dimanche 15 octobre 2017

Quel devenir pour les biens de l’Etat à l’étranger ?

L’Algérie détient un important patrimoine immobilier, foncier, titres et actions à l’étranger. Acquis durant la Guerre de Libération et surtout après l’indépendance, en vertu des Accords d’Evian, ce patrimoine ne se trouve pas uniquement en France, mais également en Suisse, en Tunisie, en Arabie Saoudite et même en Allemagne, en Libye et au Mali, pour ne citer que ces pays. Il s’agit de résidences luxueuses, de châteaux, de bâtiments, d’hôtels, de commerces, d’exploitations agricoles, mais aussi d’actions dans des sociétés financières et commerciales, dont la gestion s’avère aussi problématique que coûteuse. En Tunisie, où se trouvait le siège du GPRA (Gouvernement provisoire de la République algérienne) durant la Guerre de Libération, d’innombrables commerces, bâtiments et biens immobiliers ont été acquis par le FLN, sous des noms d’emprunt et de particuliers, pour le compte de la Révolution. Rares sont ceux qui aujourd’hui continuent à renflouer les caisses de l’Etat en raison de leur acquisition par des particuliers dans des conditions surprenantes. Mais indéniablement, les plus importants biens de l’Etat se trouvent sur le territoire français.   Les apports de l’histoire Héritée en vertu des Accords d’Evian, une partie de ce patrimoine appartient à Sonelgaz, la Cnas, les chemins de fer, l’Education, l’Amicale des Algériens en France, etc., et une autre a été achetée par le FLN durant la Guerre de Libération au nom de personnes physiques, souvent des Français sympathisants de la cause nationale ou autres, utilisés comme prête-nom. Un patrimoine assez important dont l’exploitation ne profite malheureusement pas au Trésor public. Selon des sources diplomatiques, «bon nombre de ces noms d’emprunt ont disparu. Ce qui a été récupéré reste néanmoins important, mais ne génère pas de revenus à la hauteur de sa valeur. Plusieurs appartements situés au cœur même de la capitale française sont occupés gracieusement par d’anciens pontes du FLN, d’ex-ministres ou sont carrément fermés et laissés en situation d’abandon. Ils font l’objet de convoitises, mais n’ont pas été cédés. Ils auraient dû au moins servir pour loger le personnel diplomatique et diminuer ainsi le budget consacré à la location. Il n’y a pas qu’en France que les biens immobiliers de l’Algérie tombent en désuétude. Par exemple, le siège de notre ancienne ambassade à Madrid qui est tout simplement fermé depuis longtemps, alors que l’Etat continue à payer les charges et les impôts. D’autres biens ont été acquis en Allemagne, mais surtout en Suisse, qui était la base arrière du FLN pendant la Guerre de Libération, et le lieu de dépôt de son trésor…». Pour d’autres, ayant fait partie de l’Amicale des Algériens en France, le patrimoine de l’Algérie en France est bien plus important qu’on peut le croire, mais il n’est pas totalement répertorié. «Il y a eu une première opération de recensement au début des années 1990 , à l’arrivée du président feu Mohamed Boudiaf, mais qui n’a pas donné les résultats escomptés. Durant son deuxième mandat, Bouteflika, après avoir été saisi sur les convoitises de certains dignitaires qui voulaient mettre la main sur des résidences de maître à Paris, a chargé l’IGF (Inspection générale des finances) de mener une enquête sur les biens de l’Etat à l’étranger, surtout en France. Le rapport a révélé de graves défaillances et les pratiques illégales qui ont permis à des pontes du système d’accaparer certaines résidences d’Etat, hôtels et appartements. En fait, il voulait non seulement faire le recensement de ce patrimoine, mais aussi savoir qui en profite. La liste des personnalités mises en cause était édifiante», affirment nos interlocuteurs.   Situation d’abandon Récemment mis à la retraite, un ex-ambassadeur explique que le rapport en question «a permis de recenser une bonne partie des biens, dont beaucoup étaient en situation d’abandon et nécessitaient de lourds travaux de réfection. Le Président était très réfractaire à l’idée de vendre ce qu’il considère comme étant des bijoux de famille. D’ailleurs, certains de ces biens ont été repris et restaurés. Mieux encore, de nombreuses résidences consulaires, sièges d’ambassade appartenant à l’Etat ont fait peau neuve grâce à un budget spécial dégagé sur ordre du Président pour prendre en charge les travaux de réfection». Pour eux, «Bouteflika est de ceux qui pensent dur comme fer que l’Algérie doit avoir un patrimoine à l’étranger. Raison pour laquelle, en 2009, une luxueuse résidence de 35 000 mètres carrées a été achetée par l’Algérie à Genève pour plus de 27 millions d’euros (30 millions de francs suisses)». Considérée à l’époque comme l’une des plus grosses ventes immobilières à Genève, cette acquisition a suscité de nombreuses interrogations et alimenté le débat sur la nécessité de se «débarrasser» de ces nombreux biens budgétivores que l’Algérie détient à l’étranger. Aujourd’hui, alors que les revenus de l’Etat ont fondu comme neige au soleil, certains n’hésitent pas à relancer le débat sur «la nécessité» de faire face à la crise en recourant justement aux bijoux de famille pour éviter à cette famille un endettement qui risque de compromettre l’avenir de ses enfants. Même si les avis divergent sur cette question, il n’en demeure pas moins que l’Algérie possède un énorme patrimoine qui aurait pu constituer un important revenu pour le Trésor public s’il n’avait pas fait l’objet de prédation et de mauvaise gestion. Il n’est jamais trop tard pour se réapproprier cette richesse qui appartient avant tout à l’Etat, et non pas à un parti politique ou à certains de ses pontes.

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