mardi 8 août 2017

L’eau issue du dessalement est la 3e source d’approvisionnement

Le dessalement de l’eau de mer représente actuellement 15% des sources d’eau potable en Algérie, il passera à 20% fin 2017», a souligné le ministre des Ressources en eau, Hocine Necib, en visite récemment à Tébessa, relevant au passage que le pays compte 75 barrages (plus de 8 milliards de mètres cubes), 11 stations de dessalement de l’eau de mer pompant 2 millions de mètres cubes par jour, 180 stations d’épuration des eaux usées (step) et 20 autres en cours de réalisation destinées à l’irrigation agricole. La quantité d’eau distribuée par an à la population est estimée à plus de 3,6 milliards de de mètres cubes, puisés respectivement à hauteur de 51% des forages, 35% des barrages et 15% d’eau dessalée. Par un simple calcul arithmétique, l’apport de l’eau issue du dessalement demeure faible. Et pourtant, un important programme est lancé depuis les années 2000 pour faire face à la demande domestique grandissante en eau potable. Sécuriser le besoin des villes côtières, où se concentrent 80% de la population, fait aussi partie des priorités de ce programme de haute facture. «Le programme ambitionne la mise en service de 13 stations à l’horizon 2018, dont 11 sont déjà en exploitation, totalisant plus de 2,3 millions de mètres cubes de production journalière d’eau potable», nous explique Mohamed Djeddi qui est à la tête d’Algerian Energy Company (AEC), une entreprise publique économique, créée en 2001, sous forme de société par actions de droit algérien, détenue par Sonatrach et Sonelgaz. Elle est chargée principalement de la promotion des projets d’envergure en partenariat avec des sociétés internationales dans les domaines du dessalement de l’eau de mer (DSEM) et la génération électrique. Un procédé qui connaît un grand essor à travers la planète, où 8% de l’eau potable provient de l’eau de mer. C’est aussi là un procédé fort onéreux, puisque seuls 300 millions sur plus de 7 milliards de personnes dans le monde sont alimentées de la sorte. Mais en dépit des dépenses conséquentes que nécessite un programme de cet acabit, les pouvoirs publics ont amorcé (certes bien avant la chute du baril de pétrole) une stratégie qui s’est traduite par la construction de 13 usines de dessalement, dont 11 sont en activité et réparties sur 9 wilayas, à savoir Tlemcen, Aïn Témouchent, Mostaganem, Oran, Chlef, Tipasa, Boumerdès, Alger et Skikda. Les coûts de réalisation empêchent les pays développés de se doter d’usines de ce genre, à telle enseigne que la station de Barcelone (Espagne), revenue à 230 millions d’euros, a été financée à hauteur de 75% par l’Union européenne. La facture pour l’Algérie n’est pas très éloignée. «Le coût varie d’une station à une autre, car il dépend de certains critères, tels que le prix du terrain alloué et autres paramètres plus importants, mais en général, pour une station qui produit 200 000 m3/jour, le coût d’investissement avoisine les 200 millions de dollars, ce chiffre ne représente que la fourchette, car il peut être inférieur ou supérieur», précise notre interlocuteur. Pour le financement, «il est question d’un financement très développé et très moderne qui est le Project Financing, où le seul garant du projet est le projet lui-même, sa viabilité et ses dividendes. Les responsabilités sont réparties de façon équitable entre les différentes parties prenantes du projet» ajoute-t-il. Le programme de dessalement est appelé à palier au plus urgent, même partiellement, dans la mesure où il est aussi question d’une stratégie d’irrigation de pas moins de 2 millions d’hectares.   IMPACT SUR L’ENVIRONNEMENT Sachant que pour produire 1 m3 d’eau dessalée, il faut en moyenne 2,5 m3 d’eau de mer, l’objectif du programme de dessalement est d’atteindre la capacité de plus de 2,3 millions m3/j à l’horizon 2018-2019, avec la mise en service des deux projets restants. «Les capacités déclarées des usines opérationnelles permettent d’atteindre les 2,3 millions m3/jour, mais ce n’est que contractuel, car certaines usines qui sont réalisées pour produire 200 000 m3/jour ont travaillé afin d’optimiser la production et réduire les coûts de l’exploitation et cela nous a permis d’atteindre des capacités supérieures, mais nous sommes tenus de respecter les contrats, donc la production reste selon la demande de l’acheteur (Sonatrach et ADE)», indique notre source. Peut-on davantage optimaliser la production ? «Certaines usines peuvent réaliser plus que la capacité demandée. Aussi, il existe des moyens techniques pour augmenter la capacité de chaque usine, en ajoutant des racks supplémentaires.» Autre moyen d’augmenter le volume de l’eau du dessalement est la mise en service des deux projets restants. «Pour les deux autres projets restants, nous sommes à la disposition des autorités publiques pour les réaliser, car le besoin en eau potable est défini par le ministère des Ressources en eau. A ce jour, nous sommes dans l’attente de définir la région», ajoute M. Djeddi. En dehors du coût exorbitant de cette technique, ses retombées écologiques sont sujettes à controverse. Pour la transformation de l’eau salée en eau douce, il existe plusieurs procédés, dont les plus courants sont la distillation et l’osmose inverse. Hormis l’usine Kahrama (Oran), les autres stations ont adopté le second procédé. «L’osmose inverse nécessite quant à elle de traiter au préalable l’eau de mer en la filtrant et en la désinfectant afin de la débarrasser des éléments en suspension et des micro-organismes qu’elle contient. Le procédé consiste ensuite à appliquer à cette eau salée une pression suffisante pour la faire passer à travers une membrane semi-perméable : seules les molécules d’eau traversent la membrane, fournissant ainsi une eau douce potable. Mais son coût énergétique est des plus élevés», explique le spécialiste Hocine Yousfi, qui précise que l’osmose inverse est utilisée dans l’industrie pharmaceutique. Outre les implications énergétique et financière élevées, l’un des inconvénients majeurs du dessalement est incontestablement l’impact sur l’environnement, dont la faune marine. Experts et écologistes s’accordent à pointer du doigt le procédé de rejet des saumures concentrées au double de la salinité naturelle en mer. Le programme algérien ne déroge pas à la règle, même si les responsables se veulent rassurants. «La saumure restante est rejetée à la mer avec des systèmes de diffusion de haute technologie de façon optimale pour ne pas impacter le fond sous-marin, et des projets sont en cours d’études pour sa réutilisation.»  

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