mercredi 19 juillet 2017

Ould Abbès poussé vers la sortie

Des adversaires au secrétaire général du FLN demandent son départ, mais ont peu de chance d’obtenir gain de cause. Le limogeage de Djamel Ould Abbès de la tête du FLN est une nouvelle fois réclamé par ses adversaires. Depuis une semaine, certains d’entre eux l’attaquent dans la presse et les réseaux sociaux et réclament la tenue d’un comité central extraordinaire dans les plus brefs délais. Ses adversaires mettent en avant sa mauvaise gestion et le score du parti lors des dernières législatives. Car, si le FLN reste la première force politique du pays, il a perdu une soixantaine de députés entre les législatives de 2012 et de 2017. Le nombre de ses députés est passé de 221 à 164 députés sur les 462 sièges que compte l’APN. Une défaite que la direction du parti tente de transformer en victoire par la grâce des 500 000 voix supplémentaires obtenues lors de ces élections. «A l’APN, c’est au nombre de sièges que l’on comptabilise une victoire ou une défaite», tient à rappeler Abderrahmane Belayat. Pour ses adversaires, Djamel Ould Abbès est le principal responsable de cette bérézina due, selon eux, aux choix des candidats et à une campagne législative jugée «catastrophique», au cours de laquelle le patron du parti n’était préoccupé que par son supposé «parcours révolutionnaire» lors de la Guerre de Libération. «On ne peut pas continuer à faire comme si de rien n’était, juge un de ses adversaires. Nous avons perdu des sièges à l’APN et qu’on ne vienne pas nous raconter que le FLN a récolté plus de voix en 2017 qu’en 2012.» «C’est clair, le parti est dans une situation bien plus préoccupante que lorsqu’il était entre les mains de l’ancien secrétaire général, Amar Saadani», affirme un cadre du parti. Ces accusations laissent de marbre le tout nouveau responsable de la communication, Sadek Bouguettaya. Pour celui qui cumule les fonctions de membre du bureau politique (BP), cette agitation est menée par des militants qui n’ont rien apporté au parti et qui agissent plus par esprit de vengeance que par volonté de faire avancer la cause du parti. «On est confronté à des militants qui reprochent au secrétaire général de ne pas avoir  été choisis comme têtes de liste lors des législatives, accuse M. Bouguettaya. Aucun d’entre ceux qui réclament la tenue d’un CC extraordinaire ne le font pour le bien du parti, mais plutôt pour régler leurs comptes avec M. Ould Abbès.» Et d’ajouter : «Si ces gens ont des choses à dire et à proposer, ils pourront le faire en toute liberté le 22 octobre, date de la tenue du prochain comité central.» En réalité, Djamel Ould Abbès n’a rien à craindre d’une telle requête. D’une part, parce que les initiateurs de la démarche doivent au préalable obtenir les signatures de deux tiers des 505 membres que compte le comité central, soit 336 signatures, une mission jugée «impossible» par un ancien membre du CC. Sans compter que beaucoup s’empressent de changer d’avis et de le faire savoir au patron du FLN. «Le secrétaire général reçoit tous les jours des lettres dans lesquelles des membres du CC s’excusent d’avoir signé le document qui leur a été présenté», ajoute perfidement le directeur de la communication du parti. Autre écueil de taille pour les opposants à Ould Abbès : la décision finale de la tenue d’un CC extraordinaire revient au secrétaire général, comme tient à le rappeler M. Bouguettaya. «Le secrétaire général est seul juge pour déterminer de l’utilité de la demande qui lui est transmise. C’est lui qui décide après réflexion si la demande est recevable.» En clair, il ne faut pas s’attendre à ce que M. Ould Abbès se tire une balle dans le pied comme Abdelaziz Belkhadem en 2013. L’ancien secrétaire général accepta la requête de ses adversaires qui lui demandaient d’organiser un vote de confiance… qui lui fut fatidique. «L’erreur de Belkhadem ne risque pas d’être reproduite par Ould Abbès», affirme une source interne du parti. Pour sa part, Abderrahmane Belayat, coordinateur de la direction unifiée, refuse de se laisser embarquer dans cette aventure. «Nous ne sommes pas dans les mêmes dispositions qu’eux, affirme-t-il. Nous ne savons pas ce qu’ils veulent.» Pour les membres de la coordination qui ont mené la bataille contre Amar Saadani, l’attaque contre le secrétaire général est menée par des personnalités qui ont cautionné, en 2013, le glissement moral et doctrinaire du FLN. «Depuis la gestion de l’ancien secrétaire général, nous disons que l’on ne gère pas un parti comme cela», rappelle M. Belayat, qui assure que si le parti ne tient pas compte de la réalité, il connaîtra le même sort lors des élections locales prévues en octobre et par ricochet à la présidentielle de 2019. La solution résiderait dans la mise en place d’un comité transitoire, «seul organe légitime pour gérer les affaires du parti», comme il le suggère. Un comité dans lequel le Président serait représenté afin qu’il «soit informé et puisse nous transmette ses directives», affirme-t-il. Enfermé dans son bureau, Djamel Ould Abbès n’a pas grand-chose à craindre. Il sait que son départ ne dépend que du président Bouteflika et de lui seul.

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