mardi 19 septembre 2017

Repère : Gouvernance non conventionnelle

Le recours désormais autorisé au financement interne non conventionnel pour couvrir les déficits publics reflète à n’en point douter la propension des dirigeants en place à privilégier les traitements palliatifs et les soins de confort face à une situation de crise que l’on sait pourtant structurelle et durable. Au-delà des incidences évidentes que la mise en œuvre d’une telle option pourrait induire sur la stabilité monétaire et la courbe de l’inflation, la politique ainsi proposée pour les cinq ans à venir semble chercher avant tout à éluder la mise en branle de vraies réformes structurelles. Déjà ratées par tant d’années, alors même que la situation financière du pays s’y prêtait, ces réformes structurelles, faut-il le rappeler, nécessiteraient de profonds bouleversements qui passeraient à la fois par un assainissement de la sphère économique pour l’expurger de ses monopoles parasitaires, mais aussi par un processus de dé-bureaucratisation et une réelle modernisation du système bancaire et financier. Autant de chantiers et bien d’autres encore, dont la mise en œuvre est plus que vitale pour faire émerger une économie saine et productive, mais qui supposerait cependant une gouvernance politique et économique autrement plus audacieuse et sincère que celle prêchant un sursaut salutaire par la planche à billets. Pour non conventionnelle qu’elle soit, la gestion budgétaire proposée par l’Exécutif pour le quinquennat à venir n’est pas sans rappeler dans sa philosophie celle irrationnelle et non orthodoxe qui a été faite pendant longtemps du Fonds de régulation des recettes (FRR), jusqu’à l’épuisement total de ses ressources. Censé servir à garantir la maîtrise de la dépense publique et à mettre l’équilibre du budget de l’Etat à l’abri des surprises du marché pétrolier — en protégeant surtout la dépense d’équipement —, le FRR a fini par être si massivement sollicité pour couvrir les déficits du Trésor qu’il n’aura profité au final qu’à nourrir la folie dépensière d’avant la crise. Désormais, cette fameuse cagnotte — qui avait souvent été qualifiée de caisse noire — laisserait donc place aujourd’hui à un nouvel outil de gestion, aussi peu conventionnel, à savoir le financement du Trésor directement par la Banque centrale. Et si elle peut effectivement aider à faire redémarrer la machine économique dans des pays à forts potentiels d’exportation comme les Etats-Unis ou le Japon, la mise en place d’une telle démarche dans un pays si peu compétitif comme l’Algérie ne peut en revanche que faire craindre une forte expansion monétaire sans véritable contrepartie productive. Dans une économie durablement en crise, où les rattrapages salariaux ne seront sans doute plus de mise pendant de longue années, retraités et salariés risquent d’être en définitive les premières victimes d’une dérive inflationniste que ne manquerait pas d’induire un recours inconsidéré aux financements non conventionnels.  

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire