lundi 4 décembre 2017

«Le gouvernement veut mâter les fonctionnaires et à travers eux l’Intersyndicale»

- Votre syndicat, le Satef, a dénoncé dans le communiqué la «répression féroce et sauvage à l’encontre des militants et de tous les travailleurs» qui ont essayé de se rassembler à Alger. Pourquoi, selon vous, les pouvoirs publics ont recouru à la répression contre cette action pacifique ? Pour eux, personne ne doit briser le mur de la peur de manifester à Alger. La capitale leur appartient et ils font d’elle ce qu’ils veulent. Puis, s’ils mâtent les fonctionnaires et à travers eux l’Intersyndicale, ils auraient normalisé toute la population, mais nous ne nous tairons pas. Il y a trop d’injustices dans ce pays. - Vous dénoncez également le manque de solidarité des députés. Comment expliquez-vous ce manque d’engagement de la société civile et de certains députés des partis dit de l’opposition ? C’est un constat amer. La majorité des députés n’est pas issue de la société civile et ils n’ont jamais été militants. Ils ont eu leurs postes soit par la «chkara», soit par le clientélisme et pour certains par abdication. Donc ils ne connaissent rien au combat noble de défendre les classes ouvrières. Mais nous tenons à remercier les députés de l’opposition qui ont toujours essayé d’être avec nous dans nos actions et surtout ceux du Parti des travailleurs qui étaient avec nous toute la journée du samedi 25 novembre. Pour les autres, qui ont d’ailleurs voté la loi de finances 2018, nous n’attendons rien de leur part, ils servent leurs maîtres. Pour la société civile, elle est démissionnaire, elle est devenue spectatrice d’une situation qui la concerne en premier lieu. Les gens nous regardent nous faire tabasser par la police et passent leur chemin, c’est comme si le problème ne les concernait nullement.  C’est très inquiétant ce qui se passe dans mon pays. J’ai peur pour lui ! Qui le défendra demain ? Peut-on compter sur un peuple qui préfère prendre la mer et être mangé par des poissons, au lieu de militer pour changer sa situation ? C’est de la lâcheté. Nos aïeux ont fait mieux. - Le dialogue ouvert par le ministère du Travail a vite été fermé. Pourquoi ? Oui, à l’époque, le seul syndicat de l’Intersyndicale à être contre la participation à ce dialogue biaisé était le Satef, mais les autres camarades nous ont demandé d’aller ensemble, et c’est ce que nous avons fait pour garder la cohésion du groupe (Intersyndicale). Malheureusement c’était une ruse de plus du pouvoir à l’approche des élections législatives de mai 2017 et puis il a fermé la porte. L’ex-ministre du Travail nous avait dit qu’il était mandaté par le président de la République pour engager une nouvelle ère de dialogue et qu’il lui transmettra fidèlement nos doléances, mais nous constatons avec amertume que c’était de la poudre aux yeux. - Y a-t-il une volonté de privilégier l’UGTA au détriment des syndicats autonomes, comme l’expliquent certains membres de l’Intersyndicale ? Et comment ! Cela a été le cas depuis 1962, c’est un syndicat ou plutôt un ministère du pouvoir, ils l’utilisent comme pompier. L’Ugta a toujours défendu et exécuté toutes les décisions prises par le pouvoir, car elle bénéficie de privilèges, de beaucoup de privilèges. C’est une entreprise, pas un syndicat. Et ils continueront à le faire tant qu’elle sert leurs intérêts, mais s’en sépareront dès lors qu’elle ne servira à rien ! - Les revendications de l’Intersyndicale sont liées principalement à la loi sur la retraite, au code du travail et à défendre le pouvoir d’achat. Quelle est la situation actuelle du monde du travail ? Elle est désastreuse et très inquiétante. Il y a des licenciements, de la précarité, de la hogra, un pouvoir d’achat en érosion et qui s’aggravera avec l’adoption de la loi de finances 2018 par des députés sans honte bue. L’augmentation des prix de tous les produits va influencer négativement et inévitablement sur le pouvoir d’achat de l’Algérien et la misère s’installera bientôt en Algérie. J’ai peur pour mon pays. Quand l’Etat ampute 60% du budget de fonctionnement des établissements scolaires, sachez que l’Algérie ne se porte pas bien ! Le secteur de l’éducation est  stratégique et sacré. On ne badine pas avec l’éducation. Je le répète, j’ai peur pour mon pays avec cette politique menée par nos gouvernants, ils doivent se ressaisir. - L’Intersyndicale compte se muer en Confédération. Un processus est engagé depuis le début de l’année, avec l’installation d’une commission pour la préparation des statuts. Quelle est la prochaine étape ? Oui, nous n’avons pas le choix, pour contrecarrer le syndicat du pouvoir, il nous faut nous organiser en confédération pour peser de notre poids dans le monde du travail, le secteur économique doit se joindre à nous, les travailleurs du secteur économique ont les mêmes problèmes que nous. Nous sommes dans la même marmite. Une confédération autonome dérangera beaucoup les pouvoirs publics, je sais qu’ils ne nous laisseront pas faire. Ils vont nous refuser l’agrément et cela les mettra à nu auprès des instances non gouvernementales internationales. On aura essayé. La prochaine étape, c’est le dépôt du dossier de création. Mercredi prochain, nous allons annoncer la date de la constitution de cette confédération. - L’Intersyndicale compte aller vers des actions plus dures avec le début de l’année. Lesquelles ? Nous sommes contraints d’aller vers le durcissement des actions, de prime abord revenir à Alger, c’est notre capitale, puis des grèves cycliques et le gouvernement assumera toutes les conséquences, car il refuse d’ouvrir les portes du dialogue. Nos demandes d’audience auprès de l’ex- chef de gouvernement Tebboune et du président de la République sont restées lettre morte ! Sommes-nous des Algériennes et des Algériens ou pas ? La question reste posée. Nous allons aussi saisir le BIT (Bureau international du travail) concernant l’entrave au libre exercice syndical, ainsi que pour le respect des conventions signées par l’Algérie.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire