lundi 8 janvier 2018

Skikda encore «en marge» de l’autoroute Est-ouest

Au lancement, il y a quelques années, des travaux du tronçon de l’autoroute Est-Ouest devant passer par Skikda, Amar Ghoul, alors ministre des Travaux publics, se plaisait à répéter : «Avec ses 16 ouvrages d’art, ses cinq viaducs, ses deux ponts, ses sept passages, ses trois échangeurs et son tunnel de 1511 m, ce tronçon sera le plus attractif de tout l’ensemble du projet.» En théorie, le ministre n’avait pas tort. Seulement en théorie, car à ce jour les Skikdis peinent à joindre l‘autoroute de façon pratique et sécurisée. Les usagers de Skikda, qui croyaient avoir tout vu avec l’interminable feuilleton des tunnels d’El Kantour pas encore fonctionnels à 100%, digèrent cependant mal qu’on vienne aujourd’hui leur proposer de «prendre l’autoroute» à leurs risques et périls. Deux des trois échangeurs projetés sur ce tronçon ne sont toujours pas livrés. Si celui de Ras El Ma, à l’est, est presque achevé, la réception de celui d’El Harrouche à l’ouest et au rythme où vont les choses n’est pas pour demain. Sans ces deux ouvrages d’art, Skikda continue de rester en marge de l’autoroute. Les usagers, eux, vivent d’énormes contraintes. Quitter ou venir à Skikda en empruntant l’autoroute devient un véritable casse-tête. Une piste de chantier en guise d’échangeur «Pour rallier l’autoroute en direction d’Alger, on doit prendre notre mal en patience et utiliser une descente non loin de Aïn Bouziane», témoignent des chauffeurs de taxi collectif assurant les dessertes Skikda-Alger. Cet accès, qui ne figure pas dans le projet initial, n’est en réalité qu’une piste de quelques dizaines de mètres qu’empruntaient les camions des chantiers de l’autoroute. C’est un semblant de bricolage, d’autant plus qu’elle ne dessert qu’un seul sens et reste interdite aux poids lourds. Ces derniers, dont le trafic reste économiquement des plus importants — car ils desservent les ports d’Annaba et de Skikda — ne peuvent ainsi rallier l’autoroute qu’une fois parvenus aux environs de Constantine. Cette situation, pour le moins insolite, est essentiellement due aux retards monstres que prend l’aménagement d’un échangeur non loin d’El Harrouche, à une cinquantaine de kilomètres au sud de Skikda. Cet échangeur, qui fait partie intégrante du tronçon local de l’autoroute, n’est toujours pas près de voir le jour.Devant être élevé sur plus de 200 hectares de terres à fort potentiel agricole incluses dans le périmètre irrigué de Saf-Saf, le projet vivra depuis plusieurs péripéties. En 2011 déjà, des agriculteurs de la région avaient saisi les autorités locales pour signifier leur refus de voir le béton empiéter sur leurs terres, amenant ainsi les pouvoirs publics à réévaluer l’étude pour réduire au maximum l’emprise de l’échangeur qui passera à moins de 20 ha. Depuis cette date, le projet restera presque en stand-by et pour parer au plus urgent et donner l’impression que le tronçon de Skikda est parfaitement fonctionnel, on a décidé de laisser les usagers emprunter la bifurcation de Aïn Bouziane. Ceci était pour les contraintes liées à la liaison Skikda-Alger. Dans le sens contraire, les choses sont encore plus compliquées. Les usagers de l’autoroute en provenance de Constantine et se rendant à Skikda sont désormais obligés de faire un grand détour par Leghdir, près de Azzaba, avant de revenir presque en arrière et regagner Skikda. «Si l’échangeur d’El Harrouche était fonctionnel, on se serait épargné cette gymnastique routière», témoignent encore des chauffeurs de taxi collectif et d’expliquer : «En venant de Constantine, on se retrouve obligé de poursuivre jusqu’à Leghdir pour pouvoir enfin prendre une bretelle et regagner Skikda en empruntant la route nationale. C’est-à-dire que nous parcourons une quinzaine de kilomètres supplémentaires par rapport à la desserte El Harrouche Skikda», ajoutent les taxieurs. Des raccordements dangereux En plus de ces contraintes, le raccordement Leghdir-Skikda semble également poser des problèmes de sécurité puisque plusieurs accidents de la circulation s’y sont produits. Des citoyens témoignent qu’il est même arrivé que des usagers se perdent dans les méandres de ce raccordement. «Souvent, des usagers ne connaissant pas la région et se rendant à Skikda ne remarquent même pas l’imbroglio de ce raccordement et poursuivent, sans le savoir, leur chemin jusqu’à l’échangeur de Aïn Charchar, non loin d’Annaba pour pouvoir ‘‘revenir’’ enfin vers Skikda», nous dit-on. En plus des retards enregistrés dans la livraison des échangeurs, surtout celui d’El Harrouche, la pénétrante retenue en 2010 pour relier Skikda à l’autoroute ne voit pas encore le jour. S’étendant sur 31 km, cette route tend à relier le port de la ville à l’échangeur d’El Harrouche en passant par cinq communes. Au départ, tout se passait pour le mieux pour ce projet dont le coût est estimé à 30 millions de dinars. L’étude réalisée par une firme sud-coréenne fut livrée en 2013 et le projet a été attribué à un consortium portugais fin 2015. Les travaux enclenchés depuis connaîtront quelques soucis liés notamment au gel des projets, même si le travail fait en aval mené par la DTP en vue de libérer le tracé retenu de toutes contraintes a été réalisé à un taux très appréciable. La dernière communication faite au sujet du taux d’avancement des travaux de ce projet remonte à avril 2017 lorsque M. Hadjar, ancien wali de Skikda, l’avait estimé à 67% allant jusqu’à avancer que la pénétrante sera réceptionnée en 2019, sans pour autant évoquer le cas de l’échangeur d’El Harrouche qui la liera à l’autoroute. Depuis, silence radio et aucune autre communication ne sera donnée par l’Agence nationale des autoroutes (ANA) qui chapeaute le projet.  

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