mardi 18 juillet 2017

«L’enseignenemt de l’histoire politique de l’islam s’est fait au détriment de l’histoire des sciences»

Professeur émérite de mathématiques et de l’histoire des mathématiques à l’université des sciences et des technologies de Lille, en France, chercheur en histoire des mathématiques arabes en Andalousie et au Maghreb, l’ancien ministre de l’Education, Ahmed Djebbar, n’est vraiment plus à présenter. Ses nombreuses publications et recherches sur l’âge d’or de la civilisation musulmane entre les VIIIe et XIXe siècles grâce au savoir et aux sciences l’attestent. - La civilisation musulmane a connu son âge d’or en particulier grâce aux recherches menées dans les différents domaines scientifiques de l’époque. Quels sont les facteurs (religieux, économiques, politiques, culturels, etc.) qui pourraient expliquer l’avènement de ce phénomène et son développement ? L’avènement à partir du VIIIe siècle et le développement entre les IXe et XIVe siècles d’une puissante tradition scientifique en pays d’islam est un phénomène civilisationnel. Et comme pour tout phénomène de cette nature, les facteurs qui pourraient l’expliquer sont nombreux, mais leurs effets ne sont pas toujours faciles à déceler ni à quantifier. Tout d’abord, il y a la dynamique générale provoquée par l’avènement et l’extension de l’islam. Cette dynamique a créé des besoins nouveaux et favorisé, chez les élites de cette époque, le développement de l’esprit d’initiative et la multiplication des échanges dans tous les domaines. Au niveau de la pensée religieuse, cela a favorisé l’instauration de débats et de controverses d’une grande richesse, qui ont permis l’élaboration d’une pensée théologique vivante, dynamique et multiforme. Sur le plan scientifique, cette dynamique a provoqué un véritable phénomène sociétal, avec la recherche des manuscrits traitant de différents sujets (technologie militaire, astrologie, médecine, science du calcul, géométrie, philosophie, etc.). Ce besoin d’apprendre qu’avaient produit les civilisations antérieures à l’islam va engendrer de nouvelles activités autour du riche patrimoine qui avait été collecté, comme la traduction en arabe d’ouvrages écrits en syriaque, en grec, en persan et même en sanskrit (la langue scientifique de l’Inde). Les acteurs de ce phénomène étaient, dans une première phase, des hommes du pouvoir (omeyyades, puis abbassides). Mais ils ont été relayés par des personnes et des groupes appartenant à ce que l’on appelle aujourd’hui la «société civile» : hauts fonctionnaires, marchands, hommes de sciences, etc. C’est ce qui explique d’ailleurs la longévité de cette phase de traduction et d’assimilation qui a démarré au début du VIIIe siècle et qui ne s’est achevée que vers le milieu du Xe. Le second facteur à l’origine du développement des sciences est de nature économique : la longue phase de conquête militaire, au nom de la nouvelle religion (632-751), a permis le contrôle d’un immense espace géographique, avec ses sources de matières premières vitales, ses capacités humaines de création et d’innovation et ses voies de communication stratégiques (routes de la soie en Asie, route du sel, en Afrique subsaharienne, routes maritimes de la mer Rouge, de la Méditerranée et de l’océan Indien). Cela a permis le contrôle indirect de l’économie mondiale de cette période à travers un monopole exercé par le nouvel empire sur le commerce international à grand rayon d’action. Comme conséquence de ce phénomène, il y a eu un enrichissement important des premiers acteurs de la conquête et des hommes de pouvoir, puis, dans une seconde phase, le développement de couches sociales, relativement aisées, qui allaient constituer l’élite de la nouvelle société et jouer un rôle moteur dans différents secteurs, en particulier dans le mécénat culturel et scientifique. Le troisième facteur est technologique: il s’agit de la diffusion des procédés de fabrication du papier (d’origine chinoise). Cela a constitué une révolution dans de nombreux domaines d’activités, comme ceux de l’enseignement, de l’édition ou des administrations centrales et régionales. La multiplication des lieux de production du papier dans les villes les plus importantes de l’Empire musulman