lundi 8 janvier 2018

«Le général Hassan risque de mourir dans sa cellule...»

Détenu depuis plus de 27 mois à la prison militaire, le général Hassan, ex-patron du service de lutte contre le terrorisme, dépendant du défunt DRS (Département de renseignement et de sécurité), «risque de mourir dans sa cellule» en raison de son «état de santé». C’est ce qu’a déclaré hier son avocat, Me Mokrane Aït Larbi, dans une déclaration publique, où il interpelle les autorités judiciaires militaires sur les conditions de détention «qui ne permettent pas de soins adéquats». Incarcéré le 28 septembre 2015, puis condamné deux mois après «par le tribunal militaire d’Oran à une peine de 5 ans de prison pour ‘‘infraction aux consignes générales de l’armée’’, le général Hassan, âgé de 71 ans, dont 51 ans au service de l’ANP, atteint de plusieurs maladies chroniques, risque de mourir dans sa cellule, car les conditions de détention ne permettent pas des soins adéquats. Son état grave nécessite un suivi quotidien dans un cadre familial», souligne l’avocat qui s’inquiète du sort réservé au pourvoi en cassation que le général Hassan a introduit auprès de la Cour suprême depuis deux ans, sans qu’une réponse ne lui soit donnée. «Le général Hassan, ancien chef du service central opérationnel de recherche antiterroriste du DRS, a introduit un pourvoi en cassation. Etant son avocat, j’ai déposé un mémoire au greffe de la chambre criminelle de la Cour suprême le 20 janvier 2016. Deux années après, la Cour suprême n’a pas encore statué sur ce dossier», note Me Aït Larbi. Ce dernier s’inquiète de l’état de santé de son mandant en disant : «En raison de son âge et de ses maladies chroniques, j’ai déposé à la Cour suprême trois demandes de mise en liberté, accompagnées d’une expertise médicale réalisée par le service de la médecine légale de l’Hôpital central de l’armée. Malgré l’état de santé du général Hassan et les garanties qu’il présente pour répondre à toute convocation relative à cette affaire, la Cour suprême a rejeté purement et simplement ces demandes. Et je viens de déposer une quatrième demande devant la même juridiction.» Toutes les demandes de l’avocat sont malheureusement restées sans réponse, alors que la Cour suprême, rappelle l’avocat, «a toujours statué sur les pourvois en cassation contre les jugements des tribunaux militaires dans un délai n’excédant pas 8 mois. Le dossier du général Hassan doit normalement être traité par la chambre criminelle de la Cour suprême, juridiction de droit, comme tout autre dossier relevant de la justice militaire, et ce, conformément au principe d’égalité devant la justice. Après plus de 28 mois de détention et près de 2 ans du dépôt de mémoire, il est de mon droit en tant qu’avocat de la défense de m’interroger sur les raisons de ce ‘traitement de faveur’ réservé au général Hassan». N’y allant pas avec le dos de la cuillère, Me Aït Larbi met en garde l’autorité judiciaire quant au traitement du dossier de son mandant, en déclarant : «Par devoir professionnel et acquit de conscience, je tiens à rappeler publiquement que le traitement du dossier du général Hassan ne doit obéir qu’au droit, et en dehors de tout autre considération extrajudiciaire et juridique. Ceci implique sa mise en liberté pour raison de gravité de son état de santé, en attendant la décision de la Cour suprême et le procès.» C’est la première fois, depuis le procès devant le tribunal militaire d’Oran, en novembre 2015, que l’un des avocats du général Hassan met en garde l’autorité judiciaire contre la dégradation de la santé du général Hassan. Cet ancien responsable des opérations de la lutte antiterroriste avait fait l’objet d’un isolement inexpliqué qui a eu de graves conséquences sur sa santé. Certes, il était hypertendu, mais c’est dans sa cellule qu’il va devenir insulino-dépendant et avoir un cœur très affaibli. Son séjour dans l’infirmerie a été de courte durée, puisqu’un ordre de la haute hiérarchie militaire a été donné pour qu’il regagne sa cellule, qu’il soit privé du choix des journaux et que les visites soient limitées au strict minimum. Il y a près de deux ans, sa famille avait saisi par écrit non seulement le président de la République, Abdelaziz Bouteflika, mais également le vice-ministre de la Défense nationale et chef d’état-major de l’Anp, le général de corps d’armée Ahmed Gaïd Salah, sur les conditions dans lesquelles le mis en cause était détenu à la prison militaire de Blida. Malheureusement, aucune réponse ne lui a été envoyée, alors qu’une mise en demeure a été adressée à l’épouse du général Hassan pour qu’elle quitte le logement de fonction. Fort heureusement, la solidarité familiale a fait que la famille du général Hassan, celui qui a sacrifié un demi-siècle de sa vie pour le pays, ne se retrouve pas à la rue. Les plus avertis savent très bien que l’incarcération de «Monsieur terrorisme», connu par la majorité des services de renseignement du monde, entrait dans le cadre de la stratégie de «restructuration», pour ne pas dire dissolution, du puissant DRS, après l’avoir expurgé de tous les cadres fidèles à son patron, le général-major Mohamed Mediene, dit Toufik, admis à la retraite juste après l’élection présidentielle de 2014. Le général Hassan fait partie d’une longue liste de victimes collatérales de cette guerre des clans pour le pouvoir ou le maintien au pouvoir. Privé de sa liberté, aujourd’hui il risque d’être privé de sa vie, en raison de la dégradation de sa santé.

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