mercredi 10 janvier 2018

Le phénomène de la harga s’amplifie

Une source indique qu’«au 31 octobre dernier, les harraga algériens arrivés en Espagne, soit par la mer, soit par la terre, représentaient 17,9% des nouveaux arrivants», légèrement derrière les Marocains, avec un taux de 19,4%. Un chiffre inquiétant, qualifié de phénomène nouveau par les autorités espagnoles, qu’il faut inclure dans le chiffre global donné par le Haut-Commissariat de l’ONU pour les réfugiés : «Depuis le 20 décembre dernier, 27 253 migrants d’Afrique, dont 5995 ont débarqué sur les côtés espagnoles par les frontières terrestres.» Des frontières algéro-marocaines, quoiqu’«obstruées» par des tranchées de 7 mètres de profondeur, creusées il y a trois ans par l’armée algérienne, et un grillage de 2, 50 m de hauteur érigé sur le tracé frontalier par le gouvernement chérifien, demeurent une véritable passoire. Cet afflux de harraga a pris de court le gouvernement espagnol, lequel pour le gérer (les centres de rétention étant saturés) a placé, fin novembre, 500 nouveaux arrivants algériens dans le centre pénitentiaire d’Archidona, près de Malaga, dans le sud du pays. Le pénitencier fortement décrié par les ONG, où est décédé, dans des circonstances mystérieuses, le jeune Algérien Mohamed Bouderbala. Phénomène nouveau dans le sens où, outre les départs massifs vers le pays de Don Quichotte, des femmes enceintes et des enfants font partie du lot des partants. Fin novembre, 22 personnes, dont 5 femmes et 7 enfants âgés entre deux et dix ans, ont été secourues par les gardes-côtes au large de Mostaganem, suite à une panne du moteur de leur glisseur. Parmi les rescapés, une femme enceinte... de 9 mois. L’Algérien paie entre 40 000 et 50 000 DA A la même période, soit en 48 heures (du 16 au 18 novembre), les unités des garde-côtes des forces navales, selon un communiqué transmis par le ministère de la Défense nationale, ont procédé à «l’interception et au sauvetage d’un nombre total de 286 citoyens algériens candidats à l’émigration clandestine à bord d’embarcations de fortune».Les «côtes d’embarquement» de l’extrême ouest du pays les plus prisées par les migrants sont Mostaganem et Aïn Témouchent. Un choix, selon le jeune Abdelkader, 22 ans, originaire de la périphérie de Tlemcen, justifié par la proximité avec Almeria et Murcia, dans l’Andalousie. Nouvellement expulsé d’Espagne, il témoigne, amer : «Nous étions comme des oiseaux dans une cage, détenus dans un centre de rétention dans des conditions inhumaines et sans intimité. Le jour, on nous permettait de respirer l’air dans la cour et le soir, on nous enfermait. J’avais fui la misère du pays pour me retrouver dans une cellule. Ce n’était pas ce que je recherchais, ce dont je rêvais...» Abdelkader, encore déboussolé par son aventure, confesse : «J’avais déboursé 120 000 DA pour affronter les vagues acharnées de la Méditerranée au risque de ma vie et me payer un billet pour la prison...» A-t-il retenu la leçon ? «Difficile de répondre, car après mon retour musclé au pays, qu’est-ce qui m’attend ? Qu’est-ce qui changera pour moi ? Je ne sais quoi vous répondre !» A. S., connu pour son quolibet de Griezmann en raison de sa ressemblance frappante avec le joueur de l’Atletico de Madrid, avoue dans une vidéo : «Moi, je suis mineur et comme vous voyez, je suis casé avec les majeurs. On est dans la m... ici. Ce n’est ni mieux ici, ni en Algérie !» A Maghnia, dernière étape pour le passage au royaume du Maroc, le ghetto de  Oued Jorji des Subsahariens est géré par une filière de passeurs incluant des Algériens. «Le prix de la traversée entre l’Algérie et le Maroc, jusqu’à Nador, aux portes de l’enclave espagnole de Melilla, a décuplé, depuis les tranchées et le grillage. Pour les Syriens, c’est 80 000 DA par personne, le Subsaharien 600 euros et pour l’Algérien, c’est entre 40 000 et 50 000 DA, cela dépend. Le passage s’effectue la nuit ou à l’aube par des failles sur le tracé frontalier» nous révèle Hamid, un habitué de cet itinéraire, avant de nous asséner cette évidence : «Aucune frontière n’est inviolable, tant que la religion est l’argent et qu’importe sa couleur !» Pour «combattre l’émigration clandestine», le gouvernement algérien a modifié et complété l’ordonnance n°66-156 du 8 juin 1966 portant code pénal en instituant un article 175 bis 1 qui criminalise la sortie du territoire national et qui stipule : «... est puni d’un emprisonnement de deux à six mois et d’une amende de 20 000 à 60 000 DA ou de l’une de ces deux peines seulement, tout Algérien ou étranger résident qui quitte le territoire national d’une façon illicite en utilisant, lors de son passage à un poste frontalier terrestre, maritime ou aérien, des documents falsifiés ou en usurpant l’identité d’autrui ou tout autre moyen frauduleux, à l’effet de se soustraire à la présentation de documents officiels requis ou à l’accomplissement de la procédure exigée par les lois et règlements en vigueur...» Une loi répressive qui n’est pas venue à bout de la détermination d’une jeunesse en perte de repères, mue par la seule envie de respirer dans un monde meilleur, mais... qui risque de périr en cours de route, dans les profondeurs de la mer ou dans une cellule du «paradis» occidental...

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