lundi 13 novembre 2017

«Il faut fixer les filières prioritaires avec les constructeurs»

Quel regard portez-vous aujourd’hui sur l’état de la sous-traitance industrielle dans le secteur automobile en Algérie ? La sous-traitance industrielle dans ce secteur a en réalité toujours été centrée autour des besoins des donneurs d’ordres nationaux, tels que la SNVI. La donne a changé depuis l’implantation de l’usine de montage de véhicules Renault en 2014, rejointe par les constructeurs Volkswagen, Hyundai, Kia et maintenant Peugeot. On peut aujourd’hui schématiser le tissu des sous-traitants en Algérie en deux catégories. D’abord les sous-traitants dits «traditionnels» ou opérateurs historiques des donneurs d’ordres nationaux, tels que la SNVI mais dont les procédures et pratiques en matière d’homologation sont totalement différentes des constructeurs internationaux. Je précise, en effet, que dans les projets en partenariat, certes le partenaire local a un droit de regard, mais dans les faits, c’est le partenaire étranger qui a la maîtrise du processus d’homologation de bout en bout. On assiste ensuite à l’émergence d’une deuxième catégorie de sous-traitants qui ne sont pas des industriels à la base ou qui sont sur des métiers annexes et qui voient dans ce secteur une opportunité majeure de croissance, voire une obligation pour certains. On verra comment va se structurer ce marché dans l’avenir, étant donné qu’en dehors de Renault tous les autres constructeurs viennent de démarrer leur production, mais ces deux catégories de sous-traitants devront en tout état de cause «cohabiter» pour créer l’écosystème automobile de demain. Dans tous les cas, les sous-traitants se doivent de repenser leurs méthodes et process internes afin de se conformer aux exigences normatives du secteur. L’industrie mécanique dans le secteur automobile ne peut exister sans l’appui de sous-traitants de qualité. Selon vous, quelle vision industrielle devra-t-on avoir et quelles sont les conditions d’émergence de cette filière à l’avenir ? Une vision industrielle doit tenir compte de plusieurs éléments. D’abord il faut travailler sur ce que pourraient être nos «facteurs-clés de différenciation» par rapport à nos voisins. L’Algérie, et il faut le dire, doit tenir compte de l’existence d’une plateforme d’exportation automobile qui est aujourd’hui opérationnelle pour les opérateurs étrangers (le Maroc). A titre d’exemple, on peut cibler les sous-traitants du panel des constructeurs qui n’ont pas aujourd’hui de base en Afrique du Nord. Un opérateur étranger qu’il soit équipementier ou sous-traitant a en effet une vision régionale et de fait une implantation en Algérie serait d’un intérêt moindre s’il possède déjà une base dans la région (Afrique du Nord). Ensuite, il y a lieu de fixer avec les constructeurs les filières prioritaires qui devront s’insérer progressivement dans leurs business plans mais en tenant compte de l’existant sur la région. Si on prend la structuration de l’exportation au Maroc, on peut par exemple constater que la filière plasturgie est très peu représentée par rapport aux autres filières. Dans tous les cas, il faut positionner l’Algérie comme l’un des acteurs automobiles de la région Afrique du Nord, et travailler de concert avec les constructeurs dans la structuration des filières automobiles en écosystèmes performants. Vous avez tenu dernièrement la première édition des assises nationales sur l’industrie automobile. Quel est l’objectif visé à travers cette importante manifestation ?  Notre objectif premier était de réunir l’ensemble des parties (gouvernement, constructeurs et sous-traitants) autour de la «même table» afin de partager une vision commune de ce secteur et échanger sur le fond. Un constructeur se doit d’être une force de propositions et accompagner l’émergence de l’écosystème automobile en Algérie, c’est certain. Pour autant, il demeure un opérateur autonome dans ses décisions et on ne peut pas lui «imposer» notre point de vue. C’est en tout cas mon avis. On n’obtient rien par la force. Nous avons donc souhaité que ces assises soient le «socle» sur lequel repose le dialogue public-privé de cette filière, qui sera amené à être enrichi progressivement de façon à nous permettre d’atteindre les objectifs escomptés dans les cinq à dix années à venir. C’est une première édition sur laquelle Renault nous a d’ores et déjà confirmé son intérêt et son engagement dans la préparation de la prochaine édition et qui j’espère sera rejoint par les autres constructeurs implantés, tels que Peugeot entre autres. R. B.   -------------------------------------- (*) Union professionnelle de l’industrie automobile et mécanique

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