dimanche 12 novembre 2017

«Je suis déterminée et je n’abandonnerai pas»

La directrice du quotidien arabophone El Fadjr entamera, à partir de demain, une grève de la faim pour protester contre la privation de son journal de sa première source financière : la publicité institutionnelle. Dans cet entretien, Hadda Hazem parle des véritables motivations de sa décision, de la situation de son journal et du marché publicitaire institutionnel et privé. Vous avez annoncé entamer une grève de la faim à partir de demain. Pourquoi ? C’est l’unique moyen qui me reste, du moins pour le moment, pour protester contre la «hogra» et l’injustice que je subis ainsi que mon journal. Depuis mon intervention sur un plateau télévisé concernant la vacance du pouvoir, je suis sciemment punie par la privation de mon journal de la publicité institutionnelle, première source de financement de mon quotidien. On me reproche mes positions politiques que je ne cache pas et que j’assume pleinement. J’ai tenté de joindre la présidence de la République ainsi que le Premier ministère, mais rien à l’horizon. El Fadjr, qui est apprécié par un lectorat assez large et qui fut dans le temps classé parmi les 50 quotidiens les plus lus en Afrique, est aujourd’hui au bord de l’asphyxie financière et est volontairement poussé à la disparition. C’est pour cette raison que j’ai décidé de passer à l’acte à partir de demain, d’entamer une grève de la faim, bien que je sois diabétique et hypertendue, et d’élire comme lieu de protestation le siège de mon journal à la Maison de la presse. Un lieu que je ne quitterai pas aussi longtemps que ma grève durera. Qu’elle réussisse ou pas, cette étape n’est que le début et je ne compte pas me taire. Que le journal résiste ou pas, je continuerai à défendre mes idées. Y a-t-il aujourd’hui une menace sur les travailleurs ? Oui ! Si cette situation d’embargo sur le marché publicitaire continue, tous les emplois que pourvoit le journal, presqu’une soixantaine, sont menacés, y compris le mien. Je me suis endettée deux fois pour payer les salaires. J’ai du faire une compression d’effectif, réduire les tirages, qui ne dépassent pas aujourd’hui les 5000 exemplaires, opérer un système de brigades et réduire de 50% les salaires. Mais malgré cela, El Fadjr ne tiendra pas plus que la fin de ce mois de novembre. Virer vers une version électronique n’est malheureusement pas possible, et ce, pour deux raisons. La première est l’absence de ressources financières et la deuxième est l’inexistence de liberté d’expression et les risques de blocage du site comme cela a été fait avec le site TSA. Vous avez dénoncé une politique de deux poids deux mesures en matière de marché publicitaire institutionnel… Oui et je continu à le faire. Le dispatching des placards publicitaires se fait d’une manière aléatoire sans prendre en compte la viabilité du titre ni l’importance de son lectorat, encore moins de la pertinence des idées qu’il véhicule. Certains journaux ne sont en fait que des emballages pour la publicité institutionnelle sans pour autant être présents dans les kiosques. D’autres, qui sont pro-pouvoir, bénéficient également et abondamment de la publicité de l’Anep. Chose que je refuse ! Je refuse de m’aliéner à des idées qui ne sont pas les miennes ou à ces organismes étrangers qui m’ont proposé des financements. La pression que je subis ne date pas d’hier. Depuis 2004, je la subis mais le journal avait à l’époque quelques annonceurs privés qui, à travers leurs insertions publicitaires, pouvaient subvenir à ses besoins de fonctionnement. Aujourd’hui, même ces privés s’aliènent et suivent le chemin de la privation entrepris par les annonceurs publics. Le nombre de tirage faible ou encore mes dettes avec les imprimeries me sont reprochés, alors qu’ils ne sont que le résultat de l’absence de publicité.

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