ont rendu ce support de l’écriture beaucoup plus accessible que les supports anciens (parchemins et papyrus). Ce qui a permis, objectivement, une relative démocratisation dans l’acquisition des savoirs qui seront produits en pays d’islam et beaucoup de fluidité dans leur diffusion à travers l’immense Empire musulman. Le quatrième facteur est le développement d’un enseignement de qualité qui était prodigué essentiellement dans des institutions privées. En plus de l’apprentissage du Coran, il y avait, selon les époques et les régions de l’empire, des programmes de formation intégrant, dans l’enseignement primaire, certaines disciplines scientifiques, en particulier la science du calcul et la géométrie. Il n’y avait pas, comme aujourd’hui, un enseignement secondaire. L’adolescent qui avait des aptitudes en sciences pouvait poursuivre sa formation soit chez un professeur particulier, soit dans une institution financée par le système du waqf (maison de la science, madrassa ou hôpital pour les futurs médecins). Quoi qu’il en soit, la qualité de la formation des maîtres a permis à cet enseignement de garder, pendant des siècles, un niveau élevé, condition indispensable à la poursuite de l’innovation et de la créativité. - Quelles sont les disciplines scientifiques qui ont connu un développement rapide et important dans cette partie du monde ? Tous les domaines scientifiques qui avaient été pratiqués dans l’une ou l’autre des civilisations qui ont précédé celle de l’islam vont connaître un renouveau dans le nouveau contexte : mathématiques, mécanique, médecine, physique, astronomie, pharmacopée, géographie, botanique, etc. A ces disciplines (qui font partie aujourd’hui de ce qu’on appelle les «sciences exactes»), il faut ajouter la philosophie, dont l’étude a connu un grand développement entre les IXe et XIIe siècles, malgré l’opposition farouche de certains théologiens dogmatiques dont les discours n’étaient pas représentatifs de la grande diversité des opinions et des positions exprimées par la majorité des hommes de religion. Il faut également évoquer, à l’opposé des matières que je viens d’évoquer, le vaste domaine de l’astrologie, qui, malgré sa condamnation unanime par les théologiens et les philosophes, a connu un succès ininterrompu dans le cadre de la civilisation de l’islam. - Pourquoi et comment la philosophie à laquelle s’opposaient les religieux, y compris musulmans, a-t-elle pris une grande place en terre d’islam ? Les lecteurs seront peut-être étonnés d’apprendre qu’à ses débuts en pays d’islam, c’est-à-dire au cours des premières décennies du califat abbasside (754-833), la philosophie est apparue à travers certains de ses chapitres (qui traitent de logique, de dialectique et de physique) comme une arme nécessaire pour réagir aux critiques contre l’islam formulées par des polémistes chrétiens ou païens. Les documents exhumés par la recherche de ces dernières décennies ne permettent aucun doute à ce sujet. Partant de ce fait, on comprend pourquoi les décideurs du moment, puis les acteurs des débats théologiques, ont encouragé et financé la traduction de certains écrits philosophiques grecs avant de s’occuper de l’arabisation des ouvrages mathématiques ou astronomiques. D’une manière plus précise, on sait aujourd’hui que c’est le calife abbasside al-Mahdi (775-785) qui a été l’initiateur de ce «programme» très réfléchi, en finançant la traduction des Topiques d’Aristote, un ouvrage qui fournit les outils permettant de débattre efficacement d’un problème donné en vue de convaincre l’adversaire du moment. Puis, ce fut au tour de la Logique du même philosophe d’être traduite en arabe. D’ailleurs, le contenu de ce livre continuera à être enseigné pendant des siècles par des théologiens de toutes tendances. A ces deux ouvrages, il faut ajouter La Physique d’Aristote, ouvrage dans lequel les débatteurs musulmans trouveront des arguments scientifiques concernant les problèmes cosmologiques qui intervenaient dans les polémiques religieuses qui ont eu lieu à Baghdad aux IXe-Xe siècles. Parmi les écoles théologiques qui se sont développées au cours des premiers siècles de l’islam, celle des Mu’tazilites a été la plus efficace dans l’utilisation des outils