samedi 16 septembre 2017

L’urgence d’un compromis salvateur

Phase charnière et angoissante. Les députés sont reconvoqués demain à une nouvelle messe parlementaire pour adopter un nouveau plan d’action du gouvernement sous la conduite d’Ahmed Ouyahia. Un exercice qui intervient dans une conjoncture dominée par une profonde crise économique avec ce qu’elle charrie comme inquiétudes sociales. Assurer, comme vient de le faire le Premier ministre, que les caisses de l’Etat se vident à une grande vitesse au point où «les salaires des fonctionnaires risquent de ne pas être assurés» est signe que la crise a atteint son stade terminal. Ce faisant, M. Ouyahia prononce un verdict social lourd de conséquences. Un aveu d’échec dont seul le gouvernement de Bouteflika et les équipes avec lesquelles il a conduit les affaires du pays en assument l’entière responsabilité. L’équipe au pouvoir qui a pourtant disposé d’une conjoncture financière des plus favorables durant des longues années a réussi l’incroyable. Une désastreuse contre-performance résultant d’une gestion clientéliste de la rente, d’une politique dispendieuse visant à renforcer les positions de pouvoir qu’à ouvrir des perspectives économiques fiables pouvant sortir le pays de son sous-développement. Les grands chantiers dits structurants et aux coûts et surcoûts faramineux lancés dès le début des années 2000 ont permis un gigantesque transfert de capitaux publics pour «fabriquer» des fortunes privées dont le souci majeur est l’accumulation primitive et rapide. La stratégie était de faire du «parti de l’argent» l’instrument de légitimation du pouvoir sous sa nouvelle forme et devant lequel tout le monde —Etat et société — abdique. L’hallucinante séquence estivale opposant Abdelmadjid Tebboune, Premier ministre, à Ali Haddad incarnant les intérêts des milieux d’affaires illustre cette soumission de l’Etat. Un nouvel ordre oligarchique «en marche» dans lequel se dissolvent les autres éléments structurants du pouvoir tant la frontière entre les décideurs étatiques et les milieux d’affaires est devenue poreuse, favorisée par le double effet des connexions suspectes et une corruption «démocratisée». Cela n’a pas manqué d’exacerber les contradictions internes dans un contexte où l’urgence de préparer l’échéance politique qui est celle de la présidentielle brouille et bouscule les alliances. Mais par-dessus tout, cette configuration a conduit naturellement et immédiatement à une faillite politique et économique qui expose le pays à de multiples périls. Il s’est considérablement fragilisé. Fissuré, le système craque de partout. Tous les secteurs sont livrés au désordre. La casse nationale a été telle qu’il sera difficile de reconstruire. Ahmed Ouyahia n’en pense pas moins. La crise économique entre en résonance avec une crise encore plus profonde liée à la gouvernance politique, à la nature du régime qui ne cesse de reproduire l’échec et renforcer ainsi l’impasse devenue globale. C’est dans cet état d’esprit national en berne et d’une rupture de confiance dans la société que le gouvernement de Bouteflika «prépare» la fin de son quatrième mandat qui comporte tous les ingrédients d’une conflagration. Le plan d’action du gouvernement qui marque la rentrée politique prépare un exercice budgétaire (loi de finances 2018) des plus durs. Pour le Trésor public, l’équilibre financier est atteint, celui de la société est au bord de la rupture. Au sommet, la persistance de l’impasse ; en bas, la majorité de la population épuisée, rongée par une colère sourde, exprime de sérieuses inquiétudes. Plongées dans le désespoir, des catégories sociales peuvent basculer dans l’inconnu. En l’absence de perspectives qui réenchantent, les décideurs vont sans nul doute recourir encore une fois à la stratégie de la peur. Brandir la menace de l’instabilité et du chaos pour clamer les ardeurs du changement. Mettre en branle l’idéologie sécuritaire pour paralyser les foyers de contestation. Ça serait une grave erreur d’analyse. L’état de délabrement avancé qui menace tout le pays de toutes parts recommande un grand sens des responsabilités, invite à la retenue, à la négociation politique. Et, par-dessus tout, exige des décideurs de privilégier l’option d’un compromis historique salutaire. Une urgence nationale. La brutalité et le passage en force ne peuvent que précipiter l’irréparable.  

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire