lundi 4 décembre 2017

Les femmes plus touchées par l’exclusion

Plus d’une personne vivant avec le VIH sur deux (53% des répondants) a déclaré avoir été victime d’un refus d’accès aux soins de santé, y compris des soins dentaires, en raison de son statut sérologique. La stigmatisation et la discrimination ont toujours été des obstacles majeurs dans la prise en charge de l’infection VIH, ont relevé hier les experts, lors d’une journée d’information à l’occasion de la célébration de la Journée mondiale de lutte contre le sida. Le cadre médical reste le premier domaine de discrimination dans la vie sociale des personnes séropositives. Une étude, la première du genre, réalisée en Algérie en 2015 par l’association AIDS Algérie et l’association des personnes vivant avec le VIH (PVIH) El Hayet, en collaboration avec les centres de référence pour la prise en charge de l’infection VIH/sida d’Alger et d’Oran, illustre parfaitement ce phénomène complexe qui fait partie de la vie quotidienne des personnes vivant avec le VIH, particulièrement de sexe féminin. Cette enquête, inscrite dans le cadre du programme de coopération 2012-2015 entre le gouvernement algérien et l’Onusida, a pour but d’atteindre l’objectif de l’accès universel et par là même matérialiser la vision de l’Onusida d’un monde avec «zéro nouvelle infection, zéro décès lié au sida et zéro discrimination». Les résultats de l’étude présentée lors de cette journée ont concerné 323 personnes vivant avec le VIH, soit 111 hommes et 212 femmes, sans emploi pour la majorité des deux sexes. La discrimination et la stigmatisation sont d’abord vécues dans le milieu familial et exercées par des proches, a montré cette enquête. L’exclusion des activités sociales et familiales a été signalée respectivement à 46,2% chez les femmes et 40,6% des hommes. «Les expériences d’exclusion les plus fréquemment mentionnées ont été, par ordre de fréquence décroissante, à savoir les commérages (70,97%), la pression psychologique ou une manipulation du conjoint (33,33 %). Plus d’un répondant sur trois a associé la stigmatisation et la discrimination vécues, en grande partie, au statut sérologique, et pense que les informations erronées sur l’infection VIH en sont responsables», signalent les rédacteurs du rapport présenté par M. Bourouba, président de l’association AIDS Algérie. Ce phénomène de discrimination et de stigmatisation est de plus en accentué lorsqu’il s’agit de l’accès aux soins, à l’emploi et à l’éducation, ont relevé les enquêteurs. Ils signalent que plus d’une personne vivant avec le VIH sur deux (53% des répondants) a déclaré avoir été victime d’un refus d’accès aux soins de santé, y compris des soins dentaires, en raison de son statut sérologique, environ une sur trois avoir renoncé à une consultation à l’hôpital au moment où elle en avait le plus besoin, et trois sur quatre avoir tu leur statut sérologique au personnel de santé. Parmi les femmes interrogées, 319 d’entre elles ont été interdites d’accès aux services de planification familiale et de santé sexuelle et de reproduction. Quant à l’accès à l’éducation, les résultats de l’enquête ont montré que 50% des personnes interrogées et 20,6% de leurs enfants ont fait l’expérience d’un renvoi, de suspension ou d’interdiction d’accès dans une institution d’enseignement à cause de leur séropositivité. Pour ce qui est de l’emploi, la majorité des répondants, soit 85% contre 14%, avaient déclaré avoir perdu leur emploi (23 personnes), dont certaines à cause de leur mauvaise santé les empêchant d’accomplir leurs tâches. Les résultats de cette étude, ont précisé les auteurs, ont permis de recueillir des données utiles à l’amélioration du cadre de vie et de la prise en charge des personnes vivant avec le VIH. Pour les représentants de l’Onusida, l’Algérie a déjà atteint l’objectif de la cible (90. 90. 90) dans le cadre de la stratégie mondiale de lutte contre le sida 2016-2030. Le directeur de la prévention au ministère de la Santé, le Dr Fourar, a souligné que l’Algérie a renforcé les capacités de dépistage et de prise en charge de la maladie. «Effectivement la discrimination et la stigmatisation restent le défi à relever. L’Algérie s’est engagée à renforcer la lutte jusqu’à l’éradication de cette maladie d’ici à 2030», a-t-il indiqué en rappelant qu’une enveloppe financière de 17 milliards de dinars a été dégagée dans le cadre de la stratégie nationale de lutte contre le sida 2016-2020.

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