jeudi 11 janvier 2018

Yennayer, de l’Académie berbère à l’appel des intellectuels

«Tabburt u segwas» (Porte de l’année), le premier jour de l’an du calendrier agraire, fêté différemment selon les régions (12 au 14 janvier), correspond au premier jour de janvier du calendrier julien, décalé de 13 jours par rapport au calendrier grégorien. Le président de la République, Abdelaziz Bouteflika, avait annoncé, mercredi 27 décembre 2017, lors de la réunion du Conseil des ministres, sa décision de consacrer Yennayer «journée chômée et payée» dès le 12 janvier 2018. Le gouvernement a endossé dans la foulée un amendement à la «loi fixant la liste des fêtes légales qui inclura ainsi le jour de l’An amazigh correspondant au 12 janvier», a indiqué, hier, un communiqué des services du Premier ministre. «Cet amendement poursuivra son parcours à travers le Conseil des ministres pour aboutir bientôt au Parlement», a précisé la même source. Le parcours pour l’officialisation du Nouvel An berbère a été long. A l’avant-garde du combat pour la reconnaissance de cette date : l’Académie berbère. Lancé en 1966 dans le domicile de Taous Amrouche, avec pour figure de proue, Mohand Arab Bessaoud (1924-2002), Agraw imazighen a appelé à la célébration de cette date. Un militant de Merouana (Batna) Ammar Negadi (1943-2008) a eu l’initiative de proposer, en 1980, une date pour le calendrier berbère : le Nouvel An coïncide désormais avec la fondation de la XXIIe dynastie en 950 av. J.-C. par le pharaon numidien Sheshnonq 1er. «Tabburt u segwas» (Porte de l’année), le premier jour de l’an du calendrier agraire, fêté différemment selon les régions (12 au 14 janvier), correspond au premier jour de janvier du calendrier julien, décalé de 13 jours par rapport au calendrier grégorien. Le Mouvement culturel berbère reprendra dans ses différentes plateformes la revendication en réclamant l’inscription de la date dans la nomenclature des fêtes légales par les pouvoirs successifs depuis les années 1980. Les partis politiques (FFS, RCD principalement) n’étaient pas en reste. Le Front des forces socialistes (FFS), par la voix de son chef du groupe parlementaire, Chafaâ Bouaiche, a déposé, en 2014, une proposition de loi sur le bureau de l’APN, demandant la reconnaissance du jour de l’an amazigh, Yennayer, comme fête officielle. Dans cette proposition de loi, le parti de Hocine Aït Ahmed a réclamé la modification de l’alinéa 1 de l’article 1 de la loi 278-63 du 26 juillet 1963, en y intégrant la date du 12 janvier comme fête officielle, chômée et payée, à l’instar des trois autres fêtes inscrites dans la même loi et reconnues comme fêtes officielles, à savoir le 1er Mai, le 5 Juillet (fête de l’Indépendance) et le 1er Novembre (fête de la Révolution). Fissure dans l’édifice de la pensée unique Le Haut-Commissariat à l’amazighité (HCA) s’est aussi prononcé pour la célébration de la date «en dehors de tout folklore». Lors d’une intervention prononcée à la veille de la célébration, l’année dernière, de Yennayer 2967, le secrétaire général de cette institution de la présidence de la République, Si El Hachemi Assad (voir entretien), a plaidé pour la reconnaissance de cette date en tant que fête à part entière du calendrier national des fêtes nationales. «Le moment est venu pour la reconnaissance de Yennayer, car tous les Algériens le fêtent», estime M. Assad, qui a signalé qu’il y a une volonté politique de décréter la journée comme fête nationale. Dernière initiative en date, l’appel lancé en fin d’année dernière par six instinctuels, parmi lesquels Brahim Tazaghart, militant aguerri du mouvement berbère, auteur et éditeur (Tira) (El Watan, dimanche 17 décembre 2017). Le document, signé par six intellectuels, transformé quelques jours après son lancement en pétition, s’appuie sur le préambule de la Constitution de 2016 qui définit «l’amazighité comme l’un des fondements essentiels de l’identité nationale», et sur l’article 4 de la Constitution qui stipule que «tamazight est langue nationale et officielle, et dans le souci de permettre des avancées effectives dans la prise en charge de cette réalité plusieurs fois millénaire». Si pendant longtemps, les pouvoirs publics ont ignoré cette revendication, des fissures dans le discours monolithique sont apparues ces dernières années : les médias publics, visiblement instruits, se sont intéressés à cette journée, et des institutions de l’Etat ont commencé par la célébrer à travers des festivités en dehors même des régions berbérophones. Avant que le président Bouteflika ne décide finalement de reconnaître la date et de l’intégrer dans la liste des fêtes légales.  

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