirawé. De fait, lors de la création du mouvement Fatah en 1959, la Révolution algérienne s’est d’emblée imposée aux dirigeants palestiniens comme le modèle à suivre. Un bureau du Fatah à Alger dès 1963 Le président de la communauté palestinienne en Algérie rappelle, en outre, que «le premier bureau du Fatah dans tout le monde arabe a été ouvert à Alger». C’était en septembre 1963. Dans un article du journal Le Monde consacré à Yasser Arafat, l’accent est mis sur le rôle qu’a joué l’Algérie fraîchement indépendante dans le soutien apporté à la résistance palestinienne incarnée par la figure d’Abou Ammar, le Che palestinien en keffieh. «Galvanisé par la révolution algérienne, puis par l’indépendance de l’Algérie, Yasser Arafat déserte de plus en plus fréquemment son entreprise d’ingénierie, renonce à la vie et à l’argent faciles, pour aller visiter les petites cellules révolutionnaires qui se sont créées en Egypte, en Syrie, en Algérie et en Jordanie. Dès 1963, l’Algérie lui offre la première reconnaissance officielle, avec l’ouverture d’un bureau du Fatah, dirigé par Abou Jihad. Un an plus tard, le Fatah inaugure un camp d’entraînement près d’Alger. C’est là que les membres d’Al Assifa (La Tempête), la branche militaire clandestine du Fatah, reçoivent leur première formation au maniement des armes. C’est également la reconnaissance algérienne qui ouvre de nouvelles portes, notamment celles de la Chine de Mao Zedong, où Yasser Arafat se rend en 1964.» (voir : L’incarnation d’un rêve palestinien par Mouna Naïm, in Le Monde du 11 novembre 2009). C’est également à Alger qu’Arafat rencontre Ernesto Guevara. Les dépôts d’armes extérieurs de l’ALN aux Palestiniens Le 28 mai 1964, l’OLP est officiellement créée : l’Organisation de Libération de la Palestine. Elle est suivie dans la foulée par l’Armée de Libération de la Palestine (ALP), sa branche militaire, un peu sur le mode FLN/ALN. L’Algérie n’hésitera pas à apporter une aide précieuse au commandement palestinien. «Une rencontre secrète est tenue au domicile de Tahar Zbiri, chef-d’état major, organisée par le tandem Abdelhamid Mehri et Abou Jihad, en la présence de Arafat et de Houari Boumediène. Un accord est trouvé après que Abou Ammar ait demandé explosifs, armes légères et munitions à l’Algérie pour lancer ses fidayine contre Israël», rapporte Le Quotidien d’Oran dans un dossier-hommage à Yasser Arafat au lendemain de sa disparition (Arafat et nous par Mounir B., in Le Quotidien d’Oran du 13 novembre 2004). Notre confrère ajoute : «Cent militants de Arafat s’entraîneront au camp de Boghar, à Ksar El Boukhari et à Cherchell. L’Algérie offrira même un dépôt de munitions (…) qui appartenait aux réserves de l’ALN en Syrie, à Ladhikiya, et la légende veut que la première balle tirée le 31 décembre 1964 par les brigades du Fatah, en Palestine, soit algérienne». Dans ses mémoires (Un demi-siècle de combat. Mémoires d’un chef d’état-major algérien, édition Echourouk, 2012), Tahar Zbiri, alors chef d’état-major de l’ANP, rapporte comment, en effet, il a joué un rôle décisif dans l’approvisionnement du Fatah en armes et munitions ainsi que la formation des combattants palestiniens. L’auteur du putsch avorté du 14 décembre 1967 contre Boumediène affirme qu’en janvier 1964, une délégation palestinienne était venue à Alger en quête d’un soutien politique et militaire. Cette délégation, insiste-t-il, «représentait le noyau dur de ce qui allait devenir l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP)». «[Elle] comprenait Yasser Arafat dit Abou Ammar (…), accompagné de Khalil El Wazir, connu sous le nom d’Abou Djihad, ainsi que Ahmed Wafi dit Abou Khalil». Un camp militaire de l’OLP à Tébessa D’après son récit, les jeunes leaders palestiniens sont restés trois mois à Alger sans pouvoir rencontrer aucun dirigeant algérien. Ayant eu vent de leur requête, Tahar Zbiri en touche un mot à Boumediène qui lui donne aussitôt son feu vert. «J’ai donné alors l’instruction au capitaine Abderrahmane Benatia qui était responsable des magasins d’armement qui se trouvaient en Libye, en Tunisie, en Egypte, en Jordanie et en Syrie, et que nous possédions