de la philosophie pour défendre la nouvelle religion. Mais il faut préciser qu’au cours de la même période, la philosophie a connu un développement parallèle sans lien direct avec les débats à caractère religieux qui agitaient les élites de cette époque. Cela a permis l’émergence de plusieurs courants qui connaîtront une grande vitalité tout au long des IXe-XIIe siècles et qui contribueront au développement et à la diffusion des démarches rationnelles et des analyses critiques dans les différentes activités intellectuelles de cette civilisation : en premier lieu dans le domaine strictement scientifique ou philosophique, mais également dans des domaines réputés éloignés des «sciences exactes», comme la grammaire, la lexicographie, la science du hadith et même la théologie. - L’astrologie également faisait partie à l’époque des interdits des trois religions monothéistes, comment a-t-elle pu connaître un tel développement chez les musulmans ? C’est là un des exemples, et pas le seul, de transgression des interdits édictés par des hommes de religion. Dans le cas de l’astrologie, le comportement d’une grande partie des citoyens de la cité islamique (qui appartenaient d’ailleurs à différentes couches de la société) semble renvoyer à des considérations psychologiques : le besoin de l’être humain de connaître son avenir, de rechercher le bonheur pour lui ou pour ceux et celles qui lui sont proches, de tenter de prévenir les accidents de la vie, etc. Quoi qu’il en soit, une chose est sûre : l’astrologie ne s’est jamais aussi bien portée que pendant la longue période de la civilisation arabo-musulmane. Et j’en veux pour preuve les centaines d’ouvrages consacrés à cette pratique qui ont été publiés dans différentes métropoles de l’Empire musulman et, pour certains, copiés des dizaines de fois. Les témoignages des grands bibliographes arabes et les centaines de manuscrits qui nous sont parvenus témoignent de l’importance de ce phénomène. - Quelles sont les contributions de la civilisation arabo-musulmane en sciences et en philosophie ? Dans le domaine scientifique, il y a eu, dans une première phase, «l’appropriation», à travers la traduction en arabe et l’enseignement, de dizaines d’ouvrages produits, avant l’avènement de l’islam, dans le cadre des traditions scientifiques persane, indienne et, surtout, grecque. Dans une seconde phase, les hommes de science ont enrichi cet héritage avec des contributions qui se situent à différents niveaux : prolongement ou généralisation de résultats scientifiques déjà connus, application de méthodes et de techniques nouvelles à des problèmes anciens non résolus, élaboration de disciplines ou de chapitres nouveaux, comme la linguistique, la lexicographie, l’algèbre, la trigonométrie, la science du temps et l’analyse combinatoire. Il faut préciser que cette période a permis, avec le développement de la recherche dans toutes les directions, de diffuser la rationalité scientifique et de populariser le caractère universel du savoir et des moyens de le produire. En philosophie, en plus de l’introduction de certains thèmes de cette discipline dans les premiers débats inter-confessionnels que j’ai déjà évoqués, on observe la naissance et le développement de plusieurs orientations qui ont abouti à la constitution de véritables écoles avec leurs caractéristiques propres. Il y a eu d’abord celle du «Kalam» (ou théologie spéculative), c’est-à-dire celle des courants rationalistes, comme les Mu’tazilites et, après eux, celle des partisans d’Abu l’Hasan al-Ash’ari vers l’an 936. Puis s’est développé le courant qui a été qualifié de «conciliateur» parce qu’il visait à concilier les principes essentiels de la théologie musulmane avec ceux de la philosophie. Ses représentants les plus connus sont al-Kindi (l’an 873), Ibn Sina (l’an 1038) et les Frères de la pureté, un groupe d’intellectuels qui vivaient à Baghdad, au Xe siècle, et qui sont les auteurs d’une encyclopédie philosophique intitulée Les Epîtres. Les représentants du troisième courant sont aussi prestigieux que leurs prédécesseurs puisqu’il s’agit d’al-Farabi (l’an 950) et d’Abu Bakr al-Razi (l’an 935) pour l’Orient musulman, d’Ibn Bajja (l’an 1138), d’Ibn Tufayl (l’an 1185) et d’Ibn