mardi 19 septembre 2017

Argent sale et business : Ouyahia appelle à faire la différence

Le Premier ministre Ouyahia propose aux députés et sénateurs du RND des éléments de langage pour mettre fin à la thèse du «tous pourris». Dans une note adressée aux parlementaires du parti, Ahmed Ouyahia leur demande de soutenir la feuille de route du gouvernement face aux attaques de l’opposition et leur propose des éléments de langage dans ce cas précis. Ahmed Ouyahia insiste auprès de ses troupes sur la nécessité de protéger les hommes d’affaires, «bâtisseurs de richesses» et «pourvoyeurs d’emplois» En clair, il les exhorte à mettre en avant lors de leurs interventions les réussites de ceux qui «réinjectent» les crédits accordés par l’Etat, dans le circuit économique. Cette opération intervient alors que le passage éclair et les révélations fracassantes de l’ancien Premier ministre, Abdelmadjid Tebboune, qui s’en était pris aux pratiques mafieuses de très influents hommes d’affaires, membres du FCE, la plus importante organisation patronale du pays, révélant qu’une quinzaine d’entre eux s’étaient partagé un pactole de 40 milliards de crédits «accordés aux différents opérateurs économiques, alors que seuls 10% ont été recouvrés», avait failli ébranler le système. Dans sa note, Ahmed Ouyahia fait l’impasse sur le circuit informel qui gangrène l’économie nationale, alors que les chiffres communiqués par l’Office national des statistiques (ONS), font froid dans le dos. Pour l’ONS, le poids de l’informel représente près de la moitié de l’économie du pays et touche aujourd’hui tous les secteurs d’activité les plus lucratifs, comme le commerce et les services, le BTP et les activités manufacturières. Pour avoir une idée : l’économie informelle représente 45% du PIB, correspondant à près de 125 milliards de dollars. Depuis plus de vingt ans, les différents  gouvernements tentent de trouver la parade pour réintroduire cet argent dans le circuit officiel. Le gouvernement Sellal avait proposé une sorte d’amnistie fiscale, appelée «mise en conformité fiscale volontaire». Cette procédure a été rapidement enterrée, remplacée par l’emprunt obligataire. Même avec la garantie de l’Etat, des modalités particulièrement avantageuses au vu de ce qu’offre le marché financier algérien (5% de rémunération), les détenteurs de capitaux non déclarés ne se sont pas bousculés au portillon. En réalité, l’Etat a baissé les bras dans le renforcement des contrôles, sanctions et effets dissuasifs à l’encontre des acteurs économiques. Plusieurs institutions de contrôle sont marginalisées. C’est le cas de la Cour des comptes qui sommeille depuis l’arrivée au pouvoir du président Bouteflika. L’institution avait, dans un rapport publié en 2011, estimé le cumul de la fiscalité non recouvrée durant cette année à 100 milliards de dollars, soit près de deux fois le PIB. Mais cela concerne également l’administration fiscale incapable de recouvrer les sommes qui lui sont dues. C’est en remettant sur pied ses services de contrôle que l’Etat pourra remettre de l’ordre dans la gabegie financière, mais pour cela il faut une volonté politique pour y mettre un terme.  

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