du temps de la Révolution, de livrer ces armes aux nouveaux dirigeants palestiniens», témoigne le colonel Zbiri (Echourouk du 25 septembre 2011). «Trois mois après notre accord qui consistait à armer et entraîner les hommes d’Abou Ammar, ils nous ont envoyé 57 volontaires palestiniens que j’ai fait entrer à l’Académie militaire de Cherchell (…), et ces jeunes comptaient parmi ceux qui ont déclenché la Révolution palestinienne quelques mois plus tard», assure l’ancien chef d’état-major de l’ANP. Sur le front diplomatique, on se souvient de cet historique 13 novembre 1974 lorsque Yasser Arafat avait eu droit à une émouvante standing ovation à l’Assemblée générale des Nations unies, à New York. Le leader charismatique de l’OLP était admis, pour la première fois, à la tribune de l’ONU, à l’invitation d’un certain… Abdelaziz Bouteflika, président de cette 29e session de l’Assemblée générale des Nations unies. Dix jours plus tard, le 22 novembre 1974, l’OLP est accueillie comme observateur au sein de l’ONU. Après l’expulsion des combattants palestiniens de Beyrouth à l’été 1982, l’Algérie n’hésite pas à accueillir une partie des hommes de Yasser Arafat, dispersés entre plusieurs pays. C’est ainsi que sera installé un camp militaire palestinien à Tébessa. Celui-ci sera ensuite transféré à El Bayadh, indique M. Altirawé. «En plein siège de Arafat à Beyrouth par l’armée israélienne, les militaires algériens envoient 8 Hercules C 130 à Chypre pour évacuer près de 1400 combattants palestiniens vers l’Algérie en août 1982. Ce sont les fameuses brigades Adjnadin», écrit Le Quotidien d’Oran (Arafat et nous, 13/11/2004) Enfin, citons ce fameux 15 novembre 1988 lorsque, moins d’une année après le début de la première Intifadha, Arafat proclamait officiellement, depuis la tribune de l’hôtel El Aurassi, la création de l’Etat de Palestine. Il faut savoir que bien avant cela, l’Algérie avait ouvert une ambassade palestinienne à Alger dès 1974. 25 000 étudiants palestiniens formés en Algérie Selon une étude publiée par le site www.nakba.ps (qui se définit comme une «encyclopédie de la Nakba palestinienne»), et consacrée à la communauté palestinienne présente en Algérie, les premières vagues de Palestiniens ont commencé à affluer au milieu des années 1960 «pour travailler ou bien pour poursuivre leurs études dans les universités algériennes». La période allant de 1965 à la fin des années 1980 a accueilli «environ 7000 enseignants et 500 étudiants». Cette enquête qui a été mise en ligne en 2012 nous informe, par ailleurs, que «la majorité de la communauté palestinienne est issue de la bande de Ghaza». «Il y avait également un petit nombre de Palestiniens qui arrivaient de Cisjordanie et des camps de nos réfugiés en Jordanie, en Syrie et au Liban.» Pour ce qui est du profil socioprofessionnel des Palestiniens établis en Algérie, cette étude, qui évalue cette population à environ 4000 personnes (en 2012), a recensé 1900 étudiants, 36 médecins, 26 juristes, 47 ingénieurs et 417 enseignants (dont 117 actifs et 300 retraités). Les enfants des enseignants palestiniens sont estimés à 1500 personnes. Outre ces catégories, elle révèle la présence de 200 Palestiniens dans les professions libérales. Comme nous l’avons vu plus haut, les chiffres actualisés en notre possession renseignent sur une population palestinienne qui a augmenté de 50% par rapport aux données de cette enquête, passant de 4000 à 6000 personnes en cinq ans. On note en même temps un certain recul en nombre d’étudiants. Concernant cette dernière catégorie, il faut mentionner que 25 000 étudiants palestiniens ont été formés en Algérie depuis l’indépendance. C’est ce qu’a déclaré le ministre de l’Enseignement supérieur Tahar Hadjar en octobre 2016. Pour finir, cette enquête alerte sur les difficultés croissantes que rencontrent nos frères palestiniens en Algérie. «Durant les dernières années, les enfants de la communauté palestinienne ont commencé à rencontrer beaucoup de problèmes. Les modalités d’accès à l’emploi et les conditions de vie sont devenues plus difficiles et plus exigeantes.»  

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