dimanche 16 juillet 2017

Session spéciale du baccalauréat : Tout ça pour ça !

La session spéciale du baccalauréat, boudée par la majorité des candidats concernés, a démontré que le gouvernement a fait appel, encore une fois, à des mesures de bricolage dans la gestion des tensions sociales. La présidence de la République, à défaut de trouver une solution équitable à la doléance des retardataires à l’examen, a décrété une deuxième session sans prendre en compte les alertes du partenaire social quant aux conséquences qui peuvent découler d’une telle décision populiste, qui entamera davantage la valeur du baccalauréat actuellement en quête de revalorisation. Le ministère de l’Education nationale, qui s’opposait quelques heures avant l’annonce de la mesure à l’idée d’une session spéciale, a été surpris par la décision de la présidence de la République, annoncée par le Premier ministre, ne donnant au département de Benghabrit aucun autre choix que d’offrir une deuxième chance à tous les retardataires et absents de la session de juin 2017. La communauté éducative, à travers les syndicats des enseignants et autres fonctionnaires du secteur, a qualifié cette session qui a commencé jeudi dernier de «fiasco». L’organisation d’une session spéciale pour les retardataires et les absents qui est, de l’avis des spécialistes de l’éducation, une mesure anti-pédagogique et qui porte atteinte au principe de l’égalité des chances n’a même pas réalisé l’objectif attendu par le gouvernement, à savoir permettre aux absents de la session précédente de passer l’examen et éviter l’exclusion de plus de 100 000 candidats. Avec plus de 85 000 absents, la session spéciale est un véritable flop. Alors que de 104 036 candidats étaient attendus aux épreuves qui se déroulent dans 299 centres, «ils sont à peine 20 000 à s’être présentés aux épreuves», indiquent les représentants des enseignants. «Nos alertes quant au risque d’absentéisme parmi les candidats libres n’ont pas été prises en compte, et voilà que le temps nous donne raison, mais au détriment de l’intérêt général», fulmine Meziane Meriane, qui dénonce «le manque de sérieux dans le traitement de cette question et dans la prise de décision». La session du baccalauréat 2017 paie ainsi les frais d’une mauvaise gestion des situations. «Pour calmer un groupe de lycéens qui ne se sont pas présentés à temps aux centres d’examen et pour éviter que cela ne se transforme en foyer de tension, tous les moyens sont bons, quitte à piétiner le volet pédagogique», dénoncent pratiquement tous les syndicats du secteur. Ceci, sans oublier le coût financier de cette session, car il faut tenir compte que 15 000 enseignants sont mobilisés «pour rien», indiquent les comptes rendus des représentants des enseignants qui révèlent que le nombre des enseignants dépasse largement celui des élèves, sans parler des policiers, médecins, pompiers et autres fonctionnaires réquisitionnés. Le gaspillage est donc l’autre conséquence de cette «décision populiste» dont les conséquences se répercuteront sur les finances du pays, déjà en difficulté. «Il aurait fallu trouver une réponse appropriée au cas des retardataires. Tout est dans le texte qui régit l’examen», a dénoncé Messaoud Boudiba, au lendemain de l’annonce de la convocation d’une session spéciale. «La loi régissant le baccalauréat prévoit des mesures pour chaque situation, et il fallait laisser les chefs des centres d’examen exercer leurs prérogatives accordées par ladite loi.» Cet examen décisif pour l’avenir de centaines de milliers de candidat, fait également les frais de l’ingérence du politique dans les questions pédagogiques. Le président de la République ou son Premier ministre ont-ils consulté une autorité pédagogique avant d’annoncer une telle mesure ? On retient également la gestion arbitraire du dossier de la réforme du baccalauréat qui n’arrive pas à aboutir depuis des années. Le scénario des sessions parallèles du baccalauréat continuera à menacer les prochaines éditions de l’examen en l’absence de courage politique du gouvernement qui tarde à trancher sur la question de la réforme du baccalauréat. Le gouvernement de Tebboune gagnerait à donner le feu vert attendu par la commission de la réforme de cet examen, dont les propositions mettront fin définitivement aux dysfonctionnements qui ouvrent la brèche à la récupération politique.  

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