dimanche 15 octobre 2017

«Je n’entends pas être complice de ces atteintes inacceptables à des libertés et droits fondamentaux»

Dans une déclaration rendue publique, vous annoncez votre décision de ne pas vous rendre à la table ronde consacrée par le SILA aux luttes anticoloniales. Vous dénoncez la «censure inacceptable» suite à l’annulation de la participation de D. Djerbal et A. Kadri. Pourriez-vous expliquer davantage votre décision ? D. Djerbal et A. Kadri, avec qui je devais intervenir lors de la table ronde prévue depuis longtemps, m’ont informé de la décision prise par la direction du SILA. Décision qui fait suite à la publication d’un appel favorable à une élection présidentielle anticipée en Algérie, signé par ces deux personnalités, entre autres. De plus, j’ai pris connaissance de la position courageuse et juste de la Ligue algérienne des droits de l’homme. Sauf à être d’une naïveté ou d’une cécité coupables, il ne fait aucun doute que cette décision est un acte indigne de censure décidé par la direction du SILA. J’ignore quelle est la position des autorités et du gouvernement mais, hélas, je ne peux que constater leur silence assourdissant et persistant qui vaut approbation de cette décision qu’ils ont peut-être inspirée. Quoi qu’il en soit des dessous de cette affaire, il s’agit bien d’atteindre les auteurs de cet appel et, au-delà de leurs personnes, de signifier à toutes celles et à tous ceux qui entendent s’exprimer librement sur la situation politique intérieure de l’Algérie qu’ils seront sanctionnés d’une façon ou d’une autre. Dans ces conditions, je ne pouvais que refuser de participer à cette table ronde car je n’entends pas être complice, si peu que ce soit, de ces atteintes inacceptables à des libertés et droits fondamentaux. Plus encore, par solidarité avec les personnalités victimes de cette censure, j’estime qu’il est indispensable de rendre publiques les raisons de ma décision en signifiant clairement ma condamnation de tels procédés. Eu égard à son importance éditoriale et culturelle, le SILA mérite mieux, c’est peu de le dire, que ces misérables comportements de censeurs qui discréditent leurs auteurs et ceux qui les soutiennent. Vos positions sur la guerre d’indépendance sont connues. Dans une tribune publiée à l’occasion du 56e anniversaire du massacre du 17 Octobre 1961, vous appelez, pour la énième fois, à la reconnaissance des crimes commis et une réparation de la part de l’Etat français. Pourquoi, selon vous, l’entêtement à nier ces crimes de la part des autorités françaises ?  Il s’agit d’un tout autre problème, français celui-là. Après les déclarations d’Emmanuel Macron candidat, sur les crimes contre l’humanité commis pendant la colonisation, force est de constater que le Macron président de la République trahit la parole du premier. Comportement hélas très classique. En ce domaine, il a de nombreux prédécesseurs qui, lorsqu’ils se sont déplacés en Algérie ont fait entendre aux officiels de ce pays les discours qu’ils souhaitaient entendre, pour des motifs de diplomatie économique, financière et sécuritaire. Discours sans suite hier et aujourd’hui encore alors qu’avec plusieurs membres du Collectif pour la reconnaissance des massacres du 17 Octobre 1961 comme crime d’Etat, nous avons envoyé une lettre au président de la République en lui rappelant ses déclarations passées et en lui demandant de bien vouloir nous recevoir. A ce jour, nous n’avons eu aucune réponse, pas même un accusé de réception. La pusillanimité de l’Elysée et du gouvernement est confondante et méprisable, alors que depuis 1991, toujours plus nombreux sont celles et ceux qui exigent que les massacres d’Octobre soient qualifiés pour ce qu’ils sont, que le responsable soit désigné, à savoir le préfet de sinistre mémoire Maurice Papon, et que la police parisienne qu’il commandait soit elle aussi nommée. Face à ce silence, le collectif précité a donc décidé de dévoiler symboliquement une plaque comportant l’inscription suivante : «A la mémoire des centaines d’Algériens tués lors des manifestations pacifiques du 17 Octobre 1961 par des policiers agissant sous l’autorité du préfet Maurice Papon. Reconnaissance de ce crime d’Etat.» Cette initiative aura lieu le mardi 17 octobre prochain au pont Saint-Michel à Paris lors du rassemblement à la mémoire des victimes. 

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