samedi 14 octobre 2017

Imposer le signalement judiciaire au milieu hospitalier

Durant l’année 2016, plus de 1000 enfants âgés de moins de cinq ans ont été victimes de maltraitance, 689 agressions physiques et 241 agressions sexuelles, alors que pour les enfants âgés entre 6 et 11 ans, près de 3000 d’entre eux ont été maltraités, 2020 violentés à l’école et 762 ont subi des violences sexuelles. Pour les 12-18 ans, près de 3000 maltraités, 744 victimes de violences sexuelles et 5000 agressions physiques, selon l’enquête présentée par le Pr Chakalisous, directeur de la santé mentale au ministère de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière, réalisée dans le cadre de la mise en œuvre de l’approche visant la prévention et la prise en charge de la maltraitance. Coups et blessures, violences sexuelles, viol, les sévices sous toutes leurs formes sont autant d’actes de violence qui définissent la maltraitance de l’enfant que les professionnels de la santé doivent aujourd’hui savoir diagnostiquer et surtout signaler aux autorités compétentes, entre autres le juge des mineurs. Telle est la problématique posée lors d’une journée thématique sur la «Maltraitance de l’enfant, quelles réponses ?», organisée jeudi par la Société algérienne de pédiatrie à Alger. Une journée plutôt d’information et de formation destinée aux pédiatres sur la maltraitance de l’enfant et sa prise en charge en milieu hospitalier et surtout «permettre une protection de l’enfant à travers le signalement judiciaire qui est aujourd’hui un ‘‘devoir’’ pour la corporation, vu le nombre important de cas de maltraitance enregistrés dans la société et diagnostiqués de manière fortuite dans la majorité des cas», a tenu à préciser le Pr Bensnouci, président de la Société algérienne de pédiatrie. Juristes, médecins légistes, psychiatres et psychologues n’ont pas nié l’existence d’un fléau dans notre pays qui prend de l’ampleur et qui constitue un véritable problème sociétal et surtout de santé publique. Une réflexion sérieuse doit être engagée, selon les intervenants, pour offrir à ces êtres vulnérables une vraie protection, loin des agresseurs qui sont généralement issus du milieu familial. Pour ce faire, Me Nadia Aït Zaï, juriste et directrice du Centre d’information et de documentation sur les droits de l’enfant et de la femme (Ciddef), a estimé que le cadre juridique est aujourd’hui assez renforcé à travers la loi sur la protection de l’enfance, mais il manque les mécanismes de protection permettant à ces enfants d’être loin de toute cette violence, qu’elle soit familiale ou autre. «Les juges trouvent des difficultés à placer les enfants en l’absence de structure et d’établissement appropriés. Ils les placent alors dans des centres de rééducation, ce qui complique leur situation», regrette-t-elle et d’appeler à la création de centres d’accueil dédiés à cette catégorie d’enfants. Nombre d’entre eux sont la cible des adultes proches, note le Pr Keltoum Mesahli, chef de service de médecine légale au CHU Franz Fanon de Blida, et de s’interroger sur les limites de la correction parentale qui est souvent évoquée et qui est, selon elle, une maltraitance qui doit cesser. Elle a étayé ses propos par certaines images choquantes d’enfants, dont l’âge ne dépasse pas les huit et dix ans, violentés par leurs propres parents (mère ou père) et reçus dans le service de médecine légale à Blida. «Il faut savoir qu’une violence physique ou sexuelle subie par l’enfant a des conséquences dramatiques sur le plan psychologique et, lorsqu’il n’y a pas de prise en charge, l’enfant risque de mourir. Il n’y a donc pas seulement un danger mental mais un danger de mort», a-t-elle alerté tout en insistant sur l’importance du signalement judiciaire de ces violences qu’il faut, selon elle, démystifier. Ces violences, a-t-elle indiqué, sont souvent commises dans le milieu familial, et 95% sont diagnostiquées de manière fortuite. Engagée dans la lutte contre la maltraitance et toutes violences à l’encontre des enfants, le Pr Mesahli a plaidé pour une réelle prise en charge médicale de ces enfants. «Les violences psychologiques sont ravageuses, car c’est souvent sur le plan psychologique que l’enfant est atteint, et elles sont aggravées par les violences physiques, ce qui entrave le développement psychoaffectif de l’enfant. Les conséquences néfastes surviennent dès l’enfance avec des conduites antisociales, dont le passage à l’acte suicidaire, l’isolement relationnel, les fugues, etc.», a-t-elle averti. Elle préconise, en effet, un prise en charge rapide de ces enfants en milieu hospitalier afin de mieux les protéger de l’influence des parents qui souvent dissimulent l’origine de ces violences. «Il est très rare qu’on amène des enfants en consultation pour maltraitance. Mais ces enfants n’arrivent chez nous que lorsque leur état physique et mental est réellement atteint et généralement l’agresseur se trouve parmi les accompagnateurs. Ou bien lorsque le traumatisme de l’enfant est important, et conduit à la mort, le cas d’un nourrisson décédé suite à une hémorragie cérébrale révélée à l’autopsie est édifiant», a-t-elle encore relevé. A cette occasion, le sous-directeur chargé de la santé mentale au ministère de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière, Mohamed Chekali, a présenté une communication sur les mesures prises par le ministère en vue de prendre en charge ce phénomène depuis l’année 2000, outre les nouveaux mécanismes mis en place par le gouvernement au cours des dernières années après les cas d’enlèvement et d’homicide d’enfants enregistrés dans les différentes wilayas du pays.

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