mardi 25 juillet 2017

Quand les contre-pouvoirs viennent à manquer

Les problèmes de gestion soulevés par les dernières décisions du gouvernement de Abdelmadjid Tebboune ont une origine : le système qui les a générés en supprimant tous les moyens de contrôle et de contre-pouvoirs. Si la question de savoir quelle issue aura le remue-ménage qui s’est emparé du pays depuis la nomination de Abdelmadjid Tebboune au Premier ministère n’a toujours pas de réponse, les raisons qui ont produit le désordre et la crise dans lesquels se débattent les Algériens aujourd’hui sont, par contre, tellement évidentes. Les causes du désastre qui se déploie sous nos yeux sont connues de tous. Ce sont en effet celles qui ont produit le scandale Khalifa en 2003, qui ont conduit aux scandales de Sonatrach, à la corruption qui a touché la construction de l’autoroute Est-Ouest (projet du siècle) et à l’émergence d’une oligarchie qui a prospéré à l’ombre du système mis en place par le président Abdelaziz Bouteflika. Les causes de la situation de crise suffocante que traverse le pays aujourd’hui dépassent en réalité le seul fait qu’on n’ait pas pris à un moment donné les bonnes décisions, tout le monde peut se tromper. Le problème est que la faillite nationale est le produit d’une politique qui a placé l’ambition de pouvoir au-dessus de celle d’une nation qui avait plus d’un atout pour prospérer. Le résultat est là : le système, qui a posé son fonctionnement et son maintien sur l’arrogance et l’allégeance, a produit l’échec. Si le chef de l’Etat avait annoncé, dès le début de son premier mandat, des réformes importantes qui devaient donner au pays des institutions solides et adaptées et des contre-pouvoirs capables de le prémunir des dérives autoritaires, de la corruption, du népotisme et du clientélisme, concrètement rien n’a été mis en œuvre. Au contraire, la réforme de la justice tant souhaitée et attendue a accouché d’une souris. Elle n’a pas débouché sur l’indépendance de la justice. Dans les faits, les tenants du pouvoir l’ont encore plus soumise à l’Exécutif. Quid de la réforme de l’Etat à laquelle une commission a été consacrée en 2001. Les recommandations du rapport Missoum Sbih qui préconisait la refondation de l’Etat ont été mises sous le coude. En somme, ce sont toutes les initiatives à même de permettre une meilleure réorganisation des missions de l’Etat, la fluidité et la transparence dans le fonctionnement de ses institutions qui ont été empêchées. Dès l’année 2003, a commencé le processus de mise au pas des contre-pouvoirs. La presse, le mouvement associatif et les organismes de veille, qui avaient cette mission de déclencheur d’alerte, ont été bloqués. Le Conseil national économique et social (CNES) a été amené jusqu’à changer de vocation. Aux rapports critiques du conseil de Mohamed Salah Mentouri, on a préféré les notes polies et les bons points d’un organisme qui a fini dans la soumission et l’allégeance. Les tenants du pouvoir ne voulaient guère de ses rapports, de ses critiques et de ses recommandations. Pas de voix discordante qui mettrait en avant une mauvaise gouvernance, un échec ou une dérive. Contester les décisions de la Présidence ou du gouvernement était un crime de lèse-majesté. La Cour des comptes et l’Inspection générale des finances, qui autrefois, même si leur efficacité était discutable, jouaient un rôle dans la protection des biens publics, ont fini par subir le rouleau compresseur d’une administration qui n’a plus le souci du service public, mais celui de servir les tenants de la décision politique, du pouvoir et de sa clientèle. La première a été dépouillée de ses prérogatives, la deuxième de sa vitalité. L’absence des instruments de contrôle, rendue possible par la seule volonté de ceux qui tiennent les rênes du pays, a ouvert grand les portes à la dérive, à la mauvaise gestion, à la corruption et à ceux qu’on appelle les oligarques, qui se sont retrouvés au centre de la décision politique. Pourquoi s’étonner aujourd’hui que le patron du FCE et bien d’autres hommes d’affaires aient une grande influence sur les choix économiques de ces dernières années et se partagent les grands marchés et bombent le torse ? N’étaient-ils pas sollicités pour assurer le financement et la logistique des différentes campagnes des élections présidentielles ? C’est un secret de polichinelle que des hommes d’affaires qui avaient refusé de mettre la main à la poche ont payé cher. Mais en plus de l’inexistence ou de l’inefficience des instruments de contrôle de la gestion dans et par les institutions de l’Etat, les tenants du pouvoir ont réussi à ligoter le Parlement devenu, selon la formule consacrée, une chambre d’enregistrement. Un Parlement croupion où l’allégeance et la soumission ont inhibé les pouvoirs de contrôle des politiques publiques dont ils disposent. A aucun moment les parlementaires n’ont initié une commission d’enquête sur l’attribution des marchés publics qui ont d’ailleurs fait couler beaucoup d’encre lors de l’affaire de l’autoroute Est-Ouest et le scandale Sonatrach. Que peut faire une Assemblée issue d’un processus éhonté de fraude ? Rien, bien évidemment, puisque beaucoup d’élus pensent être redevables au système qui les a produits. Les problèmes de gestion soulevés par les dernières décisions du gouvernement de Abdelmadjid Tebboune ont une origine : le système qui les a générés en supprimant tous les moyens de contrôle et de contre-pouvoir.  

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