mardi 25 juillet 2017

Le tourisme à Tipasa est en pleine déliquescence

Les gestionnaires locaux ignorent les richesses culturelles et confinent l'activité touristique dans les plages.  « Journée d’étude sur la réalité de l’investissement touristique », tel est le thème de la rencontre organisée par la chambre du commerce et de l’industrie (CCI) Chenoua le lundi dernier à la bibliothèque principale de Tipasa.    Sur les 500 invitations adressées à toutes les autorités locales, les opérateurs et les banquiers, seule une poignée de personnes ont répondu à l’invitation, à l’image d’une association des parents d’élèves, d’une association de lutte contre l’analphabétisme, de l’association de protection des consommateurs, d’un bureau d’étude venu de Blida, du responsable de la bourse d’Alger.    Le tourisme dans la wilaya de Tipasa ne bénéficie pas d’un suivi rigoureux de la part des autorités du pays. Etrangement, les rencontres sur l’avenir du tourisme à Tipasa se suivent depuis des années sans aboutir à des résultats positifs. « L’investissement touristique dans la wilaya », tel était le thème d’une rencontre organisée en décembre 1994 à l’hôtel du centre des affaires de Zéralda. L’ex-ministre du Tourisme, Bensalem Mohamed, le wali et d’autres investisseurs algériens, à l’image de Mehri Abdelhamid avaient assisté aux débats, afin de créer le tracé et poser les garde-fous pour le tourisme, un secteur créateur des richesses.    Plus de deux décennies après cette rencontre de Zéralda, la CCI de Tipasa organise une rencontre sur le même thème, en présence d’un nombre insignifiant de personnes, qui d’ailleurs n’ont aucun lien direct avec le développement du tourisme. Nadri Nordine et  Farès Mesdour, respectivement DG de l’ANDT et universitaire, se sont relayés pour développer leurs interventions. Beaucoup de lamentations et de propositions virtuelles...  Mais la réalité contredit les discours prometteurs. Un intervenant regrette le boulevard du Front de mer de Bou-Ismail lors de la période coloniale. La nostalgie. Un autre fonctionnaire propose la création d’une chambre du tourisme pour mieux maitriser la situation du secteur.    Farès Mesdour, professeur d’économie à l’université de Blida, affirme que le développement du tourisme en Algérie devra passer inéluctablement par l’installation des « khaymates » (tentes ndlr), la consommation du thé, des dattes et l’art culinaire purement algérien et non pas, selon lui, par la construction des luxueux hôtels, le commerce des boissons alcoolisées et de jolies créatures. « Nous devons tenir compte des expériences d’autres pays pour mieux investir dans le tourisme la moralisation de ce secteur  demeure l’unique salut pour développer le tourisme national », soutient l’universitaire.    Massacre écologique à Chenoua et Hadjret-Ennous    Malheureusement, dans la wilaya de Tipasa, les responsables des secteurs du tourisme, de la culture et des communes n’ont jamais pris des initiatives dans l’intérêt général, pour hisser le tourisme à des niveaux acceptables. Tipasa recèle de monuments culturels et historiques qui n’ont pas fait l’objet d’un effort de valorisation. Les montagnes qui dominent ce bout du territoire méditerranéen, notamment le Chenoua et celle de Hadjret-Ennous, sont livrées à une entreprise qui les a transformées en carrières. Il faut que l’administration fiscale scrute dans les plus petits détails l’exploitation de ces carrières, entamée depuis plusieurs années.    Outre les sites archéologiques, les musées et les espaces forestiers, le territoire de Tipasa abrite de nombreux sites chargés d’histoire dont la ferme de Stigès (Messelmoune), les champs des batailles héroïques de Lalla Aouda (Damous) et Tizi Franco (Menaceur), les zaouias de Sidi Braham Ghobrini (Cherchell) et Sidi Ali Embarek (Koléa), la grande mosquée aux 100 colonnes (Cherchell). Ceux-là en plus du barrage de Boukourdane (Sidi Amar), l’huilerie et le barrage, deux monuments centenaires (Meurad),  les artisanes de la poterie (Sidi Sémiane), les productrices des parfums aux huiles essentielles (Koléa),  les canons immergés (Cherchell) et l’unité de tapis et la broderie de Cherchell.     Les gestionnaires locaux, désintéressés par les richesses culturelles, traditionnelles et historiques,  confinent les activités touristiques dans les plages. Ils ferment  les yeux aussi sur leur incapacité à nettoyer l’environnement. En attendant des mesures tranchantes, le tourisme à Tipasa demeure un secteur à l’agonie.          

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