Rushd (l’an 1198) pour Al Andalus et le Maghreb. Cette école constitue le véritable prolongement de la grande tradition philosophique grecque et plus particulièrement celle d’Aristote. A côté de ces trois grandes orientations, se sont développés deux courants moins connus : celui des théologiens qui n’ont gardé de l’héritage grec que les outils de la Logique, et celui des mathématiciens, comme Thabit Ibn Qurra (l’an 901), Ibn al-Haytham (l’an 1041) et d’al-Khayyam (l’an 1131) qui ont introduit des démarches philosophiques dans certaines de leurs pratiques mathématiques. - Pourquoi et comment la dynamique scientifique a-t-elle commencé à ralentir avant de connaître un arrêt, puis un déclin ? La réponse à cette question n’est pas facile du tout parce que les recherches sur les différentes facettes de ce phénomène sont rares ou inexistantes. On doit donc se contenter de faire quelques observations, d’évoquer des pistes de réflexion et d’avancer des hypothèses. Tout d’abord, certains signes du ralentissement de la dynamique scientifique sont repérables dans les propos d’auteurs postérieurs au XIIIe siècle, comme l’historien Ibn Khaldoun (l’an 1406) qui affirme, dans sa célèbre Muqaddima, que les sciences théoriques sont de moins en moins enseignées à son époque. Il y a surtout la différence de niveau que les études comparatives ont permis de déceler entre la matière scientifique produite entre les IXe et XIIIe siècles et celle qui l’a été après le XIVe siècle. Quant aux facteurs qui pourraient expliquer le phénomène de ralentissement de la dynamique générale, ils ne sont pas liés directement aux activités scientifiques. Il y a d’abord ceux qui sont extérieurs à l’espace géopolitique de l’espace musulman, comme les grands affrontements militaires qui ont dominé les événements des XIIe et XIVe siècles. En premier lieu, on doit évoquer les différentes formes de croisades ou d’attaques dirigées contre des territoires contrôlés par des pouvoirs musulmans, c’est-à-dire la «Reconquista» castillane en Al Andalus (avec ses prolongements au Maghreb, à partir du XVe siècle) et les Croisades au Proche-Orient (1099-1270). En second lieu, il y a les offensives mongoles du XIIIe (qui ont abouti à la prise de Baghdad en 1258), suivies par celles du XIVe siècle, dirigées par Tamerlan (1370-1405) et qui ont atteint Damas. Le second facteur externe est de nature économique. Il s’agit, dans une première phase, de la perte du monopole commercial musulman en Méditerranée au profit des villes italiennes (Venise, Florence, Pise, Gênes, Amalfi et Bari). Puis, comme conséquence des grandes expéditions européennes du XVe siècle, il y a eu la perte d’un monopole encore plus important : celui de la route maritime de l’océan Indien. Cela aura des conséquences sur le dynamisme des routes terrestres d’Asie centrale qui seront sévèrement concurrencées par la route de l’Inde désormais contrôlée par les Portugais. Quant aux facteurs internes aux sociétés musulmanes, ils sont aussi nombreux et parfois plus importants, même si les historiens arabes ne les ont pas toujours évoqués. Il y a d’abord les luttes idéologiques entres les différents pouvoirs et les différents courants de pensée. A ces conflits internes à la gouvernance politique ou idéologique, il faut ajouter les crises économiques et sociales, les épidémies, les catastrophes climatiques, etc. - Quels sont les pays non musulmans qui ont bénéficié des apports scientifiques de la civilisation arabo-musulmane ? Le premier espace non musulman qui a bénéficié de ces apports est l’empire chinois. Dès le Xe siècle, on signale la présence dans ce pays d’un astronome musulman qui avait été formé à Samarkand. Mais la vraie dynamique dans la circulation des sciences des pays d’islam (écrites en arabe ou en persan) commence avec l’avènement de la dynastie mongole des Yuan (1279-1368). Un observatoire musulman est construit à Pékin. Il est doté d’une bibliothèque et d’un ensemble d’instruments astronomiques. Le directeur et une grande partie des spécialistes ont été recrutés dans l’espace musulman. Cette présence des sciences arabes en Chine va se poursuivre durant la dynastie des Ming (1368-1644). On sait aussi que des ouvrages d’astronomie produits en pays d’islam seront traduits en chinois et, plus tard, en coréen. Dès le XIe siècle, c’est au tour de l’Inde de voir arriver des ouvrages scientifiques d’origine grecque ou arabe qui seront traduits en sanskrit, la langue scientifique de ce sous-continent. A partir du XVe siècle, ce sont surtout des ouvrages astronomiques produits en pays d’islam qui circuleront dans les foyers scientifiques de l’Inde. Leurs contenus seront utilisés jusqu’à la fin du XVIIIe siècle. Mais, c’est l’Europe qui profitera le plus de la production scientifique des pays d’islam. Certains manuels de calcul et certains instruments astronomiques commenceront à circuler, d’une manière anonyme, dès la seconde moitié du Xe siècle. A la fin du XIe siècle, l’initiative du Maghrébin Constantin l’Africain, qui a consisté à traduire d’importants ouvrages médicaux, produits en Orient ou à Kairouan, sera le point de départ d’un important phénomène de circulation d’ouvrages scientifiques arabes ou grecs. Cette circulation se fera à travers les traductions de l’arabe au latin ou à l’hébreu, dans un premier temps, puis de l’arabe vers des langues vernaculaires. Elle mettra à la disposition de l’Europe médiévale une riche bibliothèque constituée d’ouvrages de science, de philosophie et d’astrologie. Certains d’entre eux avaient été traduits du grec à l’arabe à Baghdad à partir du IXe siècle. D’autres, plus nombreux, ont été rédigés en arabe, entre les IXe et XIIe siècles, par des auteurs originaires d’Orient, d’Al Andalus et du Maghreb. Ce phénomène de transfert des savoirs s’est prolongé jusqu’au XVe siècle. Il n’est donc pas du tout raisonnable de continuer à nier son rôle dans l’émergence d’une nouvelle tradition scientifique qui s’est constituée lentement pendant la dernière phase du moyen-âge européen et qui a préparé l’avènement de la nouvelle dynamique scientifique, connue sous le nom de «Renaissance». - Aujourd’hui, quelle place accordent les universités des pays arabes ou musulmans à la recherche sur le patrimoine scientifique, technique et philosophique produit par leurs aïeux ? A ma connaissance, les pays arabes ou musulmans qui ont eu, ou qui ont encore, une politique de valorisation du patrimoine scientifique de la civilisation de l’islam se comptent sur les doigts d’une main. Cette valorisation nécessite la mise en place, dans les cursus de l’enseignement primaire et secondaire, d’un enseignement de l’histoire des sciences indépendant, ou bien l’introduction, dans les programmes d’histoire, de chapitres consacrés aux activités scientifiques dans la civilisation arabo-musulmane. Aujourd’hui, et dans la plupart des pays qui ont un lien avec la civilisation de l’islam, on privilégie l’enseignement de l’histoire politique de cette civilisation à travers l’évocation de quelques dynasties prestigieuses, comme celles des Omeyyades d’Orient et d’Al Andalus, ou celles des Abbassides et des Ottomans. Mais pour que la situation s’améliore dans ce domaine, il est indispensable de préparer, en amont, les conditions de cette amélioration. Au niveau universitaire, il faudrait multiplier les chaires d’enseignement des langues qui ont eu à exprimer les sciences et la philosophie produites en pays d’islam, c’est-à-dire le persan, le turc osmanli, le tamazight, l’hébreu et le latin. Parallèlement, il faudrait préparer la création d’unités de recherche, au sein des établissements d’enseignement supérieur, qui se spécialiseraient progressivement dans certains aspects du patrimoine scientifique, philosophique et culturel au sens large. Pour cela, il faut oser bousculer les routines universitaires et oser innover en prenant quelques initiatives audacieuses. Un des effets salutaires qui découlerait de la mise en place de structures de recherche sur le patrimoine serait d’alimenter le «discours» sur le patrimoine culturel et scientifique d’informations fiables et d’analyses structurées. Cela permettrait aussi de marginaliser les discours idéologiques (élaborés sans aucun esprit critique) qui sont diffusés quotidiennement et qui se sont substitués à l’information objective, au questionnement fécond et à l’analyse critique.                       

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