vendredi 13 octobre 2017

L’Etat ne manifeste aucune volonté pour changer les choses

- Les médecins que nous avons rencontrés disent être fatigués d’être toujours pointés du doigt quand il s’agit d’un disfonctionnement au niveau de la santé. Ils confient que les mécontents s’en prennent, parfois, à eux et ils subissent des agressions et des insultes. Quelle est, selon vous, la responsabilité du médecin dans le marasme que vit le secteur de la santé aujourd’hui ? La situation de la santé en Algérie est grave, mais elle n’est pas désespérée. La responsabilité médicale du médecin est claire. Il est probablement l’élément le plus important dans tout acte médical, mais il est indexé à d’autres facteurs et à d’autres professionnels de la santé. Le médecin est un personnel technique qui a la charge de faire des diagnostiques et prescrire des traitements médicaux et chirurgicaux. Quand il n’a pas la possibilité d’explorer son malade de façon moderne et correcte, de demander par exemple des examens complémentaires et d’avoir un diagnostique de certitude, il peut bien évidemment se fourvoyer dans l’erreur. Par conséquent, essayer de réduire la responsabilité médicale et les problèmes que vit la santé, aujourd’hui, qui sont des problèmes réels, au seul disfonctionnement des médecins serait une erreur monumentale. - Quels sont ces problèmes auxquels vous faites référence ? Ils sont multiples. Vous n’avez qu’à voir le service public dans les hôpitaux. Les difficultés auxquelles se confrontent nos concitoyens sont d’abord des difficultés d’accès aux soins. Il est vrai que l’Etat algérien a mis des moyens considérables dans le secteur, mais ces derniers sont soit mal utilisés, soit mal gérés ou mal distribués. Il y a un problème de fonctionnement au niveau de la santé. La responsabilité revient d’abord à la tutelle. C’est-à-dire, le ministère de la Santé, mais aussi d’autres ministères connexes comme la Sécurité sociale qui n’arrive pas à s’entendre avec le ministère de la Santé sur la contractualisation des hôpitaux publics ; le ministère de l’Intérieur qui n’arrive pas à croire à la réalité du terrain pour donner des ordres précis aux forces de la police d’occuper les services d’urgence et éviter que les médecins soient systématiquement maltraités, agressés ou insultés. Il y a aussi ce ministère de l’Intérieur par ses collectivités locales qui sont là, qui regardent, qui critiquent la santé mais qui ne font rien pour essayer d’améliorer ne serait-ce que l’état des constructions et celui des dispensaires et, au niveau des walis, pour donner des logements décents aux médecins qui travaillent à temps plein. Nous avons dit, il y a longtemps, que la responsabilité du marasme que vit la santé est partagée. Il n’y a pas que le ministre de la Santé. Il est peut être le chef d’orchestre, et encore. Nous avons eu par le passé des gens à la tête de la Santé mais qui ne connaissaient rien au secteur. Nous avons demandé à ce qu’il y ait un conseil de gouvernement qui se penche sérieusement sur l’état de la santé en Algérie pour tirer des débuts de solution, dans le cadre d’un dialogue constructif, en vain. Nous avons proposé de réunir les professionnels de la santé, mais pas que leurs représentants, les médecins aussi, en vain. Au final, nous avons eu droit à un avant-projet de loi bâclé. Heureusement que le gouvernement l’a rejeté. De plus, un projet de loi ne réglera rien du tout, si nous n’essayons pas de trouver des solutions rapides et à moyen terme. - Le médecin est-il protégé en termes de loi et de droit dans notre pays ? Le médecin n’est pas protégé du tout. Vous avez, par exemple, un principe de droit qui dit que le médecin n’est responsable que des moyens mais absolument pas du résultat. Mais par manque de formation des magistrats, la justice a tendance à croire qu’il est aussi obligé du résultat. La protection du médecin passe d’abord par une information en transe vis-à-vis de nos concitoyens qui, à juste titre parfois, en s’énervant contre le système de santé national, prennent le médecin comme bouc émissaire. C’est absolument inacceptable. Il est de la responsabilité des pouvoirs publics de protéger les fonctionnaires et les médecins. S’il n’y a pas de radio, de médicament, de prélèvement de sang ou de lit disponible, ce n’est pas de la responsabilité du médecin. Pour en finir avec cette situation, il faut réunir tout le monde autour d’une même table avec les différents ministères concernés, dont celui du Premier ministère. Nous avons fait des assisses de la santé en 2014 et présider l’atelier principal du système de santé national, et nous sommes sortis avec des recommandations précises de 3000 participants, en vain. Ce n’est pas tout, car le plus grave, c’est cette jeune génération de médecins totalement désespérée de la santé. Ils ont tendance à fuir à l’étranger ou à ne pas travailler, c’est le cas d’une catégorie de femmes. Comment voulez-vous qu’une maman mutée au Sud accepte la mission ? Beaucoup décident alors d’abandonner carrément le métier.

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