lundi 8 janvier 2018

Quel candidat, pour quelle politique ? 

Le débat sur l’élection présidentielle d’avril 2019 peine à être lancé, alors que dans l’ombre des coulisses tous les regards sont rivés sur cette importante échéance. Rares sont les voix qui osent aborder le sujet de front. Sans doute de peur d’être prise au dépourvu, la classe politique évite soigneusement de se prononcer, d’autant que le flou domine le jeu politique. Le mystère autour des «intentions» du locataire d’El Mouradia brouille davantage les cartes, obscurcit les scénarios et assombrit les horizons. Non seulement elle paralyse une opposition confinée au silence sur la présidentielle, la situation de Abdelaziz Bouteflika piège surtout les différents acteurs politiques du sérail. A une année de l’ouverture des «plis» présidentiels, les potentiels candidats ne se bousculent pas au portillon. Tout le monde est en embuscade. Cependant, c’est au sein du sérail que l’on s’agite le plus. Il est vrai que pour l’heure cette agitation se déroule à la périphérie, mais la tension atteint parfois des niveaux qui renseignent sur la nervosité qui s’empare du cœur du pouvoir. Dans ce climat incertain, les affidés les plus zélés avancent, à intervalle régulier, l’hypothèse d’un 5e mandat de Abdelaziz Bouteflika, mais sans convaincre de sa fiabilité. Cette option, alors qu’il passe un 4e mandat à blanc, reste une hypothèse très faible. Elle est mise en avant beaucoup plus pour empêcher que d’autres candidatures du régime n’émergent. Un rempart ! L’absence d’un candidat dit naturel du pouvoir va rendre plus problématique l’obtention d’un accord entre les différents groupes influents au sein du système autour d’une candidature. Si Abdelaziz Bouteflika décide de ne pas rempiler, alors s’ouvrira une vraie bataille interne. Les bisbilles entre le secrétaire général de l’ex-parti unique, Djamel Ould Abbès, et le patron du RND, Ahmed Ouyahia, expliquent en partie la méfiance et la suspicion qui caractérisent la «maison du pouvoir». A chaque initiative du numéro deux de l’Exécutif, son «allié» dans le gouvernement lui marche sur les pieds. Depuis quelque temps, A. Ouyahia subit un double marquage avec les critiques qu’il essuie de la part de l’ancien ministre de l’Energie et proche allié du cercle présidentiel, Chakib Khelil. Au sein du pouvoir et dans ses différentes strates, l’on n’ignore pas l’ambition présidentielle d’Ahmed Ouyahia. Lui non plus ne s’en cache pas. En usant de sa formule classique : «Je ne serai jamais candidat contre Bouteflika» arborée à chaque fois qu’il est interrogé, cela lève plus le voile sur son intention de briguer la magistrature suprême. En termes clairs, il se tient  prêt à se lancer le moment venu. Savant gérer subtilement les contrecoups qu’il a subis durant sa longue carrière dans l’appareil de l’Etat, Ahmed Ouyahia retombe toujours sur ses pieds. Un homme aux sept vies. Rompu à l’endurance et fin connaisseur du fonctionnement du pouvoir, il encaisse les coups avec une incroyable capacité à se relever à chaque fois qu’il est à terre. A la présidence de la République où il officiait en tant que directeur de cabinet, il se sentait à l’étroit. Il a habilement manœuvré pour revenir à la chefferie du gouvernement, poste qu’il a pu obtenir au terme d’une «guerre civile» entre le gouvernement Tebboune et le patronat. Il sait que c’est à partir du palais du Docteur Saadane qu’il pourra agir, faire de la politique, occuper le devant de la scène et surtout mieux peaufiner son «projet». Eternel numéro deux, Ahmed Ouyahia veut monter la dernière marche du pouvoir. Il fait l’impossible pour se rendre incontournable, mettant sur la table tous ses atouts. Ses adversaires à l’intérieur du système — et ils sont nombreux — s’échinent à lui rendre la tâche impossible en déployant une stratégie de harcèlement permanent. Aura-t-il le dernier mot, lui qui a toujours «accepté de se faire renvoyer, parfois sans élégance, en ravalant sa rage» ? Rien n’est moins sûr. Cependant, la préparation de la présidentielle de 2019, qui s’annonce fermée, tiendra compte de beaucoup de facteurs liés d’abord aux équilibres internes au pouvoir et de ses contradictions. Ensuite viennent d’autres paramètres aussi déterminants, liés essentiellement à la conjoncture économique pesante, à la capacité de l’opinion à peser sur les événements et surtout aux choix stratégiques à donner au pays dans un environnement régional instable. A rappeler à ce titre les équilibres nationaux de plus en plus fragilisés dont il faut impérativement tenir compte. Persister dans ce statu quo mortifère ou bien saisir l’occasion de l’élection présidentielle pour le briser et offrir au pays de nouvelles et meilleures perspectives.  C’est à l’aune de cette analyse qui doit prendre en charge la crise nationale dans sa globalité que pourra  se dégager une candidature présidentielle. Sommes-nous en présence de ce schéma ? Pas si sûr. Le gouvernement de Bouteflika est pris par le souci de finir le 4e mandat sans grande casse.  Il refuse d’associer l’ensemble des forces politiques et sociales en vue d’amorcer une nouvelle étape politique. En l’absence d’une stratégie globale avec des objectifs à moyen et long termes, les décideurs tournent en rond et font dans l’improvisation. Il perd son sang-froid au moindre frémissement social. Le cafouillage dans la gestion du dossier économique en est le symptôme d’un gouvernement qui navigue à vue, renforçant ainsi une situation d’impasse globale devenue périlleuse. Force est de constater que le 4e mandat obtenu dans des conditions difficiles n’aura pas suffisamment aidé à éviter au pays la zone grise. Il n’aura pas non plus facilité d’aborder la prochaine étape dans la sérénité nécessaire. Refuser obstinément de mettre au cœur du pouvoir le mécanisme de fonctionnement démocratique véritable permettant une bonne gouvernance politique empêchera le pays de voir de sitôt le bout du tunnel.  

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