samedi 23 septembre 2017

Après l’insécurité, les jeunes entre drogue et chômage

Bentalha est aujourd’hui un grand quartier aux multiples constructions cubiques. A première vue, le visiteur qui s’y aventure croit être dans une commune à part entière tellement la localité est en mouvement les jours de semaine. Du «béton» à perte de vue, un axe routier de plus en plus névralgique, omniprésence de commerces… Bref, Bentalha, relevant  administrativement de la commune de Baraki, dans la banlieue algéroise, était juste un lieu-dit entouré de vergers. aujourd’hui, elle est devenue une agglomération de plus en plus peuplée. Le nombre de ses habitants ne cesse d’augmenter, surtout suite aux multiples opérations de relogement de familles de la capitale. «Tant mieux pour nous ! Voir à chaque fois de nouveaux visages à Bentalha, c’est surtout une manière pour nous de nous adapter avec le présent et oublier notre passé douloureux», témoigne  Mohamed Bendeladj, fonctionnaire âgé de 41 ans. 1997 fait sortir Bentalha de son anonymat Mais Bentalha reste collée à un triste souvenir. Dans la nuit du 22 au 23 septembre 1997, soit il y a tout juste 20 ans, des terroristes ont passé presque la nuit à égorger, à mutiler et à mitrailler des innocents de la manière la plus horrible. Même les enfants et les bébés n’ont pas été épargnés par ces actes barbares. D’ailleurs, lorsqu’on prononce le nom de Bentalha, on pense tout de suite au deuil, aux cris d’innocents, au sang, au massacre à grande échelle… Un horrible souvenir qui reste toujours collé à la mémoire de plus d’un. «Bentalha a beaucoup souffert du terrorisme. Avant ce grand massacre, on trouvait souvent des cadavres jetés sur la voie publique, les assassinats étaient réguliers…mais le massacre de Hay Djillali et celui de la cité Boudoumi, qui a duré de 23h à 4h du matin, a marqué les esprits tellement que son bilan était très lourd, soit plus de 400 tués», ajoute-t-il, le regard évasif.  Et de préciser : «Un mois avant ce carnage, des émirs qui écumaient la région de Bentalha avait lancé une rumeur dans la ville, comme quoi plusieurs terroristes en provenance de la région de Chlef s’apprêtaient à commettre un massacre dans notre localité. Un mois après, l’irréparable a eu lieu…».  Notre interlocuteur était à environ 500 mètres du lieu du carnage. «On entendait des cris de femmes, des coups de feu, des déflagrations, on voyait des gens courir dans tous les sens. Comprenant qu’il s’agissait d’un acte terroriste qui commençait à avoir lieu, ma famille et nos voisins ont décidé alors de prendre la fuite et chercher des endroits plus sécurisés.» L’enterrement des victimes à Sidi R’zine, non loin de Bentalha, a mobilisé des engins et plusieurs personnes. «Il a fallu la mobilisation de trois engins pour pouvoir enterrer les nombreuses victimes. J’ai été même chargé de comptabiliser (approximativement) les morts. Il y en avait plus de 400, et ce, en dehors des autres victimes qui ont été enterrées dans d’autres cimetières, comme celui d’El Alia.» Une localité sans distraction Même si le problème sécuritaire ne se pose plus à Bentalha depuis une quinzaine d’années, les jeunes de cette localité sombrent dans l’oisiveté et le chômage. Pas d’industrie ou d’agriculture moderne pouvant absorber la main-d’œuvre juvénile. Et rien n’a été fait pour développer et promouvoir l’activité des rares clubs sportifs de la région. «Il n’y a malheureusement rien à faire à Bentalha, à part les plus chanceux qui possèdent un commerce. Cela pousse nos jeunes à s’adonner à la drogue. Ceux qui étaient enfants dans les années 1990 à Bentalha ont la vingtaine aujourd’hui. Portant un traumatisme au fond de leur âme, ils demeurent aujourd’hui délaissés et non pris en charge. Et pourtant, nous avons beaucoup de sportifs talentueux comme des jeunes champions en kung fu», regrette Abderrezak, la trentaine. Bentalha a été visitée par plusieurs personnalités au lendemain du carnage pour apporter un soutien à sa population. On peut citer les anciens présidents Chadli Bendjedid et Ahmed Ben Bella, la moudjahida Djamila Bouhired, le père du grand joueur Zidane, plusieurs ambassadeurs…Mais les officiels en poste sont demandés par la population locale pour que leurs revendications d’ordre socioéconomique soient prises en compte…  

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