lundi 24 juillet 2017

Sellal rendra-t-il des comptes ?

Fermes pilotes, foncier industriel, assemblage automobile, marchés publics… La gestion de l’ancien Premier ministre, Abdelmalek Sellal, est lourdement remise en cause par la nouvelle équipe gouvernementale. Abdelmadjid Tebboune tente-t-il de rompre avec le style de son prédécesseur Abdelmalek Sellal ? Aspire-t-il à convaincre sur le terrain et gagner la bataille de l’opinion publique ? Pour bon nombre d’observateurs, cette démarche est nécessaire pour relooker l’image de l’Etat ternie par les bourdes de l’ancien Premier ministre et ses dérapages en tout genre et aussi pour redonner confiance aux citoyens. Depuis sa nomination en 2012 à la tête de l’Exécutif, Sellal n’a jamais manqué une occasion de créer le buzz sur les réseaux sociaux en cumulant un nombre record de boutades. Utilisant un langage «simple» pour essayer de se rapprocher du peuple, Sellal néglige les caméras et se livre à cœur ouvert aux spectateurs en multipliant des bourdes linguistique, des blagues de mauvais goût et même des expressions de «rue». Sellal a cultivé des déclarations peu fructueuses pour l’image d’un Premier ministre. En tout état de cause, la communication était contre-productive. De l’avis du politologue Mohamed Taibi, Sellal était le produit d’une administration de gouvernance et non d’une politique de gouvernance. «La politique de gouvernance demande de l’imagination et un combat pour mener à terme ses projets. Sellal n’avait pas le profil. Il était une accumulation d’anachronismes. Cette accumulation s’est traduite par l’affaiblissement de beaucoup de secteurs, notamment ceux de l’économie, de l’éducation et du monde du travail.» Pour certains, Sellal n’a pas su ni pu délimiter son espace de décision, il était un peu partagé entre les vents et les courants et n’avait même pas la capacité de rectifier ses erreurs. Sellal a échoué aux yeux de l’opinion. Mieux, l’ancien Premier ministre a surtout commis, sur le plan économique, des bévues et des actes graves. Il a signé des décisions et octroyé des marchés à des hommes d’affaires et des personnes «douteuses». Les exemples ne manquent pas dans ce sens, et en tête de liste figurent les 25 fermes pilotes affiliées à la SGP Gvapro à la suite d’une résolution signée le 3 mai dernier par Sellal, portant sur les projets de partenariats publics. A la faveur de cette résolution adoptée par le Conseil des participations de l’Etat, des centaines d’hectares de terres agricoles ont été distribués «au profit de plusieurs hommes d’affaires». Aujourd’hui, des doutes planent au niveau du Premier ministère sur les arrière-pensées et les objectifs derrière cette décision. Des craintes aussi persistent sur «la possibilité de détournement de ces terres de leur vocation agricole», d’autant plus que «l’accord a profité essentiellement à des industriels». En prenant les commandes de l’Exécutif, Abdelmadjid Tebboune a pris la décision, qualifiée de «salutaire», de geler l’affectation des réserves foncières agricoles destinées à la création de nouvelles exploitations agricoles et d’élevage, notamment les fermes pilotes associant des partenaires privés. L’autre dossier sur lequel Sellal devrait s’expliquer, si la justice venait à faire son travail, est le fameux projet de l’industrie automobile. Un projet qui a été géré par l’ancien ministre de l’Industrie et des Mines, Abdessalem Bouchouareb. Sellal, non seulement, n’a pas bloqué le projet lorsque des voix se sont élevées pour dénoncer cette grande arnaque, mais a fermé les yeux tout en protégeant certains concessionnaires. En ouvrant les dossiers de la déliquescence de la gouvernance de Sellal, Tebboune ira-t-il jusqu’au bout ? Quel sort réserve-t-on dans ce cas à Sellal qui, de l’avis de tout le monde, a privilégié sa famille et son entourage proche ? Pour beaucoup, Sellal est intelligent et ne manquait pas de stratégie, il savait ce qu’il faisait, pourquoi et dans quel sens. Osera-t-on s’attaquer à Sellal ? Un homme du système et proche de la famille Bouteflika ? Attendons de voir l’évolution de la situation. Pour l’heure, nous sommes dans une situation de recomposition du système et Tebboune essaye de renvoyer à l’opinion l’image d’un chef de l’Exécutif ayant une force de caractère et de la rigueur dans la décision. Il s’est attaqué en premier au patron des patrons, l’ami et proche du cercle du pouvoir. Mais l’opinion publique attend de lui des actions concrètes : l’ouverture des grands dossiers et d’en assumer les conséquences